La Blogothèque
Soirées de poche
#12

Vampire Weekend

Ils étaient lessivés, les petits. La veille, on les avait croisés à la fin d’une après-midi de treize interviews, ils avaient l’air déjà bien morts. Le jour même, on sentait que parfois, ils se demandaient dans quoi ils s’étaient embarqués. C’était la fin de leur tournée de promo européenne. Ils voulaient rentrer à la maison, et quand on leur demandait ce qu’ils voulaient boire, ce n’était que ‘eau’ et ‘redbull’.

Ils auraient du pourtant savoir qu’on n’allait pas les laisser jouer les cinq seules chansons qu’ils avaient prévues au départ, qu’on n’allait pas se contenter d’un petit set de 20 minutes avec des gens sagement assis autour d’Ezra. Ils ont fini par rester : ils étaient lessivés, on les a finis. Les Vampire Weekend sont partis épuisés, mais avec le sourire.

Il faut dire qu’ils ont été encouragés à rester, par un public étrange, une ribambelle de gamins, de pré-ados, enfants de notre hôte et ceux de la voisine. Par des vingtenaires et des trentenaires qui sautaient, hurlaient, et semblaient effrayer les gamins autour par leur propension à s’exciter autour d’un concert pop.

Du coup, cette soirée de poche a été exactement ce dont nous rêvions. Un immense foutoir ou ce qui avait été prévu déborde vite de partout, ou des chansons surgissent par surprise, ou Ezra circule en hurlant et en tapant des mains au milieu de la petite foule, ou Chris laisse sa baquette à quelqu’un pour faire des percus sur le caisson de sa guitare, ou dix minutes de cris les convainquent de revenir pour deux morceaux joués serrés dans un coin de la pièce. Même au milieu de cent personnes qui hurlent et tapent dans leur mains, Ezra continue de pousser sa voix.

La différence avec leur disque plus qu’inégal était manifeste. “Horchata” sans sa production enflée avait une saveur que nous ne lui connaissions pas jusque là. Et surtout, les 4 Vampires même exsangues n’avaient plus rien à voir avec les sénateurs amorphes de la veille, reléguant le souvenir du mauvais concert du Nouveau Casino dans les brumes indistinctes d’un mauvais rêve.