La Blogothèque

Acier trempé, acier fondu

Les souvenirs d’enfance sont des cons et il ne faut pas les écouter. La preuve: ça permet de découvrir que Michel Jonasz a enregistré un bon disque. J’ai des preuves, mais je n’ai pas le disque. Ceci est donc un appel à l’aide.

Il y a quelques mois, à l’issue de rocambolesques aventures qui seraient très secondaires ici, j’ai exhumé d’un bac de disques portant l’angoissante étiquette «Michel Jonasz», un CD surprenant compilant les titres enregistrés par l’infâme marmonneur de la bande FM en 1967 avec un groupe que les moins de 55 ans ne peuvent pas connaître: le King Set.

Le titre d’ouverture et de loin le meilleur, Apesanteur , est une chevauchée noire moitié funky moitié psychédélique, un morceau assez tendu qui part loin dans l’espace, dans une science-fiction surorchestrée en métal blanc éclatant (et un peu en plastique aussi).
La musique en fait trop, les paroles encore plus («Acier trempé, acier fondu / Mon cœur blindé, mon cœur à nu / Amour parcours, amour discours», ce genre de phrases très Metal Hurlant avant l’heure), mais l’ensemble, porté par un son assez énorme (qui a produit ce disque?) et une voix qui pour le coup ne marmonne pas, attire instantanément, comme un vieux Science et Vie qui explique que les ordinateurs rentreront bientôt dans nos vies.
La suite fait vite penser au travail de Nino Ferrer, avec qui elle partage cette envie de créer une version funk-soul de la France yéyé, de parler «des abeilles» et d’amour bien de chez nous en donnant l’impression d’ouvrir pour les Crystals à l’Apollo.

Avec le King Set, on est à des années-lumière de la futur carrière solo de Jonasz, qui représente pour moi un cauchemar de dimanches après-midi sur les routes de campagne, entassés dans la voiture avec cette même cassette au son sourd qui mâchouillait un swing tout gris.
Plombé par ce souvenir, je n’ai jamais fait l’effort d’écouter un seul disque de Jonasz, et l’auteur des Vacances au bord de la mer est resté à mes yeux le Claude Nougaro du pauvre, comme Pierre Bachelet fut un Jacques Brel low cost.


Ci-contre: live au Golf-Drouot: Michel Jonasz au clavier, Alain Goldstein à la guitare.

La découverte de l’époque King Set semble me donner en partie tort et donne désormais envie d’aller fouiller dans ses disques solos, certain d’y trouver plein des choses valables. D’autant que j’ai appris dans la foulée que Jonasz était dans les années 60 le clavier attitré du Marocain Vigon, grand monsieur de la soul à la française réédité (et topisé) l’an dernier. J’aimerais bien savoir comment Jonasz a aussi vite glissé vers les facilités dans les années suivantes.

Tout ça est une autre histoire que je ne connais pas. Ce que je sais, c’est que les titres enregistrés avec le King Set valent le coup, mais qu’ils se sont révélés introuvables au fur et à mesure de mes recherches, à l’exception d’une écoute en streaming au son pourri ici (et que je mentionne donc du bout des lèvres).
Le 45 tours original d’Apesanteur (qui visiblement fut un mini-tube du côté du Golfe-Drouot et affiliés à l’époque) peut se dénicher en ligne à prix collectionneur (voir collectionneur saoudien). Mais ce fameux CD édité en 1999 s’est fait oublier. Impossible de l’acheter, de le racheter, de le télécharger, légalement ou pas.

Avant de voler la carte de bibliothèque de ma petite sœur, il me reste donc cet appel à l’aide: si vous possédez ce disque, faites passer, ça donnera peut-être des idées de réédition à certains.