La Blogothèque

#27 : Retour à Mazaugues

J’avais sous le bras les deux Kraftwerk laissés l’année dernière. Je venais de les retrouver chez le même vendeur, au même emplacement. Je regardais avec insistance une pile de vinyles à coté d’un pick-up sur lequel tournait du blues-rock, quand une voix m’interpella : Hé, monsieur (oui, on me dit monsieur maintenant), vous voulez l’écouter ? Les quelques fractions de seconde pour me sortir de ma torpeur écoulées selon elle, la voix insista : oui, monsieur, vous voulez l’écouter votre disque ? Hein,euh, oui, euh, si vous voulez.

Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé à écouter Computer world de Kraftwerk, sur une petite place baignée de soleil, dans ce village paumé du centre-var. Le baffle crachotait des notes aiguës, et ça allait assez bien avec la musique. D’autres nous rejoignaient, avec leur pioche de la matinée, un King Crimson mythique, deux Morricone. Dans la pile de disques que je lorgnais, un album de Bob Dylan avec The Band, Pierre Perret, les Stones, vieux vinyles, trouvailles du matin. Tout cela était joyeux, et ce qui me faisait le plus plaisir, plus que de les voir apprécier Kraftwerk dont la plupart ignoraient tout, était sans aucun doute qu’ils soient tous si jeunes, nés après l’enterrement du vinyle et pourtant avides de les (re)découvrir.

J’étais un peu leur vieil oncle Paul, à tous ces jeunes échevelés, leur distillant les bribes d’un savoir immense, résultat de vingt ans de lecture de la presse rock française – Rock&Folk, Best, Les Inrocks mensuels, Actuel et même Technikart. King Crimson, c’est du Prog-Rock. Non, ce n’est pas le premier album de Kraftwerk, ils ont commencé dans les années 70, etc … mais en fait, j’en étais exactement au même point qu’eux, c’était la première fois que j’entendais ces morceaux de Kraftwerk . Une fois un peu plus au calme, et avec un meilleur son, j’ai pu profiter de toute la finesse de cet album.

Kraftwerk sont des pionniers de la musique électronique mais Computer world ne donne jamais l’impression d’avoir à écouter un moment d’histoire. Il pourrait avoir été enregistré l’année dernière sans qu’on y trouve à redire tant il est encore dans l’ère du temps. Cela tient à l’élégance intrinsèque du style Kraftwerk, cette façon d’être simple, juste, évident et en même temps presque indéchiffrable mais surtout, au fait que ce disque a servi de matrice à toute la musique électronique après lui. J’en ai extrait assez arbitrairement Homecomputer , il me rappelle l’époque où Royksopp s’écoutait mais le morceau-roi s’intitule Computer love . Par ici si vous le voulez bien.

Acheter Computer love

LES OBJETS :

Dates et lieux de trouvailles : 21 Mai 2009, à ?
Prix : 1 euros
Etat : Très Bon état, réédition de 1988
Vendeurs : un particulier, pas l’apparence de l’amateur de musiques électroniques à première vue, mais il faut se méfier des apparences
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