La Blogothèque

Les choses comme elles sont

Son premier disque s’appelait This is me with a piano and a lot of love . Ça résume bien le bonhomme : un gars qui se lance tout seul la tête en avant, un mec qui a des tripes, “his heart on his sleeve ” comme on dit là-bas. Et qui pourtant se cache derrière un nom de collectif : The Sarcastic Dharma Society.

This is me… m’avait trouvé sans que je sache trop comment à sa sortie en 2006 et ne m’a jamais vraiment lâché depuis. Il culmine à un peu plus d’onze minutes. La preuve que quand on part seul à la guerre, on ne dure jamais bien longtemps. L’orchestration est minimale, épurée à l’extrême, réduite au strict nécessaire. Même le son donne une impression de dénuement, d’exigüité si ce n’est d’isolement.

Le piano n’a même pas le temps de résonner qu’il se heurte aux murs. Les percussions sonnent comme si Mat – c’est son nom – avait juste tapé des doigts sur le rebords de la fenêtre. Il chante comme sur un champ de bataille, mais enfermé entre les quatre murs d’une petite chambre. Et « Red », le morceau placé en ouverture, n’atteint même pas la minute, s’essoufflant avant la ligne d’arrivée. C’est qu’ici on n’a déjà que trop tourné en rond, on est impatient, on ne calcule pas ses efforts : on donne tout ce qu’on ressassé trop longtemps, dès la première seconde de la première minute.

« Red », c’est une chanson traversée par une voix qui grince, qui rage et qui brûle. On fout le feu aux bateaux, on part sans se retourner, on ne se donne aucun moyen de revenir en arrière. On plonge et c’est tout. On balancera tout ce qu’on a à balancer et tant pis pour la suite. C’est aussi ça, être ivre d’amour et d’amour seulement.

Depuis, notre bonhomme s’est assagi un peu, ou juste calmé. 3 ans plus tard, il revient avec un petit disque de reprises, Other People’s Songs (disponible comme son prédécesseur en téléchargement gratuit), sur lequel il s’attaque à Clem Snide, Bright Eyes, Mount Eerie (joli texte de STG sur la chanson) et même Crosby, Stills, Nash & Young ou les Beatles. On y reconnait toujours bien cette façon de partir à l’attaque sans calculer, sans se préserver de rien. Et de tenter des choses peu évidentes, comme cette reprise de « Simeon’s Dilemna » de Why?.

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Il fallait se lancer pour dire les mots de Yoni Wolf, pour tenter de donner du sens à cette poésie alambiquée pleine de tours et de détours. Il fallait oser essayer de s’approprier sa diction si particulière, à mi-chemin entre le phrasé rap et une façon de chanter plus folk. Même si l’instrumentation s’est elle faite un tout petit peu plus riche, un poil plus élaboré, pour l’accompagner.

L’original multiplie les fausses pistes : on y entend des chœurs féminins, un piano qui arpège en boucle, une voix dont la scansion change sans arrêt. Tout y va pourtant crescendo, malgré les accidents, de cette intro noyée dans les bruits parasites, comme venant de loin, jusqu’à l’ascension en bout de course qui aboutit sur la déclaration finale, presque apaisée : « you’re mostly what i think about ».

La version de The Sarcastic Dharma Society est moins équivoque. Elle dit presque tout d’emblée. On l’avait à peine noté chez Why? mais en fait le constat final s’entend clairement dès le début. On reste sur une impression unique, l’intensité est là de bout en bout, on s’attarde peu sur les variations. On y perd sans doute en subtilité, mais vous n’avez jamais eu envie, vous, de pouvoir être aussi clair et direct ? De dire les choses comme elles sont, tout simplement ?