Ça va faire con de l’écrire mais les vieux disques parlent. Parfois, quand on les passe, ils ont cette petite voix qui vous arrête et vous dit : je ne suis pas le genre de truc que tu écoutes d’habitude mais essaye-moi. Je ne sais pas comment expliquer sinon, que je me sois senti attiré par ces trois disques de Jean-Roger Caussimon . Deux euros chaque, de beaux disques à pochette ouvrante sortis sur le label Saravah dans les années 70.
[track id="2862" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/24/MrWilliam.mp3"]
[track id="2863" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/24/Moncamarade.mp3"]
[track id="2864" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/24/Lesfillesquifontpleurer.mp3"]
J’ai une autre explication, plus rationnelle peut-être, mais nettement moins convaincante pour moi : il y a quelques semaines, iTunes a retrouvé sur mon disque dur un morceau de Caussimon , tiré d’une compilation Frémeaux & associés, Les années Saravah. Oui, le refrain de Voleur de Paris m’a plu, la musique de la voix presque avant celle des mots, la mélodie signée de Jacques Datin, déjà croisé sur cet album de France Gall.

Caussimon
, dans ses jeunes années, a rencontré Léo Ferré
et lui a écrit quelques chansons mémorables : Mon camarade
reprise par Dominique A sur cette compilation hommage à Léo, Monsieur William
, Nous deux
, Comme à Ostende
… Puis, au début des années 70, le label Saravah l’a accueilli, pour qu’il en donne ses propres versions et qu’il en grave d’autres. C’est ainsi que Caussimon l’auteur, Caussimon l’acteur, est devenu chanteur. Il a sorti 6 albums chez Saravah, il en aurait sûrement enregistré d’autres s’il n’était pas mort en 1985. Chez Saravah, Caussimon était chez lui.

Qu’est ce qui peu bien me plaire autant chez Caussimon , moi habituellement si réfractaire à la chanson française. Sa voix de vieil arbre déjà, plein de sève et qui en a vu. Cette interprétation modeste, loin de la théâtralité des « monstres sacrés ». Il y a les mots, simples et justes, ces phrases qui font sourire, ces autres qui nouent la gorge. Caussimon était un ami de Ferré mais il n’est pas de la race des poètes hallucinés, sa poésie m’évoque plus la grâce limpide d’un Charles Trénet , en moins lunaire, en plus terrien. La musique, enfin, globalement de tradition française mais pas vieillotte, parfois vivifiée par des notes jazz ou psyché (écoutez Galilée ) est en osmose avec la belle simplicité des mots et la sobriété de l’interprétation (*). C’est peut-être pour moi la plus grande surprise : elle se suffit à elle-même. Et chose rare pour un disque en français, il m’arrive même d’oublier le sens des mots un instant pour ne profiter que de leur musique. Puis je reviens au texte, à cette manière de dire les choses si souvent discriminante dans la chanson française, et je me dis que pour une fois, c’est pas mal de comprendre les paroles.
PS : J’ai eu du mal à sélectionner les chansons et j’ai fini par faire un non-choix avec Mr William , superbement jazzéiffé et Mon camarade , deux classiques du répertoire de Ferré ici réinterprétés. J’ai failli rajouter le très lugubre (mais très beau) Ma mère et finalement je lui ai préféré l’enjoué Les filles qui font pleurer , une belle réalisation d’Eric Robrecht, pour ne pas vous effrayer. Ceux qui ont aimé retrouveront une petite playlist sur spotify, piochée dans une intégrale largement épuisée.
(*) Elle est parfois due à Ferré, le plus souvent à Eric Robrecht, également arrangeur sur certains titres. Maurice Vander est également crédité aux arrangements sur le premier Saravah.






Commenter