La Blogothèque

Beirut : du mezcal pour la route

Il vient du Nouveau-Mexique mais il a eu tôt des envies d’ailleurs. Il devait se sentir à l’étroit, à l’écart peut-être. Il a voyagé, à l’envie et au hasard, a découvert d’autres musiques et d’autres façons d’en faire, d’en inventer, d’en vivre, d’en souffrir. Il s’est pris pour un orchestre balkanique, seul d’abord, puis s’est fait accompagner, avec bonheur puis avec peine. Il a été dépassé, il a abdiqué, il est reparti, il est revenu, ici, là-bas, ailleurs. Il a eu envie de processions funèbres et de trompettistes fatigués, d’un autre sens de la douleur, mais finalement pas si éloigné des complaintes des confins de l’Europe. Il a fait son disque dans le secret et dans la difficulté. Il a voulu du noir et blanc, de la parade de cirque, du vieux cinéma français, de la musique de gangsters, celle qui pue l’honneur, les interdits et les omertas mais qui aussi fait les belles afflictions. Au lieu de la Calabre, il a choisi l’état d’Oaxaca, au Mexique, mais peu importe en fait la géographie. Il est nostalgique d’une époque qu’il n’a pas connue, alors il la réinvente en chansons. Elles sont tristement désabusées, il l’est peut-être aussi, encore, encore plus.

Il s’appelle Zach Condon, il s’appelle aussi Beirut, son nouvel EP s’intitule March Of The Zapotec .

Un temps, il a congédié son groupe, les artisans de ses ambiances sentimentalo-festives. Il s’est enfermé et a fait son électro-pop langoureuse comme on revient à ses premières amours, seul à l’ordinateur, avec plaisir et nostalgie. Il s’est peut-être retrouvé, mais il nous a égaré aussi. Il a voulu multiplier les apparences, se prendre pour quelqu’un d’autre tout en restant lui-même. Décision hasardeuse et exposition risquée, il s’est peut-être égaré finalement, encore, encore plus.

Il s’appelle toujours Zach Condon, son deuxième EP s’intitule Real People : Holland

On a voulu savoir ce qui s’était passé depuis la sortie de Flying Club Cup et son retour aux États-Unis. On a voulu connaître le chemin qui l’a mené jusque chez les Zapotecs. On a beaucoup causé. De mezcal, de tournée, de synthétiseurs, de voyages, de ces morceaux mexicains qui l’ont influencé. De musique.

Tu nous reviens avec un disque mexicain : pour être franc, on s’attendait plus ou moins à une bande de mariachis. Quand j’écoute “Dios Nunca Muere” aujourd’hui, j’ai l’impression d’être en train de regarder Le Parrain. C’est quoi cette musique ?

Ta remarque me rappelle que le thème du Parrain est le premier morceau que j’ai appris tout seul à jouer à la trompette. Je suis sûr par ailleurs que ma brève explication de ce qu’allait être ce nouveau projet n’était pas claire à l’époque. En fait, Cary Fukunaga, qui est réalisateur, m’a demandé si je voulais faire la bande-son de son nouveau film qui se déroule au Mexique. Après avoir lu le script et vu quelques extraits, je me suis dit que c’était un matériel idéal pour me lancer dans ce genre de projet. Il m’a alors envoyé des tonnes de musique mexicaine pendant qu’il était là-bas en train de tourner. Plein de choses pour me donner des idées. “Dios Nunca Muere” était l’une de ces chansons et elle m’a vraiment marqué. Ça a pris du temps, mais elle a fini par ne plus me quitter.

J’ai écrit quelques chansons avec ça à l’esprit mais finalement le réalisateur et moi avons décidé de ne pas poursuivre la collaboration (on travaillera peut-être ensemble plus tard !), parce que je pensais de plus en plus sérieusement à mener ce projet à bien pour moi-même. Alors que lui avait besoin de musique de film, pas de chansons de Beirut.

