La Blogothèque

Elvis was a hero to most

On sentait bien qu’Elvis Perkins et Alela Diane jouaient sur les pentes glissantes d’un revival qui pourrait s’épuiser très vite. Il y avait sur chacun de ces deux premiers albums ce petit quelque chose, pourtant, qui les séparait de l’ivraie. Deux ans et quelques plus tard, la différence entre les deux nouveaux opus est flagrante. L’une tourne en rond, il n’y a qu’un seul bon morceau sur son disque et encore il pourrait bien s’agir du morceau caché de The Pirate’s Gospel . Le reste est juste … plat. Le titre est bien trouvé, du coup : To Be Still . Pendant ce temps, l’autre poursuit sur sa lancée, il a pris le tremplin et il explore encore plus avant les recoins les plus classes de la Dylanerie. Mais ce qui saute aux oreilles d’emblée, c’est qu’il a un putain de son.

J’ai longtemps sous-estimé l’orchestration de Ash Wednesday , sans doute la faute à une production plutôt discrète. Pourtant, en y retournant, elle était déjà là, au hasard dans la contrebasse et les violons de “Emile’s Vietnam In The Sky”. Même “While You Were Sleeping” n’est pas aussi minimaliste qu’on veut bien le croire. Il y a sur chaque morceau au moins une bonne idée, mais une bonne idée qui se fait discrète et qui est au service de la chanson. On sent presque que les chansons sont arrivées écrites et qu’il ne s’est agi que de les enjoliver un peu, leur donner un peu de relief.

La grosse différence avec Elvis Perkins In Dearland , c’est que tout ça est passé au premier plan comme l’annonce d’emblée la grosse batterie qui lance “Shampoo”. La vraie réussite, c’est que cela n’écrase pas les chansons pour autant. Si Elvis a embauché un producteur renommé (ex-Public Enemy et ex-Dylan, rien que ça), il a aussi lâché la bride à ses musiciens. La contrebasse est toujours là mais elle a de la compagnie : il y a un orgue dès les premières mesures, des cuivres qui s’invitent en pagaille pour jouer à la marelle de chanson en chanson, un piano qui a un son beaucoup plus profond qu’avant et un gros tambour que son batteur empoigne pour marteler les morceaux comme “Hey”.

A la première écoute, le disque s’est donc avéré un peu décevant : on entend d’abord le son et on ne trouve pas de chansons du calibre de “All The Night Without Love” et “While You Were Sleeping“, les deux mastodontes qui ouvraient Ash Wednesday . Pas tout de suite. Parce qu’une fois qu’on se fait à ce son plus ample, plus généreux, plus ouvert, on va au devant de très belles rencontres. Voilà, ce Elvis Perkins In Dearland réussit ce que beaucoup de seconds albums ratent : une réalisation plus soignée mais, aussi, surtout, une écriture intacte, un propos qui ne s’est pas épuisé, bien au contraire.

Il y a “Shampoo” (oui, je sais, ça fait facilement 32 fois que je la mentionne), “1,2,3 Goodbye”, et une “Send My Fond Regards To Lonelyville” qui respire l’ironie et la joie. Et la moindre d’entre elles n’est sans doute pas ce “Doomsday” qui est comme une cavalcade effrénée et insouciante dans un lit de poussière. Elle semble dire que seul importe la vitesse, le mouvement et qu’il suffit d’attraper cette ligne de basse au vol.

A l’écoute d’Ash Wednesday , je n’avais qu’un seul – petit – regret : je me souviens m’être demandé si Elvis Perkins saurait un jour descendre dans la fosse et livrer quelques petites choses plus senties, plus folles. Je voulais le voir lâcher les chevaux, crier vers le toit, taper du pied. Il fallait croire, en fait, à la venue de “Doomsday”. Il fallait être là quand il l’a joué sur la scène de la Maro, lui sur la gauche et les autres bondissant dans tous les sens. Il suffisait d’attendre, il suffisait d’y être.

[bon, et si vous comprenez mon titre, c'est que vous êtes quelqu'un de bien]

- Photos par Delgoff