La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

#17 – A l’instinct

Il y a encore quelques années, je n’aurais jamais osé m’attaquer à de tels disques. Puis, quelques accès de témérité récompensés par de bonnes surprises ont fini par me faire comprendre qu’il ne faut jamais hésiter pour quelques euros, si le feeling est bon. A force je suis devenu un de ces êtres instinctifs capable de dénicher les perles cachées sous des pochettes improbables. Sauf quand je me plante. Combien de déceptions pour une réussite ? Ce n’est pas l’objet de ce billet.

De l’ambiance avec Vincent Casino et son ensemble

Comment est-il possible d’acheter un disque avec un tel titre ? Les fréquentations de Vadim Music ou de French Attack ont fini par me faire comprendre que la beauté peut surgir de disques de commande réalisés par des professionnels de la musique, ces gens sans états d’âmes moqués dans le Session Man des Kinks . Oui, certains accompagnaient Jacques Martin à l’Ecole des Fans, oui, on les retrouve peut-être derrière Patrick Bruel, on oublie juste que ces musiciens valent parfois mieux que la vedette qu’ils mettent en valeur.

Cette profession de foi crânement assénée, je dois avouer que je ne me sentais pas fier avec mon disque de Vincent Casino sous le bras. Pas si sûr que ce ne soit pas une infâme musique de salle des fêtes. D’accord, il y avait Jean-Claude Pierric à la plupart des compositions, l’indispensable directeur artistique des Tréteaux, un des auteurs du chef d’oeuvre Godchild dont je vous ai déjà parlé dans un autre disque du dimanche, mais rien ne me garantissais que j’allais retrouver sa patte Pop-Jazz. Il aurait tout aussi bien pu truffer cet album de biguines ou de faux reggae. J’ai eu un peu peur à l’écoute de certains titres assez indéfendables mais néanmoins dans l’esprit d’un disque d’illustration sonore, puis quelques morceaux m’ont éclaboussé de leur classe, à commencer par ce Strange colors atmosphérique digne des meilleurs Jazzmen. Est ce qu’on a le droit d’intituler son album de l’ambiance avec Vincent Casino et son ensemble lorsqu’on le garnit de tels bijoux ?

Love is blue – 101 stings, The Spots, The Petards

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Difficile de trouver la moindre information sur les groupes de ce Love is blue (des groupes nommés 101 strings, The Spots, The Petards, tout un programme), étrangeté psyché de bazar sortie en Allemagne à une date qui reste encore à déterminer. Comment cet exemplaire s’est il retrouvé à l’emmaus de Plan de campagne, Marseille, au moment de mon passage, autre mystère … En aussi bon état ? ça peut se comprendre. Imaginez un Noël. Le tonton a voulu faire plaisir à son neveu à cheveux longs en lui achetant un disque moderne. On y retrouvait le meilleur de l’époque, Lady madonna , Love is blue , N°1 américain de l’année 67, et même un classique des classiques, Guantanamera , que demander de plus. Dégoûté du père Noël, le neveu rangea définitivement le disque, qui traversa les décennies, immaculé, avant d’être généreusement offert à Emmaus par la troisième génération. Et dire que le tonton aurait pu devenir un héros, si l’arrière petit neveu avait pris la peine d’écouter Blues for the guru , parfait exemple de bombinette psychéfunky, avec sitar et orgue, ou Karma Sitar , du Bollywood recréé par des musiciens de studio allemands de la charnière 60-70, sans doute les mêmes que ceux compilés ici. Les aficionados de la série Bossa Nova – Exciting Jazz samba ryhtms auront appris d’où vient la pochette du volume 2.

Danta

Pour celui-là, je l’avoue, j’ai un peu triché. Je ne l’ai pas pris de suite car je savais la chose rattrapable, le vendeur est régulièrement sur le même marché. Quand il n’a pas mis les prix, il consulte fiévreusement son vieil exemplaire de Juke-box censé donner un semblant de côte aux disques vinyles mais Danta échappe même au champ de vision de tels fascicules. La pochette m’avait donné très envie de me jeter à l’eau et la description des instruments (guitare, Bongo) m’avait presque décidé mais un jour sans est un jour sans. Si j’avais été plus savant, j’aurais percuté sur le nom du chanteur, le Abel Mann de Cane and Able, sur le nom du producteur, Claude Delcloo, mais je débute.

Il y a eu un prix à payer pour mon hésitation : une semaine d’angoisse à me demander si le disque allait m’attendre car à peine rentré, j’ai trouvé cette description de l’album. Bien sûr mes craintes étaient excessives, une semaine plus tard, le disque était toujours à la même place. On parle ici de “progressive afro funk”, une manière de dire que cet unique opus de Danta ne s’interdit rien. Il mélange le bon goût et le mauvais avec allégresse sur des rythmiques rentre-dedans du meilleur effet. Quoique vous pensiez de ce Calypso rock par ailleurs, je suis sûr d’une chose : une seule écoute suffira à vous loger sa ligne de basse dans le crâne.