La Blogothèque

2008, quelques disques

Une année résumée en quelques disques.
Quelques disques qui sont seulement ceux que j’ai le plus écoutés en 2008, et donc à priori mes préférés.
Quelques disques qui m’ont accompagné des heures, des semaines et des mois. Quelques disques qui ont su trouver une place sensible dans les interstices vacants de mes émotions.
Ceci n’est pas un top 10 mais une liste de dix disques qui ont rythmé mon année et qui ont su se loger dans mon quotidien.

Black Mountain – In The Future

Grand habitué de mes tops de fin d’année, que ça soit avec Black Mountain ou Pink Mountaintops, Stephen McBean a encore frappé.
Et lourdement, c’est le cas de le dire.
Je ne m’attendais pas à ce qu’In The Future soit aussi ample, aussi ambitieux. Et je ne m’attendais certainement pas à ce qu’il soit aussi puissant, avec cette rythmique lourde et sismique circa 1972 qui colle irrésistiblement au mur.
Mais c’est aussi une vision trompeuse et réductrice : In The Future est avant tout un grand disque psyché-prog, qui passe une grande partie de son temps à dériver en flottant dans le cosmos, à se dilater, à prolonger le calme avant l’orage. Alors seulement les coups de pilons électriques peuvent zébrer durablement le paysage sonore, totems persistants dans la mémoire longtemps après leurs disparitions.

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Fuck Buttons – Street Horrrsing

Je ne suis toujours pas sûr de savoir à quoi ressemble cet album.
Ca grinche, ça rampe, ça avance inéluctablement, ça finit par s’envoler en fragmentant ma psyché.
Parfois, je me dis que ça ressemble à ce qu’aurait pu faire un Can schizophrénique si le Krautrock avait émergé en 2008.
Parfois je me dis que c’est peut-être la bande originale d’un film de John Carpenter remixée par les Spacemen 3.
Peut-être que les cris qui surgissent périodiquement sont alors des transmissions venus du futur par tachyon pour nous avertir d’une catastrophe imminente.
Alors l’angoisse gonfle et je contemple mon miroir, me demandant si ma main pourrait passer à travers.
Et alors ça commence à ressembler au bourdonnement au fond de mon crâne lorsque tout a cessé de faire sens.
Ca grinche, ça rampe, ça avance inéluctablement, ça finit par s’envoler en liquéfiant ma psyché et l’hypnose est définitivement achevée.

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Lightspeed Champion – Falling Off The Lavender Bridge

Dans la catégorie surpeuplée du songwriter-amoureux-malheureux, l’album de Lightspeed Champion est quasiment le seul qui ait retenu mon attention cette année. Loin du courant majoritaire indé du je-pleure-seul-dans-ma-cabane-en-bois qui m’indiffère vaguement, Devon Hines choisit une approche plus acide du disque de rupture, gratte en direct ses écorchures, verse du sel sur ses plaies et tente un croisement improbable entre le folk-émo de Bright Eyes et les zigzags lo-fi de Pavement (toutes proportions gardées, bien sûr). Ce n’est pas toujours d’une subtilité incroyable ou d’une originalité renversante mais ponctué des choeurs de la charmante Emmy The Great (dont il faudra surveiller le 1er album en 2009), c’est suffisamment mélodique, spontané, espiégle et attachant pour que j’y revienne souvent.

The New Year – The New Year

Le troisième album de The New Year n’apporte certes rien de fondamentalement nouveau dans l’œuvre des frères Kadane, dont le slowcore délicat n’a pas beaucoup changé depuis les premières heures de Bedhead (ce qui n’est pas un reproche pour une fois). Ce fut pourtant cette année un compagnon précieux, aussi accueillant et moelleux qu’une grosse boule de coton, à la fragilité désarmante et bienfaisante, à la mélancolie éclatante et réparatrice, où des guitares tressent des toiles d’araignées dans un coin du ciel pour vous protéger de la pluie et préserver vos larmes. Autant de qualités et de beauté condensables et résumables en 3 minutes et 3 lettres : MMV , plus belle chanson de l’année.

- Chez Bradley’s Almanac, un concert complet des Kadane Bros à Cambridge.

The Organ – Thieves EP

C’est une preuve irréfutable du talent de The Organ que cet EP testamentaire soit plus époustouflant que la majorité des albums parus cette année. Chef-d’œuvre d’à peine 6 morceaux, Thieves est poignant de bout en bout, écorché de part en part et s’écoule comme un torrent embrasé venu directement de l’âme (en peine).
Un exemple : montez un peu le son. Ecoutez Fire in the Ocean . Ecoutez la façon qu’a Katie Sketch de reprendre son souffle à chaque fin de phrase avant de plonger dans la suivante, comme s’il fallait se lancer dans une bataille à chaque nouveau vers, comme s’il fallait s’exposer sans défense et au mépris du danger à chaque nouveau couplet. Une telle fièvre, un tel abandon ne pouvaient décidemment finir qu’en combustion spontanée.

