Ca pourrait être un Chuck Norris facts : seul Chuck Norris connaît le nombre exact des musiques de films composées par Ennio Morricone . On a tous dans l’ADN les notes d’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest , on sait tous citer cinq films dont il a composé la musique, 10 en réfléchissant un peu et quand je dis tous, c’est tous : mes parents, mon beau-frère, mes cousines, tout ce qui a un cerveau, des oreilles et au moins trente ans, plusieurs générations qui ne savent même pas ou plus comment c’était, un Western sans une musique de Morricone. Tiens, un bon thème de chanson pour Vincent Delerm.
Si j’ouvre mon wikipedia à la bonne page, il m’indique que c’est en 1964 que la paire Sergio Leone – Ennio Morricone définit le western pour les années à venir avec Pour une poignée de dollars. Par la suite, Lee Van Cleef pourra bien remplacer Clint Eastwood, d’obscurs cinéaste pourront bien tenir la caméra, la musique de Morricone sera toujours là, bien souvent aussi jouissive que sur les chefs-d’oeuvre de Sergio Leone.

C’est ce que démontre cette compilation trouvée dimanche dernier. Les meilleures musiques de films d’Ennio Morricone oublie sciemment ce qui n’est pas au catalogue de United Artists et seules les notes de chacal sardonique qui ouvrent Le Bon, le brute et le truand résonnent sur la première face. Les autres films tirés par cette locomotive sont moins connus, exactement ce que je cherchais. Il me tardait plus de découvrir les musiques de Navajo Joe, The Big Gundown ou Death rides a horse que d’écouter ce que je connaissais déjà. Death rides a horse , justement, est particulièrement majestueuse et comme je n’ai pas vu Kill Bill, je ne savais même pas que Tarantino l’avait utilisée. Toujours le bon goût. Ride into freedom , c’est le nuage de poussière qui gonfle à l’horizon avant que le visage taillé à la serpe de Lee Van Cleef ne mange l’écran.

Il était une fois dans l’Ouest sort en 1968. Le succès du film est énorme, la musique de Morricone est dans toutes les têtes. Pour Morricone, c’est le signe qu’il faut fuir. Il travaille comme un fou, accepte tous les projets, semble doué du don d’ubiquité. Son nom se retrouve au générique d’une multitude films en même temps, des Giallo, des films érotiques, des films politiques, des policiers, des films d’espionnage, films pour la plupart oubliés aujourd’hui. Il varie son écriture, expérimente. La musique de Morricone n’est plus seulement synonyme de grands espaces, elle est aussi Bossa, Pop, érotique, lounge avant l’heure. De cette époque datent des merveilles comme Chi Mai (reprise plus tard pour le thème du Professionnel ), Belinda May , la BO de Vergogna Schifosi , parait-il une des préférées de Sean O’ Hagan des High Llamas. Ces musiques rares, souvent illuminées des vocalises de Edda Dell’Orso et des choeurs de Alessandro Alessandroni, sans oublier le fidèle Bruno Nicolai à la conduite d’orchestre, ont été compilées dans les années 2000 dans une série indispensable Mondo Morricone , en 3 volumes et sur la très synthétique compilation Morricone 2001 chez Dagored. L’énorme Guerre et paix , tirée d’un obscur film de 1968, Graze Zia, c’est 2’30″ de choeurs d’enfants sur une batterie quasi nue avec à peine quelques notes de clochettes. Le morceau semble avoir échappé à tous les radars. Et dire qu’il se trouvait sur une de ces compilations cheap qui fleurissent dans les vide-greniers sous le label Mfp (Music for pleasure).

Dimanche dernier, c’était un peu fête. Le même vendeur que Les meilleurs musiques avait la BO du Serpent , un film d’Henri Verneuil , grand utilisateur des talents de Morricone dans les années 70 (Le clan des Siciliens, le Casse, Peur sur la ville, I comme Icare). La pochette de ce film d’espionnage qui mélange Yul Bryner, Philippe Noiret, Henry Fonda et Michel Bouquet est sublime. Tout ça sent bon le film du dimanche soir sur la une à l’époque de la télé publique. La BO très atmosphérique du Serpent vaut surtout pour le morceau Nadine , sorte de fantasme d’une musique blaxploitation à l’européenne : zébrures psychédéliques, choeurs féminins, rythmique étouffante, la rencontre assez chaude entre Curtis Mayfield et le Krautrock.

Verneuil n’avait manifestement le droit qu’au premier choix. Pour la BO du Casse, Morricone lui amène Argomenti , chanté d’une voix feutrée et dans un délicieux phrasé italien par Astrud Gilberto . Mireille Mathieu en a fait une version mais je crois qu’elle est moins bien.
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