La Blogothèque

2008, en différentes couleurs

Au final, musicalement, ça a été une bonne année. J’ai aimé beaucoup de choses, j’ai été surpris pas mal de fois, j’ai vraiment aimé des disques. C’était bien, oui. Voilà ceux que j’ai écouté le plus, ceux qui me l’ont plus marqué.

FOREST FIRE – SURVIVAL

C’est un album qui avait tout pour n’être nulle part en cette fin d’année. Sorti sur le label d’un blog, que l’on peut commander uniquement sur internet, que l’on peut télécharger gratuitement ou pour quelques deniers. Un album qu’on ne trouve pas en magasin, qui n’a pas eu l’honneur d’être critiqué par Pitchfork, Mojo ou les Inrocks, qui n’a pas illustré de pub. Un album qui était donc destiné à être oublié en cette fin d’année. Cela fait déjà une bonne raison de le placer en haut de ce top, histoire de réparer un peu ça.

Il y en a cependant une meilleure : c’est un excellent album, l’un de ceux que j’aurai le plus écouté cette année. Une production impeccable, un son brut, puissant, des chansons tour à tour nerveuses, hypnotiques, illuminées, lancinantes, comme une balade à travers l’histoire de la chanson sous drogues. Un album qui vous donne l’impression d’avoir 20 ans en 1969, et de traverser les Etats-Unis d’est en ouest.

Et puis merde, je l’ai déjà dit il y a six mois, je le redis aujourd’hui, offrez 0, 3, 5, 10 euros avec un compte Paypal, téléchargez ‘Survival’, et vous aurez fait la plus belle acquisition de l’année.

Forest Fire, l’affaire du siècle
CatbirdSeat record (téléchargement gratuit)
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FLEET FOXES – FLEET FOXES

Qu’ils aient été, avec leurs barbes, leurs harmonies, leurs guitares claires et leurs chemises à bûcheron, l’incarnation suprême de la folk, l’icône sur laquelle se sont cristallisées toutes les passions autour d’un genre qui aurait connu un come-back et devrait se préparer à un sérieux retour de bâton, peu importe. Ne pas aimer ou détester un groupe pour ce qu’il représente, mais parce que ses chansons sont belles, son album magnifiquement construit, parce qu’après une centaine d’écoutes, ‘White Winter Hymnal’ me file des frissons à chaque écoute, parce que l’envolée à 3 minutes de ‘Ragged Wood’ agit comme un shoot.

J’avais passé la fin de l’hiver dernier bercé par leur EP, mais en cette fin d’année, c’est leur album qui m’a accroché, revenant sans cesse sur la platine. Et puis ce White Winter Hymnal chanté dans la fosse du Point Ephémère, et ce ‘Blue Ridge Mountains’ proprement hallucinant sous la coupole du Grand Palais. N’en jetez plus.

Fleet Foxes, une pastorale européenne
Les Fleet Foxes en Concert à emporter
Le live des Fleet Foxes à la Soirée à emporter #2

Photo Red Head Walking

FREDRIK – NA NA NI

J’avais attrapé deux morceaux au hasard d’un surf cet été. Je les ai écoutés sans cesse. Au milieu de l’automne, j’ai acheté l’album, je l’ai écouté plus encore. J’ai hésité à le mettre dans ce top, n’ayant pas encore écrit dessus. Mais il a adouci l’arrivée du froid, il m’a fait sentir chez moi quand je marchais sous la pluie. Des chansons simples, dans la plus pure tradition suédoise, mais le plus souvent sans paroles ou presque, qui tiennent à leur ambiance, à une alchimie des sons et des percussions, dont la richesse est dans l’abstraction. Une petite merveille, pas encore distribué en France. Je reviendrai dessus très vite.

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BON IVER – FOR EMMA, FOREVER AGO

S’il ne fallait qu’une raison pour mettre Bon Iver ici, ce serait celle-ci : il y a chaque année un artiste pour vous redonner foi en la musique, simplement parce qu’il réussit à vous mettre par terre en se mettant à nu. Cette année, c’est Justin Vernon, qui a sorti un album sincère et fragile, des chansons si fortes nues qu’elles supportent n’importe quel habillage. Intimes en soirée de poche, rageuses et électriques au Trabendo, bluesy à la Maroquinerie, soul sur Daytrotter… Quels qu’en soient les ornements, elles sont portés par cette voix incroyable, sortie d’une trappe secrète, chantée à plein poumons, qui semble épuiser le reste du corps pour s’échapper gracile. Pour cette voix, pour sa sincérité, merci Justin.