- Interview de Katie Sketch, à l’époque de Grab That Gun
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Portishead – Third

Trop exigeant, éprouvant et singulier pour s’y frotter n’importe quand, Third n’est sans doute pas le disque que j’ai le plus écouté en 2008. Mais aucun ne m’a autant impressionné. Aucun autre album de 2008 ne m’a paru aussi imposant, aussi important, et destiné à rester dans les mémoires. Third est le seul à porter ainsi les marques d’une sombre et complexe modernité, les stigmates de son époque et les germes d’une irrémédiable pérennité. Monolithe mystérieux, mutant, majestueux, fascinant, voire même terrifiant, Third trône seul au-dessus, loin au-dessus de tous les autres.

- Third raconté morceau par morceau
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Silver Summit – Silver Summit

Assumant mon statut de fan, j’ai écouté bien consciencieusement tous les disques auxquels a collaboré Greg Weeks cette année. Et il y en a eu beaucoup, allant d’un nouvel album solo, The Hive (estimable mais pas à la hauteur des précédents), à une dizaine d’albums produits, la majorité pour son label Language of Stone. Soient pas mal de disques dispensables à l’arrivée mais d’où émerge un petit bijou passé inaperçu, le premier album envoûtant de Silver Summit, un duo de Brooklyn dont l’avant-pyché-folk s’inscrit parfaitement dans la « galaxie Weeks » mais en s’ouvrant à un peu plus de métissage (la guitare slide y côtoie une mandoline, un saz ou des tambours d’eau…). Des références récurrentes à « l’autre côté » et au pouvoir de l’eau traversent le disque, troublant sa silhouette d’un onirisme vaporeux et l’imprégnant d’un entêtant parfum de mysticisme.

Spiritualized – Songs in A&E

Après avoir frôlé la mort en 2005, le simple fait que Jason Pierce livre un nouvel album de Spiritualized est déjà une joie en soi. Qu’il soit aussi beau est tout aussi remarquable. Il sera difficile maintenant de séparer la réalité de la légende, de distinguer ce qui fut vraiment écrit avant son accident et ce qui fut achevé après. Mais il est tout aussi difficile à posteriori de ne pas voir inscrit en filigrane dans ce disque bouleversant, dans ses confessions susurrées et dans son ambiance éthérée, le poids d’une existence ébréchée, la trace d’une fêlure et l’empreinte d’une âme disparue de l’autre côté puis miraculeusement revenue par ici, mais à jamais évanescente et songeuse de ce qu’elle a perdu d’elle-même sur le chemin du retour.

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The Twilight Sad – The Twilight Sad Killed My Parents And Hit The Road

Le 1er album de The Twilight Sad, Fourteen Autumns & Fifteen Winters , fut mon chouchou absolu et sans concurrent de 2007, que j’ai continué d’écouter obsessionnellement en 2008. Ce nouveau disque prolonge notre lune de miel : à l’origine TTS Killed My Parents And Hit The Road était seulement un tour album destiné à financer leur tournée avec Mogwai mais se révèle un album live d’une cohérence et d’une homogénéité remarquable, chouette complément du 1er album, bénéficiant en plus de reprises réussies et morceaux inédits prometteurs. Grâce à un tracklisting bien conçu, le début du disque offre un aperçu de la puissance de TTS en concert (une tempête noise étourdissante) avant de glisser progressivement vers des choses plus atmosphériques ou dépouillées, prouvant, s’il y en avait besoin, que derrière leur mur du son ravageur se cache une vraie attention aux ambiances et au nerf vibrant des chansons.
Je risque d’écouter encore beaucoup The Twilight Sad en 2009.

- The Twilight Sad qui reprend Radiohead, ça tabasse aussi

Wolf Parade – At Mount Zoomer

Oh Wolf Parade, quel drôle de chemin il m’a fallu prendre pour arriver jusqu’au sommet de ton Mount Zoomer. Si Apologies to the Queen Mary ressemblait à une série de terrains de jeu dans lesquels on se sentait à l’aise dès notre première visite, ce nouvel album semblait nettement moins accessible : il m’a fallu bien des heures pour y trouver mes marques, pour assimiler le relief de ces morceaux en diagonales, peuplés de digressions à double-fond, de sables mouvants et de changements de rythmes, constructions escarpées dont l’exploration demande attention et patience, en acceptant d’être longtemps désorienté avant de trouver le bon chemin. Mais comme tous les albums exigeants, la satisfaction d’en trouver la clé n’en est alors que plus grande.

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Crédits photos :
- Bandeau : Tadanobu Asano dans Sad Vacation, de Shinji Aoyama, © 2007 SAD VACATION Film Partners
- Lightspeed Champion : bbc.co.uk
- The New Year : Allison Smith
- Silver Summit : Todd Warnock
- The Twilight Sad : scottbrotherton

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