La Blogothèque

Hey Mr Tambourine Man

C’est un petit instrument de rien du tout qui peut changer beaucoup. Petit mais costaud, en quelque sorte. Alors voilà, le Mercredix de cette semaine est consacré au tambourin, celui que Dylan et ses suiveurs ont chanté inlassablement. Je suis un peu déçu : je ne peux pas encore vous parler du “Send My Fond Regards To Lonelyville” d’Elvis Perkins et il n’y a pas de tambourin sur le refrain du “Oscar Brown” de Baxter Dury, contrairement à ce que ma mémoire défaillante aurait bien voulu me faire croire. Il nous reste néanmoins un petit paquet de bonnes choses à partager…

01. The Walkmen – “Four Provinces”

D’abord parce que c’est grâce à eux qu’on a eu l’idée de cette liste. Comme je ne peux le redire de meilleure manière, voilà ce qu’une lectrice en disait en commentaire : “Globalement, on a tendance à sous-estimer le pouvoir euphorisant du tambourin”.

Ensuite parce que si les Walkmen construisent des rythmes en cascade sur un You & Me globalement placé sous le signe de l’emportement, il se passe définitivement quelque chose de particulier sur ce titre. Euphorie, quand tu nous tiens.

02. Velvet Underground – “Venus In Furs”

Revenons au classique, avec ici une idée qui peut paraître simple et idiote mais qui fonctionne à plein : tout est dans le contraste entre le son surchargé d’un côté, la saturation qui joue à plein et ce tambourin qui donne un peu d’air, un peu de lumière …

03. Bowerbirds – “Bur Oak”

Sans leur science de la percussion, il est probable que les Bowerbirds ne seraient qu’un énième groupe du renouveau folk. Mais voilà, en plus de la voix lancinante de Phil, de sa façon tendue et désinvolte de conter des histoires qui vous tiennent éveillées toute une nuit, ils ont ce gros tambour qu’ils trimballent partout et dont ils jouent doucement, tout doucement. Avec un tambourin, parfois.

04. The Beatles – “Drive My Car”

Oui, tarte à la crème. Mais pensez-y, comme des générations et des générations de petits enfants biberonnés à la musique des Fab Four, est-ce que ce n’est pas avec ce morceau que vous avez découvert le tambourin ? Est-ce que chaque tambourin qui sonne, qui claque ou qui s’étouffe ne vous rappelle pas un peu LE tambourin originel, celui qui accompagne ces voix encore juvéniles et presque tonitruantes ?

05. Britt Daniel (Spoon) – “Bring It On Home To Me”

Ils ne sont pas beaucoup, ceux qui peuvent se frotter à Sam Cooke. D’ailleurs, pour la plupart, ils sont morts ou en passe de l’être. Et noirs, incidemment. Ce qui n’est pas le cas du chanteur de Spoon. Qui a la bonne idée de ramener la chanson à sa mesure (on n’y trouvera donc pas l’incandescence folle de la version live que vous trouverez sur ce disque indispensable) et de l’habiller avec des brindilles, deux-trois petits trucs malins et bien sentis qui lui vont finalement bien. Dont – mais vous l’avez deviné – un chouette tambourin. C’est sans doute comme ça qu’on réussit une reprise.

06. Fontella Bass – “Since I Fell For You”

Quand les grandes dames de la soul chantent les amours perdues ou contrariées, elles y mettent en général un paquet de larmes et de sentiments. Cf. Aretha, Doris, Diana, Dee Dee et les autres …

Fontella pourrait en faire autant (ce qu’elle fait sur “Rescue Me”, par exemple). A la place, elle constate les choses avec une forme de mélancolie (presque) résignée. Et le tambourin, plutôt que de castagner à tout va, ne fait que marquer le temps, comme la simple pulsation d’un cœur qui souffre.

07. The Temptations – “Ain’t Too Proud To Beg”

et

08. Lyn Collins – “Think (About It)”

L’heure de gloire du tambourin, ça reste quand même clairement la soul. Il fait des merveilles dans sa version up tempo, porté par des sections rythmiques délirantes. Les Funk Brothers dans le coin gauche, au service du son Motown et en l’occurrence des toujours classes Temptations. Dans le coin de droite, Lyn Collins, petite protégée de James Brown, le Godfather of Soul allant jusqu’à lui écrire et produire ce “Think (About It)”. Et, histoire de s’assurer que le son James Brown soit bien au rendez-vous, à lui prêter ses JB’s pour l’enregistrement.

Pour les puristes, dans Standing in The Shadows of Motown, le film que Paul Justman a consacré aux musiciens oubliés du studio Motown, on peut ainsi voir la section rythmique des Funk Brothers expliquer comment ils ont construit le rythme de cette chanson. Ces mecs étaient tellement bons qu’ils pouvaient vous faire croire que Joan Osbourne était [une sacrée chanteuse]

09. The Box Tops – “Green Tambourine”

Il fallait bien un morceau avec le mot Tambourine dans le titre. Passons donc sur Dylan et les Byrds, trop évident, et arrêtons nous sur Alex Chilton, âgé de 16 ans aux débuts du groupe, et sa bande. On reste pas loin du territoire soul puisqu’ils sont de Memphis et que leurs débuts seront notamment produits par Dann Penn et Chip Moman. Les voilà qui se prennent un classique de la pop psyché des 60s, un succès des Lemon Pipers que Status Quo reprendra aussi.

10. Tunng – “Jenny Again”

Ok, c’est pas vraiment du tambourin. C’est du tambourin 2.0 (je suis de mauvaise foi, mais je fais ce que je veux), une version hybride, modifiée, triturée, déformée mais qui au final remplit la même fonction. Une pulsation irrégulière, qui va et qui vient en contrepoint. Un fil d’ariane. Que demander de plus ?

Et puis, en bonus track, un des hommes les plus classes du monde tambourin à la main, le tout sur une chanson qui reste quand même un monument malgré les années…