La Blogothèque
Concerts à emporter

Tom Jones

On ne peut pas s’attendre à ce genre de coup de fil. Vous êtes installé dans votre routine quand il arrive. Le téléphone sonne, vous répondez, et Vincent vous demande «Tu serais OK pour venir m’aider sur le tournage d’un Concert à emporter avec Tom Jones ?» Si je serais OK ? C’est Tom whoa whoa whoaaaaa, putain de Jones ! En fait… Je ne sais pas trop quoi en penser. Mais on le fait.

Deuxième coup de fil inattendu. Le téléphone sonne, et notre contact dans le lobby de l’hôtel nous passe l’information : Tom est prêt, nous pouvons monter dans la chambre. Il y a de la magie hollywoodienne dans tout ça. Tom est une star de l’époque où l’industrie musicale n’avait pas encore implosé. Mieux, une des plus grandes stars de cette époque-là, et tout dans la scène nous rappelle cela : les paniers de fruits, la vue incroyable sur New York, le manager. Ce dernier semble sorti d’un film de Woody Allen, il en fait trop, il est surprotecteur, il est hilarant. Tom est encore dans sa chambre et pendant ce temps son manager nous fait la conversation, s’assure que nous sommes bien, just pas trop bien. Je m’occupe des micros, et ne lève même pas la tête quand je demande à la personne qui vient de s’asseoir à mes côtés si Tom sera bientôt prêt. Elle me répond «Oui» , et Vincent : «Hummmm, Teresa…» . Je le regarde, il me regarde, et nous regardons tous deux la personne à qui je parlais. Oui, c’est Tom… Jones. Salut.

Il est habillé de noir, porte plein de breloques dorées, et sera prêt dès que nous le sommes. La chanson démarre, et sa voix puissante fait exploser les niveaux de l’enregistreur. Mon Dieu, un chanteur, un chanteur qui chante vraiment ! L’homme est habitué à chanter dans de grandes salles. Wow, je suis sous le charme.

Après chaque chanson, le manager s’enthousiasme : «C’était génial ! Merveilleux ! Vous avez vu ça ? Vous ne pourrez jamais avoir mieux que ça !» Je suis en 1965, les années dorées. Ses chansons sonnent comme des classiques, mais la plupart en sont de nouvelles. «If HE Should Ever Leave You» en est le joyau, ne serait-ce que parce qu’elle incarne Tom Jones à la perfection. Ce poing de velours… Les jours suivant la session, je marcherai dans la rue, en chantonnant : «It should be a crime to ever let you go ! He should be inclined to keep you very close ! No one else compares – you’re a cut above the rest !»

La session se termine avec un classique, «Green Green Grass of Home» : l’une des chansons les plus populaires que Tom ait jamais sorti – au milieu de sa discographie aux milliers de disques vendus – est une ode à sa terre natale. Il y a quelque chose d’assez surréaliste à être assis dans une chambre à ses côtés alors qu’il e cela. Une prise suffira, comme pour le reste. «Professionnalisme» est le mot qui vient à l’esprit. Il ne résume pas toute ma pensée, mais c’est ce qu’il incarne. La différence d’époque, la durée de sa carrière se sentent tout au long de l’enregistrement, de manière impressionnante.

On se serre la main, on se prend dans les bras, et le manager fait une dernière blague, en se mettant la corbeille à papier sur la tête. Sur un bureau, des piles de pochettes d’albums que Tom doit dédicacer. Vincent en glisse une dans son sac. Il demande la liste des chansons, je la garde comme souvenir. De l’autre côté du pays, le téléphone de ma mère sonne. Elle répond. C’est sa fille : «Tu ne devineras jamais dans la chambre de qui j’étais.»

Texte de Teresa Eggers.