La Blogothèque
Concerts à emporter

Sigur Ros

On ne rentre pas à la Closerie des Lilas. On passe devant, on aperçoit quelques riches et bedonnantes personnes sur la terrasse soigneusement protégée par un mur de verdure, on hume le parfum des huîtres, mais on n’y rentre pas. On aura bien l’occasion un jour, à l’occasion d’une réunion de famille organisée par une vieille tante fortunée, de s’y asseoir. Ou on y sera convié par les délibérations d’un festival qui nous bloquera l’après-midi durant sur la terrasse couverte. C’était le cas pour Moon, qui rentrait juste de Tanzanie, et se retrouvait coincé là-bas, à la Closerie. On y rentrera donc, pour la première fois, pour y filmer des Islandais.

Pour moi, l’équation est la suivante : le groupe loge à l’hôtel Kube, son matériel est porte de la Villette, Moon et sa caméra sont coincés à la Closerie, dans le sud de Paris, et bien évidemment, Sigur Ros jouant au Zénith le soir même, nous n’avons que peu de temps…

La première personne croisée, et celle qui nous laissera le meilleur souvenir, c’est John Best, le manager. Un quinqua anglais dans toute sa splendeur, lunettes seventies, imper classique, écharpe mauve et moustache classe. C’est lui qui fera oublier la longueur du trajet au bassiste malade, au reste du groupe tout éteint.

Nous avions acheté un seau dans un bazar sur le chemin, nous avions décidé de ne pas sortir les costumes, nous avons déplacé quelques tables pour y poser un splendide harmonium, nous avons squatté le piano, tout nous semblait prêt… si ce n’est qu’il manquait deux balais au batteur, qui n’étaient pas dans le van, qu’il fallait retourner chercher à la Villette.

En attendant, nous demanderons d’abord en vain au groupe de jouer une autre chanson en attendant, une chanson qui ne nécessite pas les balais. Rien n’y fait. Comme John nous le rappellera, ce que nous faisons faire à Sigur Ros, Sigur Ros ne le fait jamais. Il nous faut attendre, et ne pas ajouter à la pression d’un gros concert ce soir.

Alors en attendant, on furète dans la Closerie. On papote avec de vieux couples élégants, on surveille de loin cet homme d’affaires tout en graisse qui caresse néligemment les cheveux d’une fille de 20 ans sa cadette, on se laisse bercer par la valse incessante des garçons en gilet tournant et courant avec leurs plateaux pleins à rabord.

Peu à peu la salle se vide, les derniers déjeuners traînent en longueur, puis les baguettes arrivent. Jonsi a l’air tendu, mais il se lance. Quelques notes sur l’harmonium, et cette voix incroyable qu’il aurait été dommage d’épuiser. On ne sait pas si les baguettes étaient essentielles. Mais notre patience, en trois minutes, était récompensée.