La Blogothèque

Prends-moi en vinyle

Des vinyles, par rayons entiers, par étagères pleines, par dizaines de milliers, jusqu’à ce que les planches ploient sous le poids à n’en plus pouvoir : Eilon Paz, un photographe israélien, s’est mis en tête de documenter les crate diggers , ces farfouilleurs de bacs à disques. Et ce qu’il met en ligne sur Dust and grooves est à tomber par terre.

En laissant des annonces chez les disquaires de New-York, en faisant confiance au bouche-à-oreille des comptoirs de disquaires, Paz – lui-même grand amateur de vinyles et pousse-disques occasionnel – a glané les adresses de diggers méconnus, music lovers se consumant d’amour pour les beaux 12”.
Il est allé les photographier chez eux, au milieu de leurs pièces remplies de disques rangés entre le bureau, le lit ou la table de salon, débordant dans leur garage gorgés de galettes à 1$ fouinés dans des bacs sans nom. Dans ce vaste et passionnant tableau en pleine élaboration, on est moins du côté de Paul Mawhinney et sa plus grande collection de disques du monde que de vinyls junkies mus par la découverte incessante – à l’image (réduite) de nos pourvoyeurs en disques du dimanche.

Mais Dust and grooves, ce n’est pas seulement de la beauté plastique, réduite à un portfolio. Avec ses interviews au long cours, Eilon Paz dépasse la simple monomanie des camés du sillon. Les pochettes, les anecdotes, les dithyrambes donnent de l’épaisseur à la passion. Que ce soit dans les anecdotes berlinoises de Greg Winter, la logique de classement propre à chacun, le regard distancié de Steven Blush sur cette passion dévorante ou les virées d’Eilon Paz dans d’improbables vide-greniers, on y sent la délicatesse et le plaisir d’une conversation entre personnes de qualité, mélange de sens du partage et de curiosité.
Agrémenté de playlists jouissives et inédites, le site se déguste comme une balade passionnante et érudite. Et surtout, l’amour du beau disque qui se dégage permet de toucher du doigt une vraie communauté, certes disparate, éclatée mais traversée d’un même et sincère élan.

Eilon Paz met en ligne peu à peu et de façon aléatoire son travail documentaire, essentiellement basé à Brooklyn et dans le New-Jersey, l’élargissant dans le futur à des collectionneurs étrangers (il était en France en avril dernier).

Ce site est une porte ouverte, une oreille tournée vers les collectionneurs compulsifs, une curiosité sans cesse renouvelée. Et le tout magnifié par les prises de vue qui, n’en déplaisent à ceux qui n’achètent plus de disques depuis 2002, donnent encore envie de posséder l’objet musical.

Crédits : évidemment, toutes les photos sont de Eilon Paz.