Yo La Tengo. Le plus petit grand groupe du monde, en quelque sorte. Un de ces groupes qui sont là, tout près, depuis toujours mais jamais sur le devant de la scène. Un de ces groupes qui ont fait tout et son contraire, des avalanches de guitares bruitistes à la petite comptine au piano et tout ce qui peut bien se trouver entre les deux. Un de ces groupes qui a grandi avec nous, qui nous a fait des promesses et des infidélités, qui est parti et revenu, qui a été fidèle et surprenant. On entend tellement de choses dans un disque de Yo La Tengo et il y a tant de choses à dire sur eux qu’un Mercredix collectif était une porte d’entrée toute indiquée. On y revient bientôt.
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1 – “If It’s True”
Découvrir un nouvel album de Yo La Tengo, c’est arriver en territoire familier, mais être surpris par un ou deux petits détails qui évitent la lassitude. Leur dernier album, Popular Songs (élu plus belle pochette de l’année au passage) nous fait encore le coup. Cela peut être la voix de fausset prise par Ira sur “Avalon or Someone Very Familiar”. Ou plus chic encore, cet “If It’s True”, qui commence comme un vieux titre des Temptations pour se lancer, sans pour autant reposer dessus trop paresseusement par la suite, jouant sur un dialogue Georgia / Ira rafraîchissant. (Chryde)
2 – “Upside Down”
Retour à l’époque de May I Sing With Me (1992) et d’un vrai hit qui ne resta pas longtemps caché. Les chanceux qui ont assisté au concert de l’Européen dans la foulée s’en souviennent encore : le groupe avait commencé son concert là où My Bloody Valentine l’avait terminé quelques semaines plus tôt : dans le boucan le plus jouissif. (rom)
3 – “Blue Line Swinger”
Groupe excellent en studio, mais encore meilleur sur scène ; c’est là que se révèle le mieux leur talent pour allier plages lentes et tempi pop, nappes rêveuses et furies soniques. La preuve avec ce “Blue Line Swinger”, qui fait partie des classiques de leurs set-lists : la première fois que j’ai entendu cette chanson sur scène, au festival Primavera de Barcelone en 2003, a été une sorte de révélation. On voudrait que jamais ne s’arrête cette longue introduction cotonneuse, avec cette batterie arythmique comme un cœur qui s’arrête, ou plutôt qui s’éveille ; et pourtant on exulte quand, à la guitare, les riffs embryonnaires s’ordonnent peu à peu en mélodie, que le tempo s’accélère, et qu’enfin prend forme une petite perle de noisy pop. C’est comme assister à la naissance d’une chanson : un moment créatif d’une totale maîtrise, et en même temps d’une radicale liberté. (Fandor)
4 – “Today Is The Day”
La sève de Yo La Tengo se cache dans les interstices: les EP, les remix, les BO composées pour des documentaires animaliers, l’album garage-crade signé sous le pseudo Condo Fucks. Comme cette version alternative de “Today Is The Day” qui bouscule l’original paisible gravé pour Summer Sun en 2003. Les guitares sont branchées, la mélodie est instantanée, c’est d’une évidence criarde: Yo La Tengo est un incroyable groupe de shoegazzing dès qu’il le décide. (DJ Barney)
5 – “Sunsquashed”
Dans la famille “morceaux lysergiques”, je demande “Sunsquashed” : une déambulation sonique qui illustre à merveille leur versant psyché/drone. C’est également le nom d’un site qui regorge de live de nos 3 lascars. (rom)
6 – “You Can Have It All”
J’ai toujours aimé une chose chez Yo La Tengo. C’est un groupe avec un son bien à lui, alors que justement… ils sont capables de produire tous les sons. C’est par exemple un des meilleurs groupes de wap-doo-wap qui existe. Exemple parfait avec ce morceau issu de ‘And then nothing turned itself inside-out’, qui repose entièrement sur une boucle de deux voix annonant leur pam-padam-paaaa-pampam (très exactement) tout au long de la chanson. (Chryde)
7 – “Mr. Tough”
Je plussoie : là, on est carrément chez Curtis Mayfield. Ira prend le risque du falsetto et ça fonctionne. Ce n’est plus un groupe mais un juke-box de luxe. Mais attention, on n’est pas face à des bêtes de concours mais avec des artistes généreux. (rom)
8 & 9 – “Our Way To Fall” & “From Black To Blue”
And Then Nothing Turned Itself Inside-Out . Un disque parfait, de bout en bout, probablement le meilleur du groupe (NDLR : Tu dis rien que de la merde, là). Ca commence dès la pochette, dès le titre cryptique juste ce qu’il faut (une spécialité du groupe qui fait dans l’alambiqué suggestif plus souvent qu’à son tour et donne l’impression qu’on entre dans un univers de significations cachées). Un disque qui a 9 ans et qui ne payait pas trop de mine : on n’est pas dans la cour des chefs-d’œuvre qui s’installent d’un coup et se font une place à grands coups de coude. Non, on est plutôt dans le bel ouvrage qui s’installe tranquillement et qu’on ne délogera plus.
On a la ritournelle pop ouatée de “Our Way To Fall” qui ne décrit pas tant le sentiment d’être amoureux que celui d’être en train de le devenir. Au royaume des nuances, ces trois-là sont des rois.
Leur côté plus abrasif n’est jamais loin, planqué dans l’envers du décors… Il informe presque chaque chanson, dans la texture des sons, dans la puissance qu’on sent parfois contenue. Comme sur “From Black To Blue”, le tube de vos nuits de veille.
Sérieusement, quelqu’un pour m’expliquer comment ce disque n’a pas vendu dix fois plus que toute l’œuvre d’Oasis réunie ? Monde de merde…
(Garrincha)
10 – “Nuclear War”
Un des titres les plus ouvertement politiques du trio, que le groupe joue parfois sur scène, est une reprise de Sun Ra (1982).
Ils en ont enregistré quatre versions, toutes avec ce groove je-m’en-foutiste ; elles se trouvent toutes sur un EP éponyme paru en 2002. “You’re talking about … Yeaaaah … Nuclear war !” (DJ Barney)
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Photo : Baseball player Richie Ashburn making a belly-whopper slide into base during practice. (Ralph Morse – Life / Google)






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