La Blogothèque
Concerts à emporter

Ryland Bouchard

Il y a bien longtemps, j’avais gardé un tout petit espace dans un coin de ma tête, un petit espace poussiéreux, exigu, mais chaleureux, pour la musique de Ryland Bouchard. Cela lui convenait à la perfection. A l’époque, il s’appelait the ‘Robot Ate Me’ et ses chansons étaient comme les merveilles sorties d’une malle fanée que l’on ouvre dans le grenier d’une vieille tante, un dimanche après-midi d’ennui. Des chansons avec un son de vieux transistor, de gramophones qui craquent, de boîte à musique, et une voix fragile et touchante comme celle d’une poupée restée trop longtemps dans la poussière et l’oubli.

J’avais donc gardé une place à Ryland, attendant que l’occasion se présente de faire quelque chose avec lui. Elle est tombée au beau milieu de l’hiver. Il jouait à Mains d’Oeuvres début janvier. Le réveillon était juste passé, il faisait un froid terrible, neigeait à gros flocons, nous nous sommes retrouvés dans un café.

Ryland était timide et délicat, il avait sa petite voix, son regard un peu perdu, une gentillesse évidente. Nous avons parlé un peu, attendant Colin et regardant la neige qui tombait de plus en plus lourde. Je pensais amener Ryland chez un caviste de ma rue, bourré de vieux meubles, de bouteilles anciennes. Mais il fallait pour cela sortir. Cela ne l’a pas dérangé. Il faisait moins que zéro, il neigeait, mais Ryland Bouchard a pris sa guitare, ses mitaines, et est sorti avec nous. La boutique était fermée, qu’à cela ne tienne, il a joué sans cesse, depuis la sortie du bar jusqu’à ce que nous débarquions dans ma cour. Et là, à l’abri sous un porche, il nous a bouleversé avec ‘Golden You’.

Il faisait toujours aussi froid. Ma cour était historiquement un lieu de commerces et d’artisans, traversée par une allée faite pour laisser passer des chevaux tirant des carioles au chargement démesuré. Aujourd’hui, au rez-de-chaussée, ce sont des lofts à l’exception d’un espace occupé par un relieur de vieux livres.

Nous y sommes rentrés. Deux femmes recousaient des livres de philosophie d’un autre siècle. Un homme martelait de vieux ouvrages. Tous ont à peine levé les yeux vers la musique, sont restés artisans, faisant des chansons calmes et vaporeuses que jouait Bouchard une bande son flottante et timide. On ne dérange pas des mains à l’oeuvre.