La Blogothèque
Concerts à emporter
#96

Seasick Steve

Le blues. Musique du pauvre. Tellement classe… On dit qu’un des pères des Bluesmen est Robert Johnson. Un type qui n’a eu que peu de temps pour enregistrer toute sa musique. On n’est pas sûr des conditions de sa mort mais certains pensent que les blancs l’ont assassiné, à 27 ans, en 1938. C’était une époque où les noirs mourraient souvent sous la main des blancs, c’était une époque où naissait le blues, ballades d’esclaves parfois tristes, parfois drôles, tellement pleines d’une liberté qui manquait partout ailleurs.

Aujourd’hui le Blues s’écoute aussi dans les salons chauds des belles maisons. Aