La Blogothèque

Gordon Sanchez, de la plage au bitume

Allez, il faut bien une fin, un rideau rouge à refermer ou plutôt une serviette à secouer pour en faire partir le sable. La pause estivale est terminée, il faut songer à troquer les tongues contre des chaussures fermées et le bermuda à fleur contre le jean bien coupé… Retour à la ville, au bitume et aux gaz d’échappement. Et à une triste réalité, Gordon Sanchez n’est plus, le split d’un groupe plus que doué, qui n’a rien sacrifié, qui voulait du grand, de l’ample, du vaste et du superbe… et à qui on n’a proposé que du petit et de l’étriqué. Alors, l’arrêt des frais et la renaissance, autrement…

Au début […] c’était juste calorifère : «J’aimerais qu’il fasse beau…» et hop, d’un coup sur scène et dans la fosse du sun, sol sin sombra…

Des aventures de bords de mer et de scènes, aux accents chauds, on gardera des souvenirs amusés et parfois émus : une interview éthylique où le Côtes-du-Rhône coulait à flot, un très émouvant « Souvenir De Ma Mère » entonné à capella et qui fit se taire une Guinguette Pirate dissipée, une « trompette humaine » et d’euphorisants sourires, les dribbles musicaux, d’abord dans les bars populaires puis sur des scènes de plus en plus réceptives, les paréos et les pseudos insolites…

Leur premier album, A La Plage

, sort en 2004. Anti-dépresseur sonore, l’acoustique leur sied bien et leur chanson française prend ses quartiers au sud, péninsule ibérique, pour quelques titres qui feront swinguer les pieds froids (« Les Aléas de l’Hiver », « Soledad ») et les plus réticents danseurs d’entre nous. On s’époumone avec eux, on se reconnaît évidemment dans ces histoires de cœurs d’artichauts, de syndrome Peter Pan et de rêves d’enfants. Des fanfarons certes, mais des fanfarons aux cœurs sensibles et authentiques qui célèbrent avec humour l’essentiel en une saint trilogie : les femmes, le vin et le foot…

…pleurer des filles en leur parlant du sel de la vie, de musc tiède et de la difficulté d’être des hommes, des vrais.

Le tout avec une exigence du texte et des clins d’oeils aux grands anciens (Brel…) ou petits « jeunots » (Franck Monnet…), en ne lésinant pas sur la sueur, l’exigence et les effets beaux gosses qui en ont fait fantasmer plus d’une, les déhanchés d’Emmanuel Delfarguiel étant devenus aussi légendaires que les Girondins de Bordeaux cuvée 1989…
Succès d’estime, fans convaincus et prosélytes, Gordon Sanchez s’attire quelques honneurs ici et ailleurs (une reconnaissance internationale surprenante qui les fait côtoyer une certaine Carla B.) mais aspire déjà à d’autres perspectives. L’écriture se fait plus élaborée, moins festive, les textes se gonflent de beaux mots, les guitares de Benjamin Levaux s’épaississent et s’électrifient. Les propositions arrivent, mais Gordon Sanchez à l’ambition noble et se voit soul, funk, cuivres, big band, orchestre et en ces temps-là (de pré-crise) c’est trop pour les maisons de disques intéressées mais trop frileuses. Le groupe insiste un peu, peaufine ses nouvelles compositions et les rode sur les routes, distillant sa fièvre sur d’autres scène encore, avec foi et un peu d’abnégation. Puis avec résignation, quelques départs et le renoncement général.

Le Phénomène

sera donc un disque posthume, une promesse faite aux admirateurs et amis de publier le fruit des derniers efforts communs : six titres aboutis, qui abandonnent la gaudriole pour préférer plus de gravité (mais avec autant de clins d’oeils), qui s’étirent plus en longueur et en sens, devisant du futur, des espoirs, des regrets et de l’amour. Des thèmes d’adultes qui s’assument et se font de leur temps après avoir été bonimenteurs et réticents quelque part à l’âge d’homme.

Si sur Terre ne restait que vous deux, saurait-il ce grand con, dans tes yeux, saupoudrer de l’or fin, de l’espoir et des constellations ? Saurait-il raconter les papouses, les grandes plaines à la squaw qu’il épouse, étirant son étreinte sur ta peau dans un champ de ruines ? Sûrement, non… Si les radios crachent demain que le monde flambe, tant qu’il me reste tes jambes, j’irai loin. Et si le monde plie demain, que le sol craque de chagrin, tant qu’il me reste tes seins, j’irai bien.

(Si Le Monde Flambe)

Gordon Sanchez a vu passer quelques musiciens comme on s’attablait à une auberge accueillante. Chacun a repris sa route et Emmanuel Delfarguiel poursuit l’aventure sous son seul patronyme désormais avec un répertoire plus urbain mais avec une énergie et un sex-appeal similaires. De la funk-pop-variété autant eighties que contemporaine, s’il fallait brusquer les styles… Mais bien emballée, bien envoyée et une belle machine à danser. Le tout en faux-gitan, plus classe désormais, qui porte la veste plutôt que le marcel. Mais tout de même, une précaution liminaire avant d’aller l’applaudir…

Planquez vos femmes, enfermez vos poules, la caravane repasse…

Delfarguiel sera ce lundi 26 janvier à l’Olympia dans le cadre de la finale de Génération Réservoir. Le début d’une autre aventure musicale…

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NB : les morceaux de texte en gras et en italique sont desextraits de textes ou d’écrits du groupe

Le Phénomène est en vente ici

Quelques morceaux s’écoutent là