Cette musique est en tout cas très spécifique à l’état d’Oaxaca, au Mexique, donc ça n’a clairement rien de “mariachi”. C’est de la musique de mariage, d’enterrement, de la musique festive jouée par ces immenses fanfares locales qui répètent très peu… C’est un peu là que c’est drôle : c’est assez excitant quand le groupe sonne comme s’il était sur le point de dérailler et de tout perdre mais se rassemble autour de trompettes brillantes et de tambours tonitruants (ce qui commence à ressembler à d’autres genres de musique dont je suis tombé amoureux il y a quelques années, n’est-ce pas ?). “Dios Nunca Muere” a été écrite par un compositeur d’Oaxaca et en guise de cadeau d’au revoir, le groupe avec lequel j’ai enregistré à Teotitlan m’en a joué une version très émouvante pour mon dernier jour au Mexique. Cette chanson cache plus de choses qu’elle n’en montre, et on ne s’en rend compte que quand on la joue juste devant vous…

C’est encore un disque de voyageur. Lors de l’une de nos premières rencontres, nous avions parlé de ton besoin de quitter les États-Unis pour aller voir d’autres lieux. Qu’est-ce qui t’attire autant dans l’ailleurs ? Est-ce juste l’idée même de l’ailleurs ou plutôt une envie précise de lieux que tu veux visiter ?

C’est une impulsion assez forte que toute personne plutôt jeune devrait avoir. Pour moi, si tu ne ressens pas à un moment le besoin de partir pour ne serait-ce qu’un peu, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Une copine collante, ou quelque chose dans le genre… Quoi qu’il en soit, ce n’était pas un trip à la Indiana Jones. Je voulais juste sentir que je faisais partie de quelque chose de plus grand, et améliorer mon français. Peut-être que je cherchais juste un nouvel endroit où boire des coups, je ne sais pas…

Je sais que je l’ai déjà beaucoup dit, mais il était important pour moi de voir Paris. Je voulais savoir pourquoi cette ville avait inspiré tant de films, de livres et de musiques que j’aimais.

Ta musique a toujours été liée à la géographie. Quels sont les endroits que tu voudrais explorer musicalement ? Je me souviens avoir parlé de Mahmoud Ahmed et d’Ethiopie avec toi, aussi que tu étais très excité par les instruments traditionnels grecs à ton retour d’Athènes. D’une manière générale, est-ce que ce sont les endroits qui t’attirent, ou juste leur musique ?

J’aimerais me détacher de ce côté “géographique” . J’ai le sentiment d’avoir dépassé ça. Je serai toujours fasciné par de nouveaux sons, de nouvelles mélodies, je ne m’en lasserai jamais. Mais je pense que j’étais juste en train de grandir, les yeux grands ouverts, obsédé par le moindre de son que je pouvais créer ou imiter. Et je pense que ça y est, j’ai trouvé mon propre son. En fait, il a toujours été là, quelque chose bien à moi dans toutes les musiques que j’ai faites. Maintenant, la prochaine étape, cela va être de pousser ma voix et mes mélodies aussi loin que possible.

Penses-tu pouvoir encore voyager comme tu le faisais ? Maintenant que tu es un musicien, penses-tu pouvoir prendre la route juste pour aller découvrir… la Grèce par exemple, comme tu as essayé de le faire avec les Balkans ? Ou cela sera-t-il désormais centré autour de la musique, avec en tête l’idée du prochain disque que tu veux enregistrer ? Ressens-tu ce besoin ?

Pas forcément. Mon voyage au Maroc l’an dernier, par exemple : le but était de voyager, comme je le faisais avant, sans le faire pour la seule musique. Dans le même temps, je n’aurais pas pu mieux apprécier le Mexique qu’en travaillant et enregistrant avec les musiciens du coin. Je ne vois pas le voyage comme un moyen de “découvrir” quoi que ce soit. Plutôt comme un moyen d’apprendre à connaître des gens, des traditions, en voyant plein de belles choses sur le chemin.

