La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

#12 : Pop France 70

Le grand attrait des vide-greniers et autres dépôt-ventes ? Ils permettent d’essayer. Pour un à deux euros le disque, on s’offre une plongée dans l’espace temps, à écouter ce qui se vendait ou ce que l’on tentait de vendre. Deux décennies se taillent la part du lion dans les bacs soldes des vinyles, sans surprise : les années 70 et les années 80. J’ai tendance à me méfier de ces dernières, généralement abonnées aux productions clinquantes, même chez les valeurs sûres. J’aime les années 70 car l’expérimentation était partout, l’autocensure, bannie. Pour le meilleur et pour le pire, sans doute. Les revivalistes et les rockers rongeaient leur frein, bravant la moquerie, la hype était hippie.

Pop France

La hype était hippie ? C’est ce que tente sans doute de documenter la série Pop France, sortie au début des années 70 et qui rassemble les artistes à cheveux longs en contrat chez PATHE-MARCONI à l’époque. On rencontre quelques transfuges de la variété (Julien Clerc, en plein boum « Hair », Il était une fois) et du rock français tourné vers les anglo-saxons, sous influence blues lourd (Variations ) ou prog (Triangle ). L’écoute de cette compilation demande de l’abnégation à l’occasion de certains morceaux particulièrement pompiers, mais elle nous fait revivre une époque pleine d’optimisme et d’amour, dont l’anticonformisme affirmé nous paraît aujourd’hui terriblement bon enfant, même si les idées défendues (l’écologie, le refus de la consommation) ont fait leur chemin. Cette somme de la pop française du début des années 70 révèle surtout que, paroles, comme musiques, le film Mes meilleurs copains était à peine parodique. Replongé dans l’époque, on en vient à rêver de l’irruption de Téléphone . Heureusement, surnage de la compilation un ovni, Turn back time du groupe Time Machine , dont les paroles (en anglais) sont signées d’un futur parolier de Bashung, Boris Bergman : flûtes andines et violon, batterie échoifiée et la voix androgyne du chanteur, très Demis Roussos-like donnent envie d’en savoir plus. Ce sera juste que la face B, très intrigante, reprend la face A à l’envers sur quelques mystérieuses notes au piano.

Byg’s Melting pop

Mais poursuivons notre route : Pathé-Marconi n’est peut-être pas le meilleur label pour aborder les années 70 françaises, il y en avait d’autres, plus aventureux, comme le label BYG. Je connaissais BYG pour sa série ACTUEL, foyer des premiers albums du Art Ensemble of Chicago . En tout, 52 albums furent enregistrés de 1969 à 1971 par la crème du Jazz d’avant garde, des américains de passage, des européens, tous explorateurs des continents de la musique, dans un esprit d’improvisation totale. BYG’s Melting Pop et sa pochette d’inspiration Warholienne approche le label par son versant rock et rythm’n'blues. Parallèlement à ses opus free-Jazz, BYG éditait ou rééditait de vieux bluesmen, quelques gloires soul comme Ike & Tina Turner, des groupes de blues-rock anglo-saxon, des gloires du folk comme Pentangle ou Bert Jansch. Dans le même mouvement et dans le même désordre, BYG a publié L’incendie de Brigitte Fontaine et Areski, le Camembert électrique de Gong et le premier album d’Alice, dont est tiré ce Le nouveau monde ensorcelant. Les paroles sont celles d’une autre époque, mais la production brumeuse, la flûte de pan et ce crépitement de percussions dans le spectre stéréo pour accompagner le chant fatigué font de ce petit morceau un bijou.

