La Blogothèque

Jeremy Jay voudrait faire l’amour danser avec vous

Quelqu’un, dont je tairai le nom par respect pour sa vie sociale, m’a dit il y a quelque temps que le nouvel album de Jeremy Jay respire tellement le sexe qu’il donne envie de redevenir célibataire. Et c’est très vrai.

Mais en s’y plongeant profondément parce qu’il semble le mériter, on se dit aussi qu’il y a quelque chose de moins frontal dans la musique version 2009 du grand blond qui se coiffe comme Françoise Hardy dans les années 60: une pudeur froide, une peur du premier pas qui stoppe toute tentative de conquête et la transforme en lamentation dégingandée et touchante.

Dans une fête, Jeremy Jay serait le beau garçon que toutes les filles et tous les garçons regardent avec envie, en se disant que tant de mystère doit cacher un cœur tremblant à consoler. Seulement personne ne l’aborde parce qu’il jette autour de lui des regards qui disent: «Je n’ai pas envie d’être ici, j’ai envie de rentrer chez moi lire des livres. Mais je me sens encore moins bien chez moi, j’ai besoin d’un peu d’amour et vos regards me suffisent.»

Slow Dance, le Jeremy Jay nouveau (qui n’est pas officiellement sorti mais on va pas vous la faire), sent donc le sexe célibataire à plein nez, celui qui tombe amoureux deux fois dans la même rame de métro et plonge dans son bouquin quand on lui rend un regard appuyé.
C’est un disque difficile à défendre de bout en bout parce qu’il est trop glacial malgré ses rythmiques qui tentent un groove timide. Mais d’écoute en écoute, et c’était déjà le cas dans son classieux premier album sorti par chez nous l’année dernière, A Place Where We Could Go , le dépouillement devient richesse.

Avec le temps, le clavier trop métallique se fait un peu oublier, on s’habitue (faute de le comprendre) au mystérieux déséquilibre musical qui baigne chacune des compositions, et reste des pop songs impeccables qui évoquent encore et encore Jonathan Richman. Même façon de chanter/parler dans un tempo vraiment bizarre, même nonchalance cynique, même envie de plaire et même peur de trop plaire…
Jeremy Jay est un garçon talentueux et intrigant que je surveille du coin de l’œil depuis quelque temps sans trop savoir quoi en penser. Sa musique me fascine par instants et me repousse dans la foulée, comme si elle refusait de se donner vraiment et tournait autour de ses vrais sentiments. Trop de peur pour être totalement sincère ou trop de sincérité pour ne pas effrayer…

Comme vous le savez déjà, le hasard a fait que Jeremy Jay soit à Paris cette semaine pour parler de son nouveau disque, et qu’il nous a paru intéressant de confronter sa musique solitaire aux cavalcades spacieuses des Walkmen. Ce sera demain, en soirée de poche. Puis il reviendra en France sans tarder, dans les semaines à venir.

Il faudra l’écouter patiemment, et accepter quelques errements sûrement, mais on est prêt à l’aimer beaucoup. C’est à lui de jouer.

- Soirée de poche #7

- Acheter A Place Where We Could Go

- Acheter Slow Dance (à partir du 23 mars)