La Blogothèque

2008, année néo-classique

Des guitares, des mélodies, du rock, du songwriting, de vrais albums au sens le plus noble (voire ancien ?) du terme… Avec en plus le retour d’un poids lourd (Portishead) au coeur de l’année : en 2008, ce sont de bonnes vieilles recettes qui ont donné les ouvrages les plus stimulants. Comme d’hab, Rouquinho classe dix albums et cinq chansons.

DIX ALBUMS


1. PORTISHEAD, Third

Comme tous les poids lourds, les vrais durs, Portishead traverse le temps avec une intégrité et une patience qui le protègent de tout effet de mode, du moindre essoufflement, et pire encore du redit. Plaintif et profond comme naguère, plus rêche et rythmique encore que Dummy et Portishead, Third consacre une alchimie exceptionnelle entre trois personnages radicaux, comme naguère Morrissey et Marr dans les Smiths ou le Velvet de la grande époque. Il y a des années où on aime être plus original que ça en tête des Tops. Et d’autres où d’aveuglantes évidences s’imposent.

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Portishead en cinq chapites

 

 


2. GIRLS IN HAWAII – Plan Your Escape

Franchement, si From here to there (2005) avait su séduire par sa simplicité et ses fulgurances (Short Song For A Short Mind , évidemment), comme un étudiant brillant aurait sa maîtrise en pop moderne avec les encouragements du jury, jamais nous n’imaginions devoir un jour placer Girls in Hawaii aussi haut dans une hiérarchie annuelle. Ne jamais dire… Il faut savoir dépasser un début d’album juste honnête (This Farm Will End Up In Fire , qui reforme Grandaddy, puis Sun Of The Sons ) avant de voir le groupe enchaîner les pépites folk, pop et rock avec une maturité grisante. Le meilleur goût de ”Reviens-y” de l’année.

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3. RALFE BAND, Attic thieves

Là encore, l’histoire d’une progression réjouissante. Mieux qu’une confirmation, comme on dit dans les revues spécialisées, l’affirmation d’un talent singulier de compositeur – interprète – bricoleur aux imperfections vitalisantes. Le mariage peut-être le plus abouti entre l’ADN pop de l’Angleterre et une longue lignée de troubadours américains allant de Dylan à la fratrie de Tucson, Arizona.

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Olly Ralfe dort allongé sur un piano (article)

 

 


4. V.O., Obstacles

Pour avoir vu Boris Gronemberger s’éclater sur scène, passer de la batterie à la guitare (accompagnateur puis leader) avec la joie simple et absolue du musicien épanoui, on écartera ici l’expression usagée de songwriter maudit. Mais sur ces dernières années, difficile de relever un écart aussi regrettable entre un album d’une telle brillance et une notoriété à construire auprès du grand public (car pour le reste, la scène bruxelloise ne s’y trompe pas, et François Breut lui a confié le pilotage d’A l’aveuglette ). Ecriture inspirée, grammaire libre et risquée, un voyage encore plus emballant que le Pictures de 2005, à redécouvrir aussi.

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5. JOHN MATTHIAS, Stories From The Watercooler

Comme Oly Ralfe et Boris Gronemberger, John Matthias ne passera sûrement jamais sur la bande FM, sur le seul critère qu’il n’a «pas de voix ». Mais comme eux, son timbre unique et sa discrète flottaison font partie d’un décor singulier et attachant. Muet depuis un Smalltown, shining qui, en 2001, avait déjà emprunté la voie la plus courte entre la balade folk et les micro-arrangements electro, entre les instruments vintage et la production la plus maîtrisée, l’ami de Matthew Herbert et Coldcut a, lui aussi, concouru cette année à redorer la notion d’album mise à mal par nos modes de consommation de la musique.

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Le trop discret retour du très discret John Matthias (article)

 

 


6. VAMPIRE WEEKEND, Vampire weekend

Il faut parfois de méfier des coups de foudre, des séductions rapides, comme l’a montré par exemple l’album de Thedo, A Mouthful , trop épais et aussi peu endurant que la première écoute de Playground hustle fut soufflante. Dans le cas de Vampire weekend, quatre jeunes gens charismatiques comme le clan des deux rangées devant le bureau du prof, la magie opère en toute saison. En dehors de légères introductions d’influences africaines au coeur de Manhattan (ce qui est déjà pas mal), on ne décèle ici aucun ingrédient très neuf. Du binaire, des cordes, des basses mélodiques et de jolis sons de clavier. Mais avec liberté, souffle et humour.

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7. BLOOD RED SHOES, Box of Secrets

Dire que les Blood Red Shoes, c’est avant tout un spectacle, un groupe de scène, une alchimie dopante entre deux post-ados gavés de l’énergie de leur jeune âge, une batterie et une guitare qui se suffisent à eux mêmes, ce serait vrai. Mais ce serait donner corps au courant de mollesse tiédasse qui entoure l’émergence de ce duo, comme si on n’avait qu’ici de nouveaux Jonatha Fire Eater ou Sleater-Kinney (groupes forts respectables au demeurant). Box of secrets confirme que ces chansons peuvent passer le filtre du studio, entre la sauvagerie de punk, les refrains de la pop et un sens du riff dérivé des Pixies. Dans le genre ”on n’a pas de temps à perdre”’, écouter aussi le The Gift de Sons and daughters.

