La Blogothèque
Mercredix

Cold Was The Ground

Feeling bluesy. Je ne sais pas si c’est l’avalanche de morts depuis le début de l’année. Vic Chesnutt, puis Lhasa, Willie Mitchell, Rowland S. Howard, et tous les autres. Puis les images désespérantes d’Haïti. Bref. C’est mercredi soir, et pour leur dire au revoir, voici une poignée de chansons tristes, avec Mozart, un vieux bluesman aveugle et une allumée.

1. Mozart – Drei Knaben (La Flûte Enchantée)

Commencez une playlist placée sous le signe du blues par du Mozart, ça peut paraître abscons. En tout cas anachronique. Surtout que c’est loin d’être là le moment le plus triste de la Flûte Enchantée. Mais voilà, quand ils chantent auf wiedersehen tous ensemble là, moi ça me fend le coeur.

2. Son House – Death Letter Blues

Une sorte de proto-White Stripes, un bon siècle avant l’invention de l’électricité. On est loin de la virtuosité des grands bluesmen. Le jeu est presque frustre, mais il est époustouflant de puissance. Il ne devait pas faire bon être un morceau de bois entre les grosses mains de Son House. Pour le reste, tout est dans le titre.

3. Robert Johnson – When You Got A Good Friend

Disciple puis compagnon de route de Son House, resté à la postérité comme la figure du folklore qui aurait vendu son âme au diable pour le blues, Robert Johnson est surtout celui qui aura chanté avant tous les autres une chanson sur la plus simple des questions : pourquoi est-ce qu’on finit toujours par tout foutre en l’air ?

4. Blind Willie Johnson – Dark Was The Night, Cold Was The Ground

C’est la chanson qui a donné son nom à la belle compilation dont on vous a rebattu les oreilles. C’est la chanson qui a été embarquée sur la sonde Voyager. C’est une histoire d’agonie solitaire. C’est une prophétie.

5. Billie Holliday – Stormy Weather

Que dire ? Tant de souffrance dans cette voix, tant de douceur dans cet arrangement.

6. Townes Van Zandt – Black Crow Blues

Restons dans le petit pays de la noirceur absolue. Si Townes a sorti son lot de sacrées chansons angoissées, « Black Crow Blues » a toujours eu quelque chose de particulièrement désespérée. Comme chez Billie, il y a ce renoncement absolu dans la voix. Ici, on ne pose pas, on ne joue pas avec l’idée du désespoir : on nage dedans.

7. Josephine Foster – All I Wanted Was The Moon

Si on veut pleurer nos chers disparus, si on veut parler à des fantômes, autant s’adresser à quelqu’un qui semble les fréquenter au quotidien. Josephine Foster a une voix d’outre-tombe, aussi agile que plombée, aérienne comme une colonne de fumée noire dans un ciel gris.

8. J. Tillman – James’ Blues

Quand il ne sort pas des disques sous son nom, J. Tillman est batteur au sein des Fleet Foxes. Quand il n’est pas batteur au sein des Fleet Foxes, J. Tillman laisse libre cours à une mélancolie frondeuse et presque mauvaise. Un de ses disques s’appelle Cancer & Delirium . Son blues évoque des défaites irrémédiables, un ciel trop bas, des poings serrés, des tempes qui battent.

9. Nick Drake – Black Eyed Dog

On aurait pu penser à « Things Behind The Sun », peut-être plus évidente. On préfèrera ici un « Black Eyed Dog » enregistré tout juste quelques 6 mois avant la mort de l’icône anglaise, alors qu’il est déjà dans un état d’épuisement total, puisant dans ses dernières ressources mentales et physiques pour chanter la mort qui l’attend. L’Italien Black Eyed Dog a bien trouvé son nom.

10. Buck 65 – Roses & Blue Jays

Si Buck 65 était né 100 ans plus tôt, il aurait erré à des carrefours indistincts avec Robert Johnson et Son House. Il est fait du même métal, il voit les mêmes fêlures, il explore les mêmes blessures. On ne saurait trop conseiller la version de la même chanson enregistrée avec le Symphony Nova Scottia en 2008.

- Pour écouter cette sélection, on clique sur [ce lien->

http://open.spotify.com/user/garrincha_blogo/playlist/32KZ61QtRRtrLFCvfKotuI].

- Si vous n’avez pas accès à Spotify, rendez-vous ici !

- Tous les mercredix sur La Blogothèque

- Bandeau : « Women mourning at wake of Juan Larra », photo de W. Eugene Smith (Life/Google)