La Blogothèque

Where have all the good men gone ?

Encore une chanson qui parle de héros, encore une histoire de reprises. On vous a déjà causé très rapidement du dernier projet de Doveman : reprendre en intégralité la bande-son de Footloose-> http://dovemanmusic.com/footloose.htm]. L’album était distribué gratuitement, mais – évidemment – il ne l’est plus pour des raisons de copyrights et d’ayants-droits : “We have received a cease and desist order, and removed the Footloose files from our servers ”, prévient désormais le site. Footloose , donc, c’est un monument culturel des 80s américaines dans la catégorie « j’aime les films où ça danse, un peu comme flashdance tu vois ? », en hommage à une jeune fille décédée dont c’était le film fétiche. Footloose, en peu de mots et en quelques images, c’est un film dans lequel [un Kevin Bacon jeunot danse.

Et si ça ne vous dit rien, il y a une chanson dans ce film que vous avez forcément entendue un jour. Oui, oui, c'est bel et bien Bonnie Tyler :

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=gZoJleb-Gr0)

Vous vous en doutez certainement si vous connaissez un tant soit peu la musique de Doveman (c'était le Concert à emporter #17, il y a déjà plus de deux ans), mais sa version n'a rien à voir avec l'original. Un héros au début des années 80, pendant que Reagan démantèle le pays ("l'Etat est le problème", tout ça), que les yuppies s'en mettent plein les fouilles à Wall Street et alors qu'on a toujours pas entendu parler de sida, c'est un type qui veut danser et qui fait le rebelle sur un tracteur. C'est un héros pour adolescent dans un pays qui change, au milieu du tumulte et de l'excitation.

Rien de tout ça aujourd’hui. Fini le technicolor : le chant de Doveman est spectral et voilé. Il nous parvient à travers les décombres d’une ville qui ne se relève plus, il se lève dans des rues gelées dont on oublie d’éteindre les lampadaires et qui sont baignées d’une lumière jaunasse. C’est le chant d’un monde qui a connu la défaite et qui tarde à s’en remettre. Si vous en aviez encore besoin, c’est une chanson qui vous désille les yeux.

Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question de tempo. Tout est plus lent, certes. Mais plus lourd aussi. Et écoutez comme le son est humide, grinçant, inquiétant. La basse se traîne au sol, comme un mendiant. La batterie se répand en échos comme si c’était le vent qui jouait dans des carcasses de grattes-ciels. Et le chant n’est qu’un souffle rachitique qui émerge des bas-fonds, une complainte qu’on susurre parce que personne n’a plus la force de la pousser vraiment. Parce que l’adolescence est déjà loin et qu’on sait bien, au fond, que ce n’est plus vraiment d’un héros qu’on a besoin mais d’un peu de courage.

Et rien ne vient, si ce n’est un piano en averse, aussi triste et étrangement réconfortant qu’un jour de pluie.

Images (bandeau et illustration) par Kathryn Yu