MISE EN GARDE : Si vous allez voir Depeche Mode lors de cette tournée « Tour Of The Universe 2009″ et que vous ne voulez pas connaître la setlist, les visuels et effets spéciaux utilisés, ne lisez pas cet article ! Il contient des révélations sur la scénographie du groupe, les friches industrielles du Luxembourg, l’état de forme de Dave Gahan et les fantasmes sexuels de l’auteur…
Aaaaachhhhh le Luxembourg, son Grand-Duché, ses banques, son Secrétariat Général du Parlement Européen et sa Rockhal, la toute récente et moderne salle de concert du pays, sise à Esch-Sur-Alzette, vingt-sept mille habitants, deuxième ville du pays. Depeche Mode avait déjà joué au Luxembourg. C’était en mars 1982, à Oberkorn, devant deux-cent-cinquante spectateurs. Il y avait eu des pannes d’électricité à répétition, des bagarres, un concert interrompu avant la fin et une crevaison en pleine campagne du bus de la tournée… Et vingt-sept années de disette, jusqu’à ce 6 mai 2009 et le concert warm-up de la tournée nouvelle. Un warm-up, c’est un tour de chauffe, l’occasion de tester en conditions réelles un spectacle avant sa diffusion à grande échelle, et l’opportunité pour cinq-mille-quatre-cent privilégiés d’assister au premier concert de Depeche Mode depuis trois ans, dans une salle à taille encore humaine quand ils enchaîneront sur des stades pendant dix mois. Privilégiés donc, journalistes, sponsors et ultra-fans, venus de l’Europe entière et rivalisant de tee-shirts fait maison ou officiels et millésimés. Des hordes de noir vêtues, errant en fin d’après-midi en petites grappes dans ce lieu assez surréaliste : un centre commercial luxueux mais vide, des immeubles de bureaux aux façades rouges et mal accueillantes, un chantier permanent autour d’une immense usine sidérurgique rouillée depuis le dix-neuvième siècle. Et au milieu de cet assemblement hétéroclite et complexe, la Rockhal, cube de béton brut à la sobriété presque exagérée, où Depeche Mode a répété son show à huis-clos pendant une dizaine de jours.

La bière n’est pas chère et l’attente ne sera pas trop longue. Le temps d’échanger quelques mots avec deux jolies Allemandes de vingt ans, une charmante rousse et son amie, blonde bouclée au visage poupin portant de petites lunettes ovales, qu’elle appellera « Karo » et que j’imaginerais volontiers en Karolina, et Motor entre en scène. Peu de puissance malgré une gestuelle sur-cocaïnée, des grands effets de bras pour des rythmiques trop répétitives et déjà entendues ailleurs, le duo électro-rock franco-américain ne convainc guère et empêche, pendant une heure interminable, de continuer la causette avec les deux amies d’outre-rhin. Je me rattrape la demi-heure suivante, le public pousse, les premiers rangs se resserrent et la conversation avec Karolina se fait en mode de plus en plus rapproché. Elle me rappelle étrangement la Caroline qui m’avait accompagné, à Lille, sur le premier concert du Devotional Tour, seize ans auparavant, une singulière coïncidence. Karolina imagine une entame avec un vieux standard ; en vieux briscard des tournées du groupe, j’opte pour la trilogie initiale de Sounds Of The Universe . Bingo ! « In Chains » est jouée d’entrée, mais suivie d’une inversion par rapport à l’album, « Wrong » précédant « Hole To Feed ». « Wrong » est un single remarquable, le meilleur du groupe depuis « Dream On » et un futur classique, taillé pour des enceintes colossales. Ce soir le son est à niveau peut-être trop raisonnable et si Karolina jubile déjà, je regrette d’emblée ce volume restreint, le petit manque d’ampleur et de basses assourdissantes.

