La Blogothèque

Annie & Andrew, en toute légèreté

Je l’ai déjà dit : les dimanches sont des jours perdus d’avance. Celui-ci était perdu, gâché pour une bonne raison : l’impatience d’une 9ème Soirée de poche, avec Andrew Bird et St Vincent.

 

Je ne vais pas rentrer dans les détails ou vous dire “il a chanté telle chanson de tel album, il était branché sur la chaine hi-fi du salon et puis il était en chaussettes” ; on était bien au-dessus de ça. Juste une image d’introduction : on attendait tous dans la cour, le son du violon a résonné, nos nez se sont levés, les paires d’yeux surpris des voisins étaient aux fenêtres. Prélude parfait après lequel Andrew Bird aurait pu jouer, siffler, chanter n’importe quoi : j’aurais toujours eu ce sourire béat accroché au visage.

Bird, c’est le marin luthier, celui dont les mains ont l’air abîmées par l’exercice du bois, celui qui a les yeux plissés par le soleil et les jours en mer, qui a le regard qui pétille, celui qui a vu un tas de trucs et qui t’enchante de ses récits.

D’ailleurs Bird pourrait se contenter de siffler. De toute façon c’était l’instant parfait : ce grand et bel appartement, baigné de la lumière d’un coucher de soleil inespéré après une journée grise, l’image de ces gamins dans la rue qui tournent bêtement autour de poteaux avec leurs vélos alors que nous, on vit un truc magique, les autres qui pleurent et moi qui me retient à trois reprises. La dernière fois que ça m’était arrivé, en live, c’était pour Antony & The Johnsons à l’Olympia. L’émotion qui fait que tes jambes ne te portent plus. Ajoutez à ça le privilège d’être là, la proximité, l’intimité, une multiplication de facteurs qui décuplent les sensations.

On a eu le temps de reprendre notre souffle, heureusement, de nous remettre de nos émotions en attendant que St Vincent arrive de la Maroquinerie. Je disais “elle sera pas en reste” mais je n’y croyais pas trop. Je pensais “ça sera joli” comme son concert au Point éphémère l’an dernier où je l’avais surtout trouvée gracieuse. Pour tout dire ces albums m’ennuient un peu.

Je ne sais pas si on doit tout à Bird, à ses improvisations, à son talent, son oreille. Je ne sais pas si ça tient au fait que j’étais là juste derrière lui, que j’entendais les respirations du violon, que je voyais ses doigts courir, et que je n’avais jamais vu ni entendu ça d’aussi près. Ou peut-être que c’était elle, belle et spontanée et élégante. Elle qui nous a entamés sans crier gare ! Avec son “Marry me”. C’était peut-être sa manière délicate de jouer de la guitare, ses rires enfantins ou sa voix, ou ce truc qu’elle dégage, si léger, qui te rend bêtement heureux, comme après avoir regardé un bon George Cukor, sa manière d’être surprise de ce qui se passait à chaque morceau, ou de voir simplement que tout le monde souriait. Une chose est sûre: ces deux-là n’avaient rien répété, rien prévu et nous ont offert un happy ending qui n’en finissait plus.

Il y avait sûrement un milliard d’imperfections mais ça n’avait vraiment aucune importance, on aurait pu continuer à les écouter tâtonner, chuchoter de la corde pendant des heures sans les quitter des yeux.

- bandeau par Clumsy
- photos par artypop