La Blogothèque

Owen the Saints Go Marching In

Mon histoire avec Owen Pallett a commencé dans ma minuscule chambre parisienne. Une cage à oiseau perchée au septième étage d’un grand immeuble bourgeois quelque part dans le XVIe arrondissement. Je m’y sentais confinée, emprisonnée. J’avais besoin de respirer – l’endroit manquait crucialement de poésie.

Et puis j’ai découvert Final Fantasy. Sa musique tortueuse. Sa voix d’un autre monde. Ses talents d’arrangeur fou, son lyrisme et sa sensibilité exacerbée. En quelques titres, il a transformé l’étroite et unique fenêtre de la pièce en verrière 360° sur le monde. Il m’a donné l’oxygène dont j’avais besoin. Il en est resté l’un de mes fournisseurs officiels.

Mon histoire avec Owen Pallett a continué, sans fausse note, jusqu’à finalement prendre un nouveau tournant cette année avec Heartland . Un virage vers l’immensité que je ne soupçonnais pas : après des dizaines d’écoutes, il m’est toujours impossible de comprendre comment un si petit être a pu faire quelque chose d’aussi monumental. Comment le cerveau d’un seul homme a pu imaginer une telle opulence et la contenir en seulement quarante-cinq minutes.

Entre la pureté d’Islande où il a crée les fondations d’Heartland , et l’orchestre symphonique réquisitionné à Prague pour l’habiller, Owen n’a pas lésiné sur les moyens pour donner à son troisième album l’ampleur qu’il méritait, cet aspect féérique, extravagant et glorieux. Il a construit un squelette de musique classique qu’il a ensuite habilement déguisé en hymnes pop. Avec ses mille instruments, Heartland m’a décollé les pieds du sol alors qu’ils y étaient encore une fois bien trop enfoncés.

Mon histoire avec Owen Pallett va devenir réelle dimanche. Je ne l’ai jamais vu en live, et je suis impatiente de savoir comment il réussira à adapter Heartland , son monstre à cent têtes, sur la petite scène de La Maroquinerie. La douceur et la simplicité vont peut-être l’emporter sur le gigantisme, à moins que la démesure de cet album ne soit pas incompatible avec une interprétation plus intime. Heartland n’en perdra pas sa beauté, j’en suis sûre. Depuis le temps que dure notre relation, j’ai appris à faire confiance à Owen.


- Deux titres à écouter sur le MySpace d’Owen Pallett.

- Il sera en concert à La Maroquinerie (Paris) le 24 janvier.