La suite est prévisible, « Walking In My Shoes » et « It’s No Good », de factures fort respectueuses, cèdent leur place à la première véritable accélération et « A Question of Time ». Le public, à majorité trentenaire, est trop sage et aucun mouvement de foule ne me permet de frôler les bras nus de Karolina ou de me coller brièvement contre son dos à l’occasion d’une poussée. J’en profite pour m’attarder sur les vidéos projetées sur l’écran de leds et sa boule en relief situés derrière le groupe : différentes à chaque morceau, déformations et variations en live des images des artistes ou petits films trop parfaitement calés sur la longueur des titres, souvent originaux et pertinents, mais manquant tout de même de cohérence entre eux. « Precious » (seule concession à l’album Playing The Angel , alors que “A Pain That I’m Used To” et “John The Revelator » avaient fait un excellent début il y a trois ans) est enchaînée avec « Fly On The Windscreen ». Karolina se rapproche un peu de moi mais les contacts sont furtifs encore hélas. Je remarque une présence incongrue sur scène, Anton Corbijn prend des photos du groupe et je me surprends à divaguer sur les portraits qu’il pourrait faire de mon fantasme tout neuf : noir et blanc glacé, au grain splendide, yeux maquillés de khôl, poitrine nue ou à peine cachée, abandon et érotisme soft…

Dave Gahan quitte la scène, c’est l’heure habituelle du quart d’heure américain avec Martin Gore au chant sur « Jezebel » puis sur une très jolie version de « A Question of Lust ». Ralentissement des rythmes cardiaques, des envies de slow, de prendre Karolina par la main et de serrer ses hanches, sentir sa tête s’abandonner sur mon épaule et son souffle dans mon cou… Dave Gahan est de nouveau sur scène. Il a coupé court à mes désirs d’enlacement et je n’ai qu’un regard mutin de la jolie blonde pour me satisfaire quand retentissent les premières notes de « Come Back ». « Peace », « In Your Room », le trio est en grande forme. Andrew Fletcher, décontracté comme à son habitude, n’a pas grand-chose à faire sur scène et laisse les tâches ingrates d’appuyer sur quelques touches à Peter Gordeno, en renfort sur la tournée. Pas de basse mais un Christian Eigner métronomique à la batterie, impressionnant de régularité à défaut d’excentricité. Martin Gore est tout en sobriété, si ce n’est une veste à paillettes à la Johnny, mais c’est en progrès par rapport à la tournée précédente. « I Feel You » puis « In Sympathy », Dave Gahan monte en puissance, fait tomber le gilet-débardeur qu’il portait à même la peau. Pantalon de costume ultra-moulant et tablettes de chocolat, les déhanchés se font de plus en plus nombreux, les poses plus lascives et la température augmente inexorablement.
Le temps passe et on doit maintenant s’attendre à un passage explosif pour finir le set. Dave Gahan est en confiance, les petits oublis de texte du début de show sont oubliés, il retrouve sa transe et son maniement de micro légendaire. Il bande. Surtout ses muscles . Et enchaîne « Enjoy The Silence » avec « Never Let Me Go Again » : sons martiaux, chant fervent, rythmiques prenantes. Karolina sautille, bondit, se trémousse sur des chansons plus vieilles qu’elle. Son enthousiasme est contagieux et c’est le corps transpirant et haletant, et l’esprit un peu embrumé, que je vois le groupe se retirer de scène. Karolina et moi reprenons nos esprits et envisageons un rappel bouillant.

Il sera à la mesure de mes pensées érotiques du moment : « Stripped » (Let Me See You Stripped Down To The Bone , alléchant programme), « Master And Servant » (Karolina en guêpière et fouet) et surtout, pour que la chaleur devienne plus insoutenable encore, « Strangelove » illustré d’un audacieux clip lesbien et fétichiste. Gahan se retourne souvent et lève les yeux vers l’écran, je baisse les miens dans le décolleté de Karo… et m’imagine, comme la demoiselle du petit film, lui sucer et mordiller l’orteil pendant qu’elle se caresse la poitrine…La sortie de scène est brutale et ce retour à la réalité fort contrariant. Il faut maintenant reprendre son souffle et patienter avant l’ultime montée des sens. Le deuxième rappel commence par un énorme et jouissif « Personal Jesus » : saccades de Gahan, riffs tendus, cris hystériques, stroboscopes violents, la crucifixion artistique est torride. Le coup de grâce sera pour « Waiting For The Night », Gahan et Gore s’avançant dans le public sur un étroit promontoire, chantant quasiment a capella, presque bras dessus bras dessous et célébrant, si ce n’est l’amitié virile, du moins la camaraderie et le sentiment du devoir accompli. L’étreinte post-coït, en somme…
Classe, plaisir et efficacité. Puissance trois. Depeche Mode est un groupe d’une dignité remarquable, des « dinosaures
» et toujours des bêtes de sexe scène, années après années, albums après albums et tournées après tournées : l’assurance de soirées d’extases…
PS : Un très très grand merci à DJ Barney…
PPS : Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que le fruit de l’imagination de l’auteur. Ou presque…





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