Revenons à “Dios Nunca Muere” : elle sonne très triste mais aussi paresseuse, un peu comme de la musique ivre.

Oui, c’est à nouveau un thème familier pour moi. Cet album a été enregistré dans un épais et cauchemardesque nuage de mezcal local produit à Teotitlan Del Valle. J’aimerais remercier la mère de Jon Natchez pour nous avoir présenté les gens de cette ville. La fanfare Jiminez, ils ont été formidables.

“Toques Para Diffuntos” convoque également quelque chose d’extrêmement triste. Sais-tu comment ils la jouent ? Est-ce que c’est écrit ou improvisé ? Comment fonctionnent ces orchestres et comment était-ce de travailler avec eux dans cette atmosphère ?

J’imagine que j’ai vraiment un penchant pour la musique triste. Et j’aime aussi souvent la musique mal enregistrée… Je ne saurais pas dire pourquoi. Toute cette musique est écrite : ils n’improvisent vraiment que les intros.

Quant à travailler avec la fanfare Jiminez, c’était assez intense. Après tout, ils sont quand même 17 ! Je ne saurais pas dire exactement comment nous avons “travaillé”, mais voilà à quoi ça ressemblait : on dormait dans un genre de Bed & Breakfast tout en haut d’une colline qui donnait sur cette ville délabrée. Chaque matin, on était réveillés par de la musique qui venait de différents coins du village, et il y a eu 3 mariages et 2 enterrements sur les deux semaines que nous avons passées là-bas. On pouvait voir la procession et le cercueil passer par les rues principales jusqu’au cimetière. Ils jouaient souvent “Dios Nunca Muere”.

À partir de quatre heures de l’après-midi, les membres du groupe commençaient à se pointer avec des percussions et des cuivres qui dépassaient de leur moto ou de leur voiture. On installait les micros dans une pièce qui n’avait pas de portes et on commençait à répéter. Tomas, notre interprète, nous a sauvés. Notre espagnol est vraiment épouvantable (désolé le Nouveau-Mexique, j’ai toujours été très distrait pendant les cours) et de toute façon la plupart des gens ne parlaient que Zapotec. On faisait plein de prises de la même chanson et on enregistrait jusqu’à ce que le soleil se couche. Ensuite, on buvait du mezcal et on écrivait les parties qu’on devait enregistrer le lendemain. J’ai fait de drôles de rêves avec des gangsters asiatiques qui volaient notre équipement et ensuite je me réveillais et on recommençait. J’ai été très heureux là-bas.

Justement, de ta musique transpire souvent l’idée d’une perte de contrôle. Les Balkans, le Mexique, j’y pense comme des fêtes où l’on boit énormément. Mais le nouveau disque semble être plus sous contrôle que les précédents, plus en retenue. Comment ça se fait, pas assez de tequila ?

Je perds souvent le contrôle. Une partie de mon esprit s’éteint lorsque j’écris, je passe alors en pilote automatique. Quand j’en ai terminé avec les mélodies, c’est comme si je me réveillais et devais ramasser les morceaux épars que j’ai balancés un peu partout en enregistrant la première démo…

Je viens de penser à quelque chose, c’est amusant : si tu trouves que ce disque est plus organisé, moins épars que les précédents, c’est peut-être parce que je ne joue pas beaucoup dessus.

Le groupe Zapotec fait tenir le disque, là où je l’aurais probablement laissé choir si j’avais tout enregistré moi-même. Tout ce que j’ai fait, c’est écrire les chansons… Et ils ont joué sur 90% d’entre elles.

Et il y avait beaucoup beaucoup de mezcal là-bas. En fait, le frère de notre guide produisait son propre mezcal, tout près de là où on habitait. C’est grâce à ça que nous avons réussi à tenir lors des longues nuits où nous nous demandions comment arriver à ce que le groupe puisse jouer ce que j’entendais dans ma tête.