Saravah

Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire …. Saravah a toujours eu la classe et cette devise du label en est une des preuves. Fondé par Pierre Barouh dans les années 60, Saravah a toujours fonctionné au coup de coeur et à l’amitié. Le résultat, c’est un nombre impressionnant de disques cultes, en marge de tout, du Jazz, de la world comme de la variété française. Il y a quelques années, une compilation sortie chez Frémeaux m’a fait découvrir le label, m’a même rendu Mauranne supportable. Mais il faut plus qu’une compilation de deux CD pour retranscrire la richesse du catalogue de Saravah. Il manquait par exemple Nana Vasconcelos, Novelli, Nelson Angelo, le Baroque Jazz Quartet …

Et aussi Jack Treese , Mahjun . Ces deux là, c’est aux pieds d’un jeune papi que je les ai découverts, un dimanche matin. Il avait quelques uns de ces disques bizarres qui ne lui disaient plus rien, sauf à lui rappeler de lointaines années où il s’occupait de programmation dans les MJC. Je suis reparti avec.

Mahjun

Mahjun était un peu le groupe maison de Saravah. Ils ont accompagné Higelin, Areski, Fontaine comme Jack Treese et ont sorti quelques albums aujourd’hui assez rares. Sur cet album de 74, leur deuxième et dernier pour Saravah, Mahjun tente quelque chose comme le croisement du blues-rock et du folklore français, avec des titres comme Bourrée ou Denise , un trip paillard sous overdose de tournesols avec le son effrayant d’un instrument à corde non identifié.

Par la suite, jean-louis Mahjun connaîtra un succès éclair avec le tube sautillant Baby-Sitter (curieux, à réécouter) pour devenir, dans les années 90, un violoniste et mandoliniste reconnu.

Acheter le premier album

Ecouter Mahjun sur Deezer

 

 

Jack Treese

Jack Treese est américain. Arrivé en France à la fin des années 60 pour quelques mois, il finit par s’installer dans le Périgord avec sa femme – un des albums que j’ai trouvé s’intitule Maitro, The Truffle Man . Une suite périgourdine en occupe l’essentiel de la seconde face. Il y reste jusqu’à sa mort précoce, en 1991, à l’âge de 49 ans. Grand connaisseur de la musique folk, Jack Treese est décrit comme une belle personne, une humanité qui transpire dans un folk classique, fin et racé au charme discret. Pixerecourt , sur The John Leroy album , est un de ses instrumentaux les plus connus, et pour cause.

Acheter

Acheter Les années Saravah

 

Vogue 1970

Et pour clore ce long billet, une dernière trouvaille vinylique. Album 70 est simplement une compilation signée Vogue d’artistes maisons. Jacques Dutronc , Petula Clark , mais aussi Les Charlots , Poupougne et Chloé , de l’incongru, du commun, un peu tout et n’importe quoi. L’ovni du disque, hormis le très bon St Rock des Charlots, est le 45 Tours de Jean et Janet . Les oreilles les plus aiguisées (et les moins jeunes) reconnaîtront peut-être la voix du chanteur de ce duo éphémère, l’éminent membre des Charlots Jean Sarrus. Récemment compilé par les chercheurs de pépites française de Born Bad Records sur le second volume de Wizzz !, ce maelström sonique à base de guitare Fuzz et de basse bourdonnante est un grand moment de n’importe quoi so frenchy.

Acheter Wizzz !

LES OBJETS :

Dates et lieux de trouvailles : Entre Novembre et Janvier, entre Cannes et Brignoles, sauf les Saravah, trouvailles anciennes.
Prix : 10 euros Byg’s Melting Pop, 2 euros Pop France, 1 euro les autres.
Etat : Bon état en général. Le son de la compile Byg et de Pop France est un peu sourd, peu d’aigus. Pressage ? Son de l’époque ?
Vendeurs : Brocanteurs professionnels pour Pop France et la compilation Byg, une mamie et un papi pour les autres.
Taux d’hésitation avant achat : 80% pour la compilation BYG, vue plusieurs fois avant la décision. 5 % pour le Pop France, j’étais de bonne humeur, 0% pour le Vogue à cause de Jean et Janet et du prix, 30 % pour Jack Treese et Mahjun, car à l’époque j’étais souvent hésitant.