Du cousu main, littéralement, avec de jolies pochettes en carton et des cartes postales glissées dedans. Au sens figuré également avec quatre albums plutôt délicats dans leurs sons, tricotés amoureusement depuis plusieurs coins d’Auvergne et délivrés ensemble par un label associatif, persévérant et raisonnablement ambitieux. Le genre d’initiative louable qu’on louera donc volontiers…
Kütu Folk Records (quel nom étrange), ce sont des bénévoles passionnés, engagés sur une niche a priori bien singulière – le folk Clermontois, pour faire court et approximatif – mais dont les derniers échos ont été largement positifs. Promotion d’artistes, organisations de concerts, productions phonographiques, autant d’activités souvent ingrates et un projet du moment un peu périlleux : la sortie quasi-simultanée, nationale et internationale, de quatre albums des artistes du collectif : ceux de St Augustine , Leopold Skin , The Delano Orchestra et Pastry Case . Kütu Folk Records souhaite une promotion commune aux quatre disques pour « défendre l’originalité, l’identité et les valeurs du collectif tout en soutenant chaque projet et son univers particulier « . On respectera ce parti pris et on fera de même : un seul article pour quatre disques évoqués séparément, avec degrés d’enthousiasmes divers…

Le coup de cœur d’abord, celui qui rendra ses camarades de label (un peu) transparents, jaloux (peut-être), mais (on l’espère) surtout fiers : St Augustine (pseudonyme de François-Régis Croisier) et son Changing Plans
, premier disque d’une maturité brillante et preuve qu’on peut toujours surprendre dans un style pourtant fort balisé. Le folk de St Augustine est curieux et peu farouche aux expériences : pop classique (« WWIII ») ou pop orchestrale aux moyens limités (« Rainy Country » ou comment faire du Divine Comedy en chambre de bonne, y voir ici un compliment), folk des bois un peu hirsute et dépareillé ou folk radieux et bien peigné. Ce qui pourrait passer pour un étalage des compétences, est plutôt une façon d’extérioriser des envies de grandeurs (les jolis cuivres de « Icelandic » en prémices de souhaits d’arrangements luxuriants ?). On pressent l’amateur de soul, le lecteur de grands poètes, le collectionneur de disques de songwritings mythiques, l’artisan patient… On devine des feux de camps classieux, des heures d’apprentissages, des mélodies reprises cent fois, des détails peaufinés jusqu’à l’usure… et la satisfaction du travail bien fait. Respect et écoutes réitérées…

La musique de Damien Fahnauer, alias Leopold Skin se veut plus classique, porteuse d’une tradition hobo mais déterminée au songwriting délicat, un folk des rues et des chemins d’Amérique, mais débarrassé de la poussière et des colères trop expressives. Son premier album, Leopold Skin And The Blue House Dandelions
, fait ainsi dans la douceur et la mélancolie, aux rythmes un peu swinguants de notes choisies d’une guitare acoustique et d’une voix nasillarde, accompagnés ponctuellement de cordes et percussions. Ce sont des années d’écoutes profitables, de leçons de maîtres engrangées et un exercice remarquable de compositions simples mais efficaces. Finesse et fragilité, mais peut-être trop de tendresse et de timidité, un manque de corps et de coffre aussi qui ne devrait sûrement pas augurer de lendemains moins enchanteurs : l’auteur a à peine vingt ans et fonder un label et sortir un disque aussi « abouti » est démarche rare et culottée (à rapprocher de celle du prodige Lillois Louis Aguilar).

Le précédent (et premier) album de The Delano Orchestra avait bien plu. A Little Girl, A Little Boy & All The Snails They Have Drawn
oeuvrait dans le post-folk paisible et les sons étouffés. On y décelait un certain raffinement, un sens indéniable de l’élégance et un brin de préciosité et on s’autorisait à imaginer un peu plus d’énervements, de belles tensions sur les œuvres suivantes. Las, sur Will Anyone Else Leave Me ?
le Delano Orchestra se contente à nouveau principalement d’un recueillement lent, d’un rock fatigué au chant presque chétif. C’est du bel ouvrage incontestablement, cela ravira certains amateurs de musiques distinguées et polies, celles qui devraient en principe faire se taire et apprécier les nuances. On craint pourtant la lassitude bien vite, la redite et le brouhaha qui, finalement, couvre les chansons trop polies (pour ne pas écrire « trop molles »). Ils objecteront sûrement, mais avec un ingénieur du son amateur, des micros bas de gamme et plus de décontraction, le disque aurait gagné en séduction et, ici, en critique plus favorable…

Le quatrième et dernier album, celui de Pastry Case , détonne un peu dans ce paysage folk indé. Wheelchair And Jogging Suit
reprend les codes du genre et tente d’y injecter des bugs hip-hop à la Beck des champs. Foutoir avec semblant d’organisation, immicks électro en pagaille et abus de synthé : le bricolage en amateur a bien des vertus mais quand les clous dépassent, quand l’étagère n’est pas droite et que les tiroirs coincent, l’usage est limité. Un disque aussi fourbe qu’un collier de nouilles : c’est peut-être attendrissant, mais c’est surtout embarrassant… On sauvera tout de même quelques titres, comme le lancinant « Water Gun Or Water Gun », plus sobre et commun peut-être.
St Augustine, Leopold Skin, The Delano Orchestra et Pastry Case seront au Nouveau Casino à Paris le mercredi 8 avril 2009 (une place achetée = une place offerte en cliquant là !) et en tournée un peu partout au printemps.





Commenter