Comment es-tu tombé sur “La Primavera” ? Elle sonne beaucoup plus comme ce qu’on attend quand on pense à de la musique mexicaine. Et pourtant, elle ne sonne pas vraiment comme ton disque. Qu’est-ce que tu en as retiré ?

C’est à nouveau Cary Fukunaga qui me l’a envoyée. Après avoir écouté cette chanson, j’ai remué ciel et terre pour savoir d’où elle venait. Le côté élastique du chant, les changements bizarres de tempo et les cordes : je la trouvais tellement belle ! Ce genre s’appelle le huapango et il vient de la péninsule du Yucatan. Ces chansons sont en général accompagnées par des danses vraiment complexes. Pour être tout à fait franc, je n’en ai rien tiré pour moi-même, tout simplement parce que je ne pouvais pas. Ces cordes et ce chant viennent d’un monde différent du mien. Je les aime, mais je n’ose pas m’y essayer.

On a l’impression que les chansons mexicaines qui t’ont inspiré sont fortement liées aux enterrements. Dans le même esprit, les musiques balkaniques qui te plaisaient étaient celles de fanfares de mariage. C’est important pour toi ? Ta musique doit-elle être, dans un sens, la bande-son d’un rituel ? Et si oui, plutôt mariage ou enterrement ?

C’est vrai. Je suis obnubilé par les chansons qui ont à voir avec les rituels. Disons simplement que je suis sans cesse à la recherche de cette musique qui va vraiment parler à un grand nombre de gens qui sont tous unis au même moment, dans la peine ou dans la joie… Quelque chose qui frappe fort, qui va chercher loin. Souvent, il faut quelque chose d’aussi dramatique qu’un enterrement pour qu’une mélodie ou une certaine chanson atteigne tout son potentiel. Mais il n’est pas pour autant nécessaire de l’écouter dans d’aussi sinistres conditions… Il est tout aussi beau d’écouter un tel morceau lorsqu’on est seul, et laisser les émotions vous envahir. J’aimerais qu’il y ait plus de musiques de ce genre. Mais beaucoup de morceaux pop ont eu le même effet sur moi, m’ont tout autant bouleversé.

L’autre disque n’est pas une surprise pour ceux qui connaissent déjà Realpeople et savent que tu as toujours aimé la musique électronique. Tu peux nous en parler ? Je me souviens que tu étais à fond sur les disques Kompact quand The Flying Club Cup est sorti. Qu’est-ce que tu y trouves ? Est-ce que ce genre influence toute ta musique, ou juste les morceaux électro ?

Oui, le deuxième disque est en fait un bonus pour les gros fans qui creusent un peu plus et se demandent à quoi ressemble la face cachée de ma musique. Je ne m’attends pas à ce que les autres auditeurs y accordent plus d’attention que ça. C’était une année intéressante pour moi. Comme je te le disais, je pense avoir enfin trouvé ma voix, après des années d’expérimentations avec des sons d’un peu partout. Ces deux disques ont aidé à ça. J’ai regardé tout mon travail, ce que j’avais fait, ce que je voulais faire, essayant de trouver ce qui en faisait le ciment. De l’extérieur, il doit être difficile de voir une cohérence entre les morceaux ‘Realpeople’ et ce que j’ai fait en tant que Beirut, et ça ne me gêne pas. Mais pour moi, c’était comme un étrange Eureka !, lorsque j’ai réalisé que quels que soient les instruments, les idées avec lesquels je travaille, il y a toujours un terreau commun pour les mélodies et les rythmes…

Ton intérêt pour les instruments électroniques n’est pas nouveau : tu peux nous raconter cette histoire du premier synthé que tu avais dégoté ?

