La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

#21 – Joãyau

Une définition du bonheur, ça pourrait être de tomber sur le disque que l’on cherche parmi des centaines de vinyles soldés mélangés sans égard pour leurs genres. C’est ainsi que j’ai trouvé ce disque de Joao Gilberto .

La veille, je m’étais imprégné une nouvelle fois de la sélection des 30 Recommended records par Joe Sixpack. Mon attention s’était portée sur quelques mots, à propos de l’album blanc de Joao Gilberto : hauntingly sparse, beautiful, and quite ethereal recording , One of the best Brazilian records ever made. Sparing and gentle, graceful beyond the reach of practically any other musician alive .

Mon apprentissage de la Bossa selon Joao Gilberto avait commencé avec des albums plutôt récents, un show TV enregistré pour la télévision brésilienne trouvé dans un vide-grenier, et Voz e Violão, son dernier enregistrement studio, sorti en 2000, encensé par la critique. Chaque écoute de ces albums et surtout du dernier m’avait laissé le souvenir d’un long murmure, un murmure sophistiqué et raffiné peut-être mais murmure quand même. On sent dès les première notes tendues de Aguas de março que cet album blanc de 1973 n’est pas fait du même bois.

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L’argument du disque est simple : Joao Gilberto, accompagné seulement d’un percussionniste aussi indispensable que discret, revisite quelques vieilles sambas, rend un discret hommage à la nouvelle vague représentée par Caetano Veloso et Gilberto Gil et livre quelques beaux inédits de sa composition, dont une chanson tout en douceur pour sa fille Bebel. Rien d’inhabituel à première vue.

Le disque s’ouvre sur une version de 5 minutes de Aguas de março , titre récent d’Antonio Carlos Jobim. Le temps est suspendu, on écoute Joao reboucler et on pourrait l’écouter ainsi pendant des dizaines de minutes sans doute, tellement il y a dans ce mouvement perpétuel quelque chose de fascinant. Et comment fait-il pour chanter et jouer ainsi, presque à contretemps, selon ce rythme intérieur impossible à anticiper.

Si ce disque est exceptionnel, c’est que l’état de grâce persiste tout au long des dix plages qui le composent. Na baixa do sapateiro , d’Ary Borroso , l’un des titres les plus addictifs du disque à la longue, permet d’apprécier, outre le jeu de guitare de Joao Gilberto, l’intelligence de jeu du percussionniste. Valsa (como sao lindaos os yougist) (Bebel) met en mélodie toute l’affection d’un père pour sa fille. Undiu hypnotise 6’40 durant alors que Joao répète ce mot sur tous les tons sans que jamais le charme ne se brise. Autre point d’orgue du disque, Eu vim da Bahia est la relecture d’un titre de jeunesse de Gilberto Gil que Joao Gilberto étire sur plus de 5 minutes.

Les notes tranchent l’air. Elles ne sont pas jouées fort, évidemment, mais pas une seule ne se perd, pas une n’est inutile, inefficace. On parle souvent de nonchalance dès qu’il s’agit de Bossa Nova, on sent pourtant une rigueur inouïe dans cette économie d’une efficacité fabuleuse. Tout compte. La percussion naturelle des lèvre parfaitement captée par les micros de Wendy Carlos, les tss tss tss retenus de l’imperturbable et concentré accompagnateur. Le chant et la guitare d’un Joao Gilberto qu’on a rarement entendu aussi affûté.

Il s’est passé quelque chose sur cet enregistrement. On dit de Joao Gilberto qu’il est un perfectionniste tendance pénible, caractériel, mais il le sait, et nous le savons aussi, à l’écoute de ce disque, la perfection existe.

-Acheter (edition 2000, au son désespérément plat)
-Acheter (edition 2007 remasterisée)

Le mieux est encore de le trouver en vinyle, évidemment.

LES OBJETS :

Dates et lieux de trouvailles : il y a des années, en Avignon
Prix : 6 euros
Etat : Très Bon état
Vendeurs : General music
Taux d’hésitation avant achat : 0 %