La Blogothèque

Lhasa, un au-revoir

C’était il y a douze ans. A l’époque, on allait chez les amis pour écouter des disques, on les achetait, ou on les gravait en photocopiant les cartons. J’ai toujours chez moi ce disque, avec une feuille flétrie en guise de pochette, et le nom ‘Lhasa’ écrit au marqueur dessus. Rouquinho l’avait dégotté, un disque sorti de nulle part, en décalage avec nos obsessions. Un son moite, différent, une lenteur délicieuse et cette voix, cette voix chaude, d’une femme qu’on imaginait avoir le regard d’une vieille sage et le sourire d’une enfant, une voix qui portait les siècles et leur tristesse, qui chantait dans une langue qu’on n’osait attacher à un territoire quelconque.

Depuis, Lhasa nous a poursuivis par intermittence, avec plus ou moins de succès, mais avec toujours, toujours l’envie de faire quelque chose avec elle. Je me souviens d’un après-midi, coincé dans les embouteillages parisiens, avec le manager de Patrick Watson qui s’occupait aussi de Lhasa. Je lui ai dit combien nous aimerions la filmer, il m’a raconté à quel point elle était passionnante, touchante, riche. Il m’a dit que oui, il faudrait faire quelque chose avec elle.

Je n’aurai pas eu cette chance. Mais Moon l’a eue. Il y a quelques mois, il a filmé un petit concert donné par Lhasa et Watson dans un appartement canadien. Et quelques jours avant Noël, il m’envoyait cela : “à dire la vérité, son état s’est empiré et je crains que elle ne disparaisse d’ici peu de temps, tout le monde à Montreal est assez effondré et cela nous rend extrêmement triste. Un miracle peut arriver mais… Bon je sais pas, voilà, je voulais voir ces images sur la blogo, et surtout pas en hommage a Lhasa un peu tard…”

La mort est allée plus vite. Les voilà, ces images, ces chansons magnifiques, qui arrivent trop tard. Au revoir, Lhasa.