Bon Iver sur la Blogo
Bon Iver en Concert à emporter
Bon Iver en Soirée de poche
Bon Iver, live, Back on Stages

Photo par Aaron Landry

FREDO VIOLA – THE TURN

C’est malin. Donner envie en sortant un single et quelques vidéos remarquables au printemps puis bam , sortir son album en digital le 15 décembre et se glisser, l’air de rien, dans un top de fin d’année qui n’en demandait pas tant. Mais j’ai ouvert des yeux éberlués à la première écoute de The Turn , et depuis, j’en suis à deux à trois écoutes quotidiennes, sans pouvoir m’arrêter. Un disque magnifique, inventif, ludique, parfois drôle, souvent magistral, dont l’ouverture laisse pantois, la conclusion béat. Des voix en boucle, des instruments détournés, des envolées démesurées… n’en jetez plus. Fredo Viola vous fera aimer les bidouilleurs. Et lui aussi, on va en reparler TRÈS vite.

The Turn

Photo par Caleb Chancey

THE DODOS – VISITER

C’est une affaire d’emballement, de montées d’adrénaline, d’une guitare et d’une batterie qui se cherchent sans cesse, se courent après, échangent les rôles, les cordes de la première qui se chargent du rythme, les caisses de la seconde qui se font mélodiques. ‘Fools’ m’avait enthousiasmé à la fin de l’année dernière, Visiter fut loin de me décevoir. Même si un peu long et touffu, c’est un album audacieux, tapageur et virtuose à la fois, qui ne laisse pas le temps de souffler sans pour autant épuiser. Et je m’en voudrais de ne pas mentionner leur set époustouflant à la Soirée à emporter… Si vous restez encore à convaincre, allez le regarder.

Dodos, les guitares trépignent
The Dodos à la Soirée à emporter #2
The Dodos sur MySpace

Photo par Austin Tolin

DEPARTMENT OF EAGLES – IN EAR PARK

Écoutez ne serait-ce que ‘Herring Bone’. L’une des plus belle chansons de l’année. Vous venez d’arriver dans un bar sombre et un peu pourri, là pour vous protéger de la pluie. Il y a des murs cramoisis, des lampes anémiques, des tables abîmées, et un piano au fond, et un gars qui n’a l’air de rien , qui pourrait être votre voisin ou Randy Newman, qui chante cette mélodie avec une voix de brindille qui ose à peine assumer le lyrisme que sa chanson réclame. Personne ne semble l’écouter, c’est comme s’il était là rien que pour vous, comprenant votre solitude, votre bougie sur la table. Rien que pour cette chanson. Mais il y a tellement d’autres belles histoires à imaginer sur In Ear Park ….

Les Deprtment of Eagles en Concert à emporter
Department of Eagles

GET WELL SOON – REST NOW WEARY HEAD…

Qu’il est bon de recevoir un bon disque d’Allemagne. Qu’il est bon de voir qu’il y aura toujours de nouveaux Neil Hannon, de petits Rufus Wainwright pour redonner de la fraîcheur aux ambitions démesurées alors que ceux-ci les ont épuisés le jour où ils les ont comblées. On aurait pu faire germer dix albums avec les seules idées que contient Rest Now… , équivalent musical d’un roman fantastique de 900 pages, parfois indigeste certes, mais qui vous prend par les cheveux et vous plonge dans son décor, son parfum, son ambiance. C’est Lanark , c’est un film de Guillermo del Toro. De l’amour, de la guerre, des châteaux, des ombres, de la passion.

Get well soon se portera-t-il mieux ?
Gat Well Soon sur MySpace

Photo par Christoph!

FRANÇOIS VIROT – YES OR NO

François Virot, c’est un peu comme les Dodos, la beauté de l’urgence, des chansons posées sur la braise à peine accouchées, un rythme assuré par les pieds, les cordes, la voix… un corps qui joue, entier. L’énergie de ces chansons, l’absence de pudeur de cette musique, cette façon qu’ont ces morceaux de débouler sans crier gare, sans s’essuyer les pieds, d’ouvrir la porte et de parler… J’aime quand elles parlent, voilà tout.

François Virot en Concert à emporter
Virot Fight
François Virot sur MySpace

Photo par FXR

THE WALKMEN – YOU AND ME

Etre un écorché. Un garçon qui ne peut rester heureux avec une fille. Un garçon qui gueule, qui enfile sa veste et se casse, claque la porte la clope au bec, qui va marcher sous la pluie et pester, et pleurer, taper dans une poubelle, et revenir comme une merde, chialant comme un môme, hoquetant sur la poitrine de cette fille, se disant qu’il ne pourra pas vivre sans elle, sachant déjà qu’il la fera pleurer le lendemain. Sachant tout à fait que c’est invivable, sachant tout à fait qu’il ne peut vivre son amour que comme cela. Foutu pour foutu, autant s’y brûler. You & Me , c’est ça. C’est donc essentiel. Parce qu’on a tous un Joaquim Phoenix désorienté caché tout au fond de nous.

The Walmen sur La Blogothèque
The Walkmen sur MySpace

Photo par Gussifer

Et puis, pour finir, tout ceux qui auraient pu (dû) être cités : le Third de Portishead , bien sûr, qui fut une énorme claque, écoutée intensément puis très peu. Un Dia de Juana Molina , abstrait, voyageur et obsédant, les chansons tristes d’Adele , le vénéneux Microcastles de Deerhunter , les délicats Bowerbirds

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