La Blogothèque
Concerts à emporter

Lambchop

Lambchop est un groupe plein de contrastes, de subtiles nuances qu’on est jamais certain d’avoir pleinement saisies. C’est un groupe qui mélange des ingrédients très différents et dont les saveurs se mélangent malgré tout, jusqu’à ce qu’il soit presque impossible de les dissocier. En voici deux qu’on retrouve dans toute leur discographie : une pincée d’humour, et une bonne rasade de légèreté.

A force de ne les croiser que dans des ambiances crépusculaires où tout est murmuré, on oublie que les gens de Lambchop, et Kurt Wagner le premier, versent plus souvent qu’il n’y parait dans l’ironie mordante. Alors, oui, dans ce concert à emporter, vous les verrez rire. Pas rire aux éclats, mais doucement, comme entre vieux amis qui trouvent du réconfort dans leur connivence. Vous le verrez accrocher les paroles de sa chanson sur le dos d’un comparse transformé en homme-sandwich immobile. Il y a de la malice chez ces hommes là, de celle qui donne un peu de cœur au ventre.

A force de les entendre déployer un folk sombre et lent au tempo ralenti, on oublie que les gens de Lambchop sont les spécialistes mondiaux de la légèreté. Chacune de leur note est retenue autant qu’elle peut l’être. Elles tombent au sol comme des feuilles d’automne qui ne quittent l’arbre que quand le moment est enfin venu. Ce n’est cependant pas la retenue d’un Mark Hollis : on n’est pas dans la retenue douloureuse, plutôt dans une forme alanguie et presque insouciante de lenteur, dans une façon surannée de prendre son temps (copyright KMS sur cette idée).

Alors voilà, dans ces films, vous entendrez le texte doux-amer, mordant et pas terriblement optimiste, de “National Talk Like A Pirate Day”. Vous y entendrez ces guitares qui se superposent les unes aux autres et qui finissent à force de se tourner les unes autour des autres, par s’envoler. Un envol en douceur, calme et serein, une toute petite tornade cristalline qui ne fait que balayer un peu de poussière et quelques feuilles.

Vous entendrez la comptine faussement adolescente (si les adolescents pouvaient être capables d’apesanteur) de “I Believe In You” et cette façon qu’elle a de s’installer, lentement, très lentement. Comme on construit des châteaux de cartes, un peu. Regardez d’ailleurs la ville autour : les musiciens sont planqués dans une ruelle pas très passante, et elle ne semble se rendre compte de ce qui se passe qu’au tout dernier moment, alors que tout est déjà presque fini. Planquée au milieu, la promesse finale que ces gens portent, leur credo que presque personne n’entend : “I believe in music” .

Et puis vous entendrez, la voix de Kurt Wagner. Si Antony est la voix du nouveau siècle, alors lui, ce vieux patriarche grisonnant entouré de jeunes musiciens dont on a le sentiment qu’il pourrait être leur père, est la voix du siècle avant-dernier.