La Blogothèque
Concerts à emporter

Delano Orchestra, Marissa Nadler, Deerhunter, Atlas Sound : Route du Rock Off #1

C’était l’après-midi, les nuages s’effaçaient paisiblement et juste en dessous, au Fort St Père, une armée préparait les bruyantes litanies du premier soir dans une bienveillante frénésie. Il est toujours étrange de se poser comme parasite d’une grosse machine comme la Route du Rock, de courir après une poignée d’interlocuteurs, tous dans une telle surcharge d’activité qu’ils sont étonnamment dispos, comme entraînés à répondre à 160 questions en même temps. On prépare le soir, couvert par le bruit des guitares qui se règlent, puis on s’échappe un temps du Fort.

Devant le Palais du Grand Large, longs cheveux noirs, lunettes gigantesques et robe rose pâle, Marissa Nadler sort de ses balances. Elle veut bien jouer tout de suite. Durant tout le trajet, elle balancera entre une timidité maladive et l’envie de chanter dans les vieilles pierres, excitée par le lieu, effrayée par les nuées de touristes, cherchant les coins isolés. Un escalier séculaire, une nouvelle formule en harmonie avec son guitariste, les mouettes pour ponctuer, nous sommes loin de tout bruit et au paradis.

Au fil de la session, Marissa s’ouvrira, sourira, allant jusqu’à barboter dans la marée basse et reprendre Neil Young les pieds dans l’eau. Il n’y a rien de plus délicieux que de voir une artiste mal à l’aise prendre de l’assurance et du plaisir à jouer. Marissa Nadler nous a offert cela.

Deux heures plus tard, un peu plus loin sur la plage, le Delano Orchestra en termine avec son concert noyé de soleil. Le long des remparts, ils prennent les instruments, les lunettes de soleil dans une sorte de nonchalance joyeuse et emmènent amis et baigneurs faire les choeurs sur un plongeoir. Lorsque les voix montent, que l’eau scintille, la trompette s’élève et donne à cette ballade une ampleur touchante, rythmée par les plongeons et les rires des gamins. On s’attendait à de la folk, on a eu une épiphanie. Il est temps de retourner au fort, plus frénétique encore.

Bradford Cox, chanteur de Deerhunter, a fini ses balances. Il vient discuter avec nous, nous invite à filmer son concert et nous propose de chanter quelques nouvelles chansons de son projet solo après coup. Seulement après le concert, il y a le dîner, puis une interview, puis une séance photos, puis une interview, et derrière Tortoise qui joue fort et aucun endroit pour nous mettre au calme. Nous nous réfugions dans la loge, sans grand espoir d’en tirer quelque chose de fort. C’était sans compter sur son talent. Les chansons sont poignantes, tout s’efface autour, et à la troisième, Nora pleure. Elle est comme ça, elle est sensible, et Bradford conclut l’aventure par un gros hug. On a fini, on va se faire mal aux oreilles avec My Bloody Valentine. Fin de la première journée.