Morton Subotnick était le père d’un de mes camarades de classe. Il a du avoir vent de mon intérêt pour les synthés rétros, et il se trouve qu’il en avait un paquet qui traînait partout chez lui. Bien sûr, je n’ai réalisé que quelques années plus tard qui il était. En tout cas, j’ai acheté un de ses claviers et j’en ai joué pendant des années avant qu’il ne rende l’âme. On l’entend sur quelques morceaux de Holland . J’adorais ces énormes sons analogiques si chaleureux qu’il pouvait produire.

“Venice” sonne clairement comme un mélange de deux genres : de l’électro et de la trompette. C’est une chanson qui date déjà de 2007, mais est-ce que c’est dans ce sens que tu veux aller ?

Pas vraiment, même si c’est une de mes chansons favorites. Je ne pense pas que je mélangerai de l’électro avec des instruments acoustiques. Ce n’est pas l’esthétique que je recherche. Je suppose que je m’échapperai encore de temps en temps pour enregistrer des chansons à la “Venice” pour m’amuser, mais ce n’est pas vers ça que je me dirige. Peut-être que “The Concubine” est un meilleur exemple de ce que je veux faire, mais à peine. Et il faudrait que tu l’entendes live pour comprendre ce que je veux dire par là.

Le live, justement. Tu as enregistré March of the Zapotec avec un ensemble de 17 membres : comment est-ce que tu penses transposer ça sur scène ?

Il y a vraiment un tas de mélodies simples dans ce disque, sous cette avalanche d’instruments. Une fois en répétition, je me suis rendu compte qu’elle se prêtait bien à une orchestration ramenée à cinq instruments.

Tu as donc réduit la taille de ton groupe. A quoi est-ce que ça va ressembler ?

Je crois qu’en fait, l’attrait de la nouveauté s’est dissipé et qu’il ne restait plus que l’aspect un peu gadget d’un groupe avec autant de musiciens… Et je savais que ce serait un challenge musical sain que d’avoir à revenir pour chaque chanson à ses parties les plus importantes. Je voulais donc un groupe plus resserré qui me laisserait plus de place pour chanter vraiment, plutôt que de me cacher derrière trop de bruit.

Tu fais très peu de concerts autour de ces EPs : quelques-uns à Brooklyn, et ensuite une petite tournée européenne en mai. Tu en prévois plus ? Ou c’est un choix ?

C’est un choix. J’aime les concerts mais à petite dose. De cette manière, chaque soir prend plus de signification et devient en soi un petit évènement. Et puis comme chacun sait, je m’épuise et tombe malade assez facilement quand je tourne trop.

Je sais que tu n’aimes pas la vie en tournée. Ceci dit, qu’est-ce que tu recherches malgré tout dans un concert ? Est-ce que tu penses que ta musique doit être joué live pour qu’elle prenne toute son ampleur ?

Ma musique doit voyager… Tourner, en soi, est un exercice difficile mais les concerts en eux-mêmes sont devenus une part très importante de ma vie et de mon développement en tant que musicien. Il y a toujours un moment où le groupe et le public sont parfaitement en phase et c’est un sentiment qu’on ne peut que rechercher lorsqu’on l’a connu ne serait-ce qu’une fois.

Et pour la suite ? Est-ce que tu vas préparer un album ou d’autres collaborations, comme ton apparition sur l’EP de Final Fantasy ou le morceau que tu as fait pour la compilation Dark Was The Night ?

Je me sens prêt à me lancer dans un nouvel album, maintenant que j’ai pu explorer à fond ces errements musicaux qui m’obsédaient. Je sortirais probablement un single, histoire de voir comment les gens réagissent…

Je veux aussi construire mon propre studio à la maison, une fois que la tournée sera terminée. J’ai perdu trop de temps à Brooklyn à enregistrer à l’arrache dans des conditions difficiles dès que j’avais un moment de libre. J’ai besoin d’une base arrière, chez moi, et j’ai bien l’intention de faire quelque chose de vraiment bien.

- Propos recueillis par Garrincha et Chryde
- Introduction par Rockoh
- Photos par Ryan Muir pour Brooklyn Vegan