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La gloire programmée des Blood Red Shoes (article)

 

 


8. EMILY JANE WHITE, Dark undercoat

Même s’il est difficile de faire abstraction la détresse qui transpire de ces pistes, et qui a peut-être inspiré la composition de cet album intimiste (guitare+voix, piano+voix, et un violonecelle parfois), il faut reconnaître à Emily Jane White sa capacité à émouvoir avec quelques accords, sa voix blanche mais vénéneuse, et des mélodies qui entretiennent une parenté avec la Cat Power de la période You are free . Celle qui nous intéressait.

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Emily Jane White, une fidélité du moment (article)

 

 


9. MY BRIGHTEST DIAMOND A Thousand Shark’s Teeth

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Comme un Jeff Buckley au féminin, il y a chez My Brightest diamond cette voix de tête qui enveloppe tout le paysage, un certain refus de la facilité dans la construction et une émotion à fleur de peau. Beaucoup moins de guitares et de rock, en revanche, dans un paysage musical crépusculaire dont les variations rappelleraient davantage Fiona Apple. Le disque le plus élaboré de cette liste, et peut-être la musicienne la plus douée du lot.

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10. Thee, Stranded Horse and Ballake Sissoko (maxi)

Un choix borderline et un peu gratuit, avouons le, un an après avoir placé le vrai album de Thee, Stranded Horse en tête de ce classement. Mais ce vynil à deux paires de main produit exactement le même effet, notamment sur l’inclassable Swaying Eel. C’est aussi une façon de départager entre huit albums majeurs de l’année qui auraient mérité le Top 10, dont certains ont été chroniqués dans d’autres classements avec suffisamment de classe : BON IVER, For Emma forever ago ; BOWERBIRDS, Hymns For A Dark Horse ; SHEARWATER, Rooks ; THE SLEEPING YEARS, We’re Becoming Islands One By One ; FLEET FOXES, Ragges wood ; THE LAST SHADOW PUPPETS, The Age Of The Understatement ; THE CINEMATIC ORCHESTRA Live At The Royal Albert Hall : MATTHIEU BOOGAERT, I love you.

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Entretien avec Thee Standed horse

 

 

CINQ MORCEAUX

1. ELIE PAPERBOY REED, ‘(Doin’ The) Boom Boom’

Au tout début, ce n’était rien d’autre que la fantastique ouverture de LA compil de l’année, Mojo Presents… The New Dictionary Of Blues And Soul. Puis l’album d’Elie Paperboy Reed and The True Loves est arrivé, comme un trésor caché qui daterait de 1969 et oublié par le temps. Ce pourrait être du mimétisme maniéré. C’est juste un énorme morceau de bravoure. Commentaire comparable sur le beaucoup plus soul What have you done de Naomi Shelton and the Gospel Queens.

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2. THEE SILVER MOUNT ZION, ‘One million died to make this sound’

Avec Thee Silver Mount Zion, la musique ne prend tout son élan que sur scène, et plutôt en septette (comme à la Maroquinerie ce printemps) qu’en quintette (comme à l’Elysée Montmartre cet automne). Mais le studio restitue en partie l’intensité de cet hommage poignant à «tous les musiciens morts pauvres et dans l’oubli » sans lequel nous manquerions aujourd’hui d’oxygène.

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3. LYKKE LI Dance. Dance. Dance’

Si l’album Youth Novels nous semble briller par quelques sommets et moult irrégularités, Dance Dance Dance reflète assez bien l’efficacité dont est capable cette jeune Suédoise, au timbre si proche de celui de Martina Topley Bird. Celle-ci ayant semble-t-il sacrifié sa fraîcheur d’antan pour le grand dessein consistant à devenir une vraie diva soul, nous avons préféré celle-là en 2008.

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– Lykke Li sur la blogotheque ici et

4. NICO MUHLY ‘Mothertongue: I. Archive – Abigail Fischer’

Année néo-classique, disions nous, avec quand même son petit chef d’oeuvre de bizarrerie expérimentale. Elle est à mettre à l’actif du petit génie Nico Muhly. La fresque vocale qui ouvre son attachant premier album sonne comme une fascinante promesse. Ça fait mal d’écrire ça l’année des quarante ans de l’Album Blanc, mais c’est quand même mieux que Revolution #9 .

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5. PONI HOAX ‘The Paper Bride’

Poni Hoax a commis, avec Image of Sigrid , un album entouré d’une certaine unanimité, courant dont nous nous exonérons, laissés froids par quelques plages trop kitchouilles. Cela n’enlève rien à l’extraoridinaire dimension de morceaux tels que ce Paper bride . Son élan et sa mélodie nous ont rappelé les frissons du Slow pulse boy d’And Also the Trees, vieux venin de 1986 que nous avions vu renaître sur la blogo via la rubrique Back on stages.

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And also the trees sur la blogo

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