La Blogothèque

#30 – Le disque du dimanche se met à l’orgue

Dimanche dernier, levé aux aurores parce que je m’étais couché avec les poules, j’ai enfin eu le courage de faire ce que je me promets de faire depuis des années : arriver tôt à un vide-grenier. Je sais. Beaucoup d’entre vous, Parisiens ou habitants de grandes villes savent qu’il est vain d’arriver après une certaine heure, car tous les bacs ont été débarrassés des disques un peu intéressants. Mais moi, j’habite un Centre-Var sauvage et relativement vierge de “crate-diggers” et les disques qui m’intéressent échappent souvent aux radars des amateurs de vinyles locaux.

Ainsi, j’arrivai sur le coup des 7h, à l’heure où le matin est encore frais, surtout quand on est en short. Les parkings les plus proches étaient déjà pleins. Toute une faune se pressait déjà autour des couvertures posées par terre, prenait d’assaut les tréteaux. Je voyais enfin les vrais, les purs, les lève-tôt du dimanche, ceux à qui je vais peut-être ressembler dans quelques années.

Tout ça pour vous dire quoi ? que je suis arrivé le premier sur le stand d’une dame qui vendait 2 euros pièces tous ses Beatles. Revolver , Rubber Soul , White album , Abbey Road etc. Bien sûr, si je n’étais pas venu aussi tôt, jamais je n’en aurais vu la couleur, mais au fond, tout ça ne me mettait pas beaucoup plus en joie que d’avoir trouvé le Tribute à Ray Charles de Jean Musy et son orgue Hammond. Celui-là aurait pu rester au soleil une journée entière sans que personne ne daigne lui porter un regard. Aujourd’hui, c’est lui qui est à l’origine de ce disque du dimanche. Tout de même, quelle revanche.

J’ai donc ressorti deux autres trouvailles récentes, deux disques Soul-Jazz baignés du son solaire de l’orgue Hammond, pour accompagner notre petit frenchy.



Jimmy Smith – Main Title From ‘The Carpetbaggers’

The Cat, Verve, 1964

 

Jimmy Smith , la légende de l’orgue Hammond, a définit la façon d’en jouer. Dans les années 50, l’impact de Jimmy Smith, qui sort jusqu’à 11 albums en 1957, est tel que la firme Hammond reprend en 1958 la production d’un B-3 qu’elle allait remplacer. Le reste est histoire de la musique, le B-3 devenant l’orgue de référence du rock (Ray Manzarek) comme du reggae (Jackie Mitoo).

The Cat attrape Jimmy Smith alors qu’il a quitté Blue Note pour Verve depuis quelques albums déjà. Sur cet album de 1964, considéré comme une des réussites de l’ère Verve, l’orgue félin de Jimmy Smith donne la réplique à des orchestrations de Lalo Schiffrin dont on peut dire qu’elles sont par moment grandioses. Vérifiez avec ce pur moment de plaisir qu’est Main Title From ‘The Carpetbaggers’ .

Acheter The cat de Jimmy Smith

Le même en vinyle


Don Patterson – Bowl full of yok

Satisfaction – Prestige – 1965

 

 

Quand vous avez devant vous des centaines de vinyles à 1 euro et à côté d’autres amateurs de musique, le temps laissé à la réflexion est des plus ténus. Un coup d’oeil à la pochette, au label, à l’année, et vogue la galère, on verra bien. Même si je n’avais jamais entendu parler de Don Patterson . Même si je ne savais même pas de quoi il jouait. De l’orgue, donc.

Don Patterson est un des nombreux enfants illégitimes de Jimmy Smith. D’accord, son style de jeu n’est sans doute pas reconnaissable entre tous. Ok, cet album sorti en 1965 peut paraître sacrifier à la mode de la reprise Jazz de succès Pop , lequel succès donne même son titre à l’album mais le premier morceau du disque, Bowl full of yok , une composition de Patterson, remet d’emblée les choses en place : rien de vendu dans cette musique. Le trio Don Patterson – Jerry Bird (guitare) – Billy James (batterie) envoie du bois pendant dix minutes, dix minutes qui passent comme une seule.

Acheter du Don Patterson

Acheter Satisfaction en vinyle


Jean Musy, his organ and his orchestra – Unchain my heart

Tribute to Ray Charles, Concert Hall, 1969

 

 

Jean Musy , Jean Musy, l’explorateur de l’inconnu que je suis a dû rencontrer ce nom des dizaines de fois au dos de pochettes de noms improbables de la variété française comme de vedettes confirmées. On lui doit les orchestrations de Les Champs-Elysées de Joe Dassin, de Prendre un enfant (de Yves Duteil), on le retrouve sur les premiers Catherine Lara, Popsike débusque même un de ses albums solos Masterpiece of Dark and progressive LP ,sometimes a little in the Robert Wyatt style . Bref, Jean Musy est une légende dont le nom est indissociable de quarante années de musique produite en France. Le disque qui nous intéresse a été enregistré pour le label Concert hall en 1969. Il s’agit de reprises enlevées de classiques du répertoire de Ray Charles, avec Jean Musy à l’orgue. Le dispositif vaut surtout pour les morceaux les plus rapides, comme Unchain my heart , qui rappellent que Musy a semble-t-il parfois troqué le piano pour l’orgue aux côtés de Nino Ferrer dans les années 60.

Acheter en vinyle

Le Unchain my heart de Jean Musy évoque un peu, en moins brutal, les bombinettes de Alan Hawkshaw avec les Mohawks ou pour le label KPM, à peu près à la même époque. Evidemment, si au cours de mes pérégrinations, j’étais tombé sur The Champ ou un quelconque album KPM de la grande période de Alan Hawkshaw , plus connu en France pour ses arrangements de Gainsbourg que pour ses homériques saillies de B-3, je n’aurais pas manqué de m’en vanter. Mais ce n’est pas le cas. C’est donc pour vous donner une idée de la puissance de feu du bonhomme que j’ai inclus cette vidéo Youtube, un mix de Beat me ’till I’m blue et des Beastie Boys signé 2many DJ’s .

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=JcBMiFZQGYY)

LES OBJETS :

Dates et lieux de la trouvaille : La semaine dernière pour le Jean Musy, mai pour le Patterson, avril ou mars pour le Jimmy Smith

Prix : 1 euro le Patterson, 5 le Jimmy Smith, 2 pour le Jean Musy

Etat : bon

Vendeur : Patterson, Jimmy Smith : un brocanteur professionnel. Des particuliers pour le Tribute to Ray Charles.

Taux d’hésitation avant achat : 0 %