La Blogothèque

Haruko, quand viendra le temps

Chaque automne, quand les tops de fin d’année se pointent ici même, apparaissent des disques qui n’ont pas été mentionnés pendant les douze derniers mois écoulés. Ça n’arrivera pas au premier album de Haruko.

C’est une bizarrerie maison mais pas un snobisme; certains disques tombent juste mal, à une époque où le clapotis de la mer ou l’otite du petit dernier détourne de son clavier celui ou celle qui aurait pu jeter quelques mots sur le dernier élu de leur cœur.
Pour d’autres disques, c’est plus d’appréhension qu’il s’agit; celle de ne pas savoir quoi dire ou comment le dire. Certains albums se livrent difficilement, d’autres inspirent peu malgré tout l’amour qu’on peut leur porter.

Dans ce dernier créneau d’une frustrante beauté, ça fait des mois que j’écoute Haruko, que j’aime son premier album, «Wild Geese» , et je ne sais toujours pas vraiment quoi en dire.
Les faits avérés sont vite résumés: la demoiselle est allemande et a visiblement des origines venues de l’Orient lointain. Elle s’accompagne seule à la guitare, avec un jeu en picking infini qu’on peut trouver au choix irritant ou apaisant et qui m’a fait penser tout de suite à une autre guitariste solitaire au chant voilé: la Suédoise Promise and the Monster.

Et ensuite? Et bien pas grand chose. Haruko compose des chansons de fille de la ville qui se venge en se rêvant marchant sur les chemins de la Forêt Noire. Elle partage aussi avec Promise and the Monster un sentiment qui traverse également l’œuvre de Joanna Newsom (voire le premier album solo de Mary Timony maintenant que j’y pense): une façon d’écrire des histoires qui ressemblent à nos livres d’enfant, avec leurs rêveries absurdes, leurs voyages et leurs personnages sans âge, avec leur noirceur inquiète aussi. En y ajoutant une filiation que j’hésite à appeler «féérique», pour tenter de qualifier l’impression que ces chanteuses ont tellement rêvé leurs histoires de princesses et de troubadours folkloriques qu’elles ont fini par y situer leur vie de musiciennes. Résultat, leurs morceaux habitent un no man’s land temporel qui n’appartient qu’aux contes.

«Wild Geese» , c’est le genre de disque qui passe longtemps inaperçu (déjà parce qu’il est sorti sans tapage) mais qui s’installe pour longtemps parmi les trésors cachés. Souvenez-vous que le premier album d’Alela Diane a mis plus d’un an à remonter à la surface, en se frayant tant bien que mal un chemin sur des blogs de goût.
Haruko peut nous faire le même coup, et dans tous les cas on a très envie de la voir sur une scène de ce côté-ci du Rhin. En attendant, je refermerai l’année satisfait de lui avoir offert plus que quelques lignes dans un round up de la fin décembre.