La Blogothèque

Têtes de lecture #8

La vente de disques baisse, mais ce n’est déjà plus là que se jouent les revenus présents et futurs de l’industrie musicale. Ce sont les fans, les vrais, les amateurs véritables qui sont maintenant la base principale : ceux qui achètent leur place, qui interagissent avec les groupes et qui sont prêt à dépenser de l’argent quasi de main à main. A Brooklyn, cela sert de support à une scène en plein boum, cela aide Amanda Palmer à vivre, c’est à eux que s’adressent les Kings of Convenience. Et c’est aussi eux qui permettent à Lady Gaga de gagner 167$ (mais bien plus en vérité).


Boom boom Brooklyn

Le New York Magazine s’est penché sur le retour en grâce de Brooklyn comme scène musicale excitante. Et le dossier est conséquent.
Outre un papier fort documenté, chiffré et balayant une très grande partie de ce qui constitue la moelle de ce dynamisme retrouvé, on y découvre un classement des groupes à suivre évoluant entre Glassland, l’Union Pool et le Pete’s Candy Store, un petit tour des salles à fréquenter et les conseils avisés des blogueurs du coin.
Le dossier à garder sous le coude pour la prochaine virée à New York.

Les salaires réels des cadres franc-maçons (heu, non, de Lady Gaga)

C’est l’histoire d’une chanteuse qui n’aurait gagné que 167 $ malgré son million et quelque d’écoutes de son titre phare sur Spotify. La presse suédoise lance l’info, relayée très vite. Riposte chez Spotify, qui dément. De son côté, Philippe Astor démonte la théorie sur son Jukebox. Où l’on découvre par la même occasion des chiffres très intéressants sur la rémunération à chaque écoute.

En moyenne, le taux de royautés de l’artiste interprète (qui peut être très variable) est de l’ordre de 10 %. Soit 1000 € pour un million de titres écoutés à la demande sur Spotify, contre 130 € pour chaque million d’auditeurs de son tube sur une radio hertzienne.

A noter que ces 1000 € de revenus estimés en tant qu’artiste interprète ne portent que sur le territoire de la Suède et uniquement sur les revenus générés par Spotify lors des cinq premiers mois de son lancement.

Peu après son article, Philippe Astor a mis à jour ses chiffres. Et les informations fournies sont encore plus éclairantes : un titre en streaming rapporterait 35 fois plus qu’une rotation sur une radio hertzienne. Mais tout cela est à prendre avec beaucoup de précautions quant à l’impact financier réel.

A propos des revenus de la Sacem, on vous conseille d’aller (ré)écouter le rafraîchissant sujet d’Arte Radio réalisé avec Dominique A où il parle avec franchise de ce qu’il touche par la diffusion de ses titres à la radio.

Vous avez des courbes ravissantes, belle industrie

Le Times publie une étude sur la hausse des revenus de l’industrie musicale britannique. D’une part, on observe que globalement, les revenus ne faiblissent pas. Et ce sont désormais ceux des concerts qui tirent les revenus vers le haut. S’il y a crise de la vente des disques, ce n’est pas le (encore) le cas des prestations live. Même si l’étude du Times laisse encore des zones d’ombres sur la répartition des revenus entre gros et artistes plus petits, la pérennité des artistes passent bien par la rencontre avec le public, sur scène, là où la musique se vit.

Our data – compiled from a PRS for Music report and the BPI – make two things clear : one, that the growth in live revenue shows no signs of slowing and two, that live is by far and away the most lucrative section of industry revenue for artists themselves, because they retain such a big percentage of the money from ticket sales.

Un article du New-Yorker s’intéressait en août dernier au business des concerts. La version complète de «The Price of the ticket» n’est toutefois disponible qu’en archive payante, mais elle vaut le coup.


Graph par Owen Kelly (sous Creative Commons)

Vous taper de la thune ? Aucun problème avec ça !

En mai dernier, coup sur coup, Amanda Palmer réussit à vendre pour 11 000 dollars de tee-shirts, à récolter 6000 dollars pour une petite session retransmise sur le net et à dégager 1800 dollars après un concert secret payé sur le principe du don libre, grâce à chaque fois à des appels lancés sur Twitter, qu’elle utilise assidûment.

TOTAL MADE THIS MONTH USING TWITTER = $19,000
TOTAL MADE FROM 30,000 RECORD SALES = ABSOLUTELY NOTHING.
turn on, tune in, get dropped!!!!!

Fin septembre, elle détaille sur son blog qu’elle assume parfaitement de demander directement de l’argent à ses fans, de leur taper 10 dollars et que les critiques à cet égard peuvent aller se faire voir. Elle explique très directement que c’est le moyen qu’elle a trouvé, par Twitter, de continuer à vivre de sa musique.

if you think i’m going to pass up a chance to put my hat back down in front of the collected audience on my virtual sidewalk and ask them to give their hard-earned money directly to me instead of to roadrunner records, warner music group, ticketmaster, and everyone else out there who’s been shamelessly raping both fan and artist for years, you’re crazy.

Les rois de la discrétion

Si vous avez regardé la vidéo de la Soirée de poche de Kings of Convenience, vous aurez remarqué qu’ils ont demandé au public de manifester leur contentement en frottant les mains, tout en priant les invités ne pas prendre de photos durant la soirée. Bref, pas de surprise, ce n’était pas qu’une lubie à cette unique occasion? Sur leur Myspace, ils se livrent à une petite mise au point à destination des photographes dans les salles.

It is important to capture the moment, but if the entire audience is more focused on their cameras than the music, there might not be any “moment”. the “moment” might just pass us all by.

Les Ethiopiques en étude

On ne peut que se réjouir. Francis Falceto, fondateur de la collection Ethiopiques, a livré une étude sur la musique éthiopienne que l’on trouve dans La Revue africaine . On ne va pas, vous mentir, j’ai découvert ce texte dense il y a à peine quelques jours et je suis loin de l’avoir parcouru en totalité. Mais la trentaine de pages qu’il comporte fait très envie.

Crédit photo (fantastique) du bandeau : Dan Deacon à Coachella 2008, par Mick Orlosky

Les précédents Têtes de lecture sont à lire par ici.