Les bonnes choses arrivent souvent en deux temps. En mai 2008, j’avais reçu ce mail d’un jeune chanteur basé à Marseille. Il m’envoyait un lien vers son MySpace. J’avais accroché, je lui avais écrit, mon mail m’était revenu dans la gueule. Une fois, deux fois, trois fois. J’avais arrêté, me promettant de réessayer, de ne pas l’oublier.
Puis je l’ai oublié, bien évidemment. Il est revenu par le biais d’un tweet ami. Je ne l’a pas raté cette fois.
Voici donc Oh! Tiger Mountain. Et là, tant pis, je me lance. Je prends le risque d’avoir ce genre de phrases insupportables qu’on trouve reprises sur les affiches et les publicités. Mais voilà, cela faisait bien longtemps qu’un gars tout seul dans son coin, Français de surcroît, chantant en anglais de sursurcroît, ne m’avait pas aussitôt accroché avec quelques morceaux sur sa page MySpace. C’est dit.
Il y a déjà une chose, une chose toute bête. Oh! Tiger Mountain sait chanter, et il ne s’en cache pas. Il a une voix chaleureuse, puissante, et il ne la planque pas derrière des singeries timides, il ne la surjoue pas comme pour ne pas avoir à l’assumer. Elle sait poser ses silences, mesurer ses envolées, se tenir au bord du précipice juste le temps qu’il faut. Il y a même ce moment assez surprenant, à la 20e seconde de ‘Or the drugs’, où l’on croirait entendre Hamilton Leithauser, le chanteur des Walkmen fêler sa note dans un feulement.
Il y a ensuite la construction des chansons, qu’on sent certes encore un peu jeune, un peu touche-à-tout, passant d’une influence à une autre, mais où l’on descelle déjà une identité. Un jeu malin, l’air de rien, qui consiste à construire ses canevas sur des boucles, des arpèges connus, répétés, assimilés. ‘Or the Drug’, encore elle, est une variation sur un thème très proche du ‘How can you mend a broken heart’ d’Al Green. Et ‘Little Red Cells’ pousse sur la basse de ‘Stand by me’.
Parlons-en de ‘Little Red Cells’. Un morceau fantastique, un petit tube fait avec deux allumettes, des claquements de doigts et une ligne de guitare, et une voix qui s’amuse à danser dessus. Sobre, simple, accrocheur, et impeccable.
On a donc décidé de ne pas perdre de temps… On a écrit à Oh ! Tiger Mountain. On lui a demandé s’il voulait venir à Paris, il a dit oui. Il prend le train ce jeudi, pour jouer vendredi, en première partie d’Eli Paperboy Reed au Scopitone. On en profitera pour le filmer. Et là, pas de mail qui déconne.
Voir aussi : Oh! Tiger Mountain sur CQFD





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