La Blogothèque

Aime-toi toi-même

Mais comment faisait-on, avant Internet, quand on tombait sur un disque pareil. Je suppose qu’on était obligé de l’aimer longtemps en cachette, avant de trouver quelqu’un dont on soit sûr qu’il ne se foute pas de vous dès les premiers phrases :

Noir ou vert, je suis le lutin

la forêt des hommes nous appartiens-iens-iens Ouah ou-ah ou-ah

Et plus loin, c’est L’élu qui interpelle. Ce sont d’abord des arpèges aigrelets, puis, guidées par un son synthétique, des paroles qui ne laissent pas trop de doute sur les illuminés qui chantent. Un quasi rythme de samba, mais retenu, des cordes qui tranchent (du banjo?), des claquements de main, 2’45 de trouble.

Aujourd’hui on se rassure en quelques clics en constatant qu’on n’est pas seul. Que l’album d’Ilous et Decuyper est bien un de ces trésors cachés des 70’s qu’on peut aimer et partager, même s’il faut bien l’avouer, ce n’est pas facile. Car presque 40 ans après sa sortie, cet album sorti en 1971 dans l’indifférence générale est toujours le même ovni, une tentative française de pop ouvragée à la Beach Boys mais sous l’influence cosmique du grand créateur.

Le chant en français s’avère d’emblée casse-gueule mais fait partie du charme un peu honteux du disque. C’est aussi pour apprivoiser des textes limite gênants de premier degré sur une musique aussi sophistiquée qu’on le réécoute. Puis tout ça finit par participer de la singularité du truc. Bien vite, sous l’emprise de ses harmonies vénéneuses, on renouvelle l’expérience encore et encore, jusqu’à l’obsession, comme enchanté par les esprits de la forêt. Et à force, ce sont les morceaux en anglais qui paraissent incongrus, deux seulement, une jolie reprise d’Eleonor Rigby et Beurk !!! , un hommage aux Rolling Stones semble t-il.

Par moment, on pense à des Air complètement assumés qui auraient osés chanter en français leur spiritualité New age. Ca donne des Pour mieux te purifier de tes péchés avant que le refrain, Aime toi toi même ne surgisse, porté par des synthétiseurs d’époque et puis tout ça débouche sur un final grandiose, digne de Surf’s up . Non, décidément, je ne comprends rien à ce disque. Remettez-le moi encore. Non, délivrez-m’en. Et puis donnez moi un de ces champignons, les mêmes qu’eux, je veux essayer moi aussi.

L’album est en écoute intégrale sur Deezer. Il a été réédité par Lion en 2006 (CD). On le trouve sur amazon mais également sur itunes ou mieux, en version sans pertes sur Qobuz. La réédition CD contient deux titres en bonus (Aime-toi toi même / L’espoir) tirés d’un 45 tours sorti la même année que le LP.