La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

#19 – Le commencement de tout

C’est un peu là que tout a commencé. Un jour, de passage chez mes parents, j’ai trouvé dans le dépôt-vente près de chez eux un album de Jorge Ben à la pochette colorée intitulé Brother . Le soir même, j’avais tapé ce que je viens à l’instant de réessayer sur Google, Brother + Jorge Ben. Cette simple requête m’avait ouvert les portes de Slipcue, le site low-Fi d’un DJ de San Francisco aux multiples passions, parmi lesquelles la musique brésilienne.

Joe Sixpack a écouté beaucoup de choses et il a le pouvoir de vous rendre un disque indispensable en quelques phrases bien senties, c’est en tout cas l’effet qu’il a eu sur moi. Visite après visite je me suis nourri de ses goûts pour finalement réussir à définir les miens dans cet immense ensemble qu’est la musique brésilienne. Car le bonhomme a la dent dure pour ses têtes de turc, le Quarteto em Cy et tout ce qu’il considère comme « cheesy », des trucs super parfois, des disques que j’adore. Et maintenant je sais que je ne dois pas trop le suivre dans sa passion pour Clara Nunes et le samba en général. J’ai fini par m’apercevoir que je n’étais pas fan de la dame. Il a pourtant failli me faire acheter l’intégrale, le bougre.

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On se retrouve totalement sur Jorge Ben . Brother (en fait, l’édition française, sous une pochette différente, de A Tabua de Esmeralda sorti au Brésil en 1974) a été mon premier album brésilien acheté sur ses conseils. Il y en a eu bien d’autres. A Tabua m’a révélé à quel point je pouvais être fan de cette musique. Mélangez l’intimité du folk, la chaleur de la soul, l’apparente nonchalance du tempérament latin, rajoutez le samba, une bonne dose d’inspiration et le liant du sorcier, cette capacité à faire des merveilles à partir du minimum – une bonne voix, quelques notes de guitares, des percussions : vous obtiendrez la musique de A tabua .

Jorge Ben, c’est un peu le feeling personnifié, une synthèse géniale de McCartney, de Stevie Wonder, de Bob Marley plongée dans la culture brésilienne. Fans de pop, de folk, de soul, croyez-moi, ses albums de 67 à 76 forment une suite ininterrompue de chef d’oeuvres, aux tonalités différentes et complémentaires. Parmi ces disques, des trésors comme Ben , comme un A Tabua de Esmeralda plus contrasté, un des sommets de la MPB selon Caetano Veloso et des splendeurs oubliées de tous, comme Negro e lindo , curieusement ultra rare, arrangé par Arthur Verocai ou Solta o pavao , dont david simonetta de Toy Fight est fou. Deux albums que même Joe Sixpack ne chronique pas.

-Acheter A tabua de esmaralda

Sans Slipcue, je ne serais sans doute pas retourné acheter A tabua de esmeralda . Jorge Ben n’était pas un nom attaché à des albums, plutôt à des compiles et à une chanson, Carol Carolina bela .

C’est une des multiples perles de la première compilation Brazilian Beat sortie par MrBongo à la fin des années 90. La série compte aujourd’hui 8 volumes, mais, j’en suis persuadé, le premier a été conçu au départ pour être le seul. Autant de tueries sur un seul disque serait autrement une aberration commerciale. Ed Lincoln, Luiz Carlos Vinhas, Tenorio Jr, João Donato, Anna Mazzotti, mes découvertes m’ont souvent ramenées à cette compilation séminale au fur et à mesure de ma plongée dans la musique brésilienne. Et Carol Caroline bela de Jorge Ben & Toquinho , une phrase de cuica et une intro de guitare qui vont vous marabouter pour la vie.

Le morceau semble avoir marqué les esprits à l’époque de sa sortie, au vu des nombreuses reprises dont il a fait l’objet, avec son cousin Que maravilha , issu du même partenariat. Les deux morceaux sont présents sur le même album de Toquinho , sobrement intitulé Toquinho et sorti sur Fermata en 1970. Après être tombé sur un pressage français très moche il y a quelques années sur un marché, j’en ai déniché une réédition italienne de bien meilleure qualité dans un vide-grenier cet été. Chouette ! L’album n’a pas été chroniqué par Joe Sixpack – il n’a sans doute pas eu la chance de mettre la main dessus – mais n’en est pas moins fantastique. Toquinho sans son Vinicius, laisse parler la guitare sur des instrumentaux élégants et lorsqu’ils se tirent la bourre, avec Jorge Ben, ça donne les deux morceaux suscités ou encore Zana , trésor caché du disque.

Deux classiques de Jorge Ben réédités par Dustygroove :
-Acheter Força bruta (1970)
-Acheter Jorge Ben (1968)
- Acheter Brazilian Beats, le coffret à prix minus

LES OBJETS :

Dates et lieux de trouvailles : il y a bien longtemps pour le Jorge Ben, l’été dernier pour Toquinho
Prix : 1 ou 2 euros pour le disque de cet été. Le Jorge Ben ? j’ai oublié. En francs ?
Etat : Bon état
Vendeurs : Un dépôt-vente (Jorge Ben) et un vide-grenier (Toquinho)
Taux d’hésitation avant achat : 99% pour A tabua, j’étais jeune. 0 % pour Toquinho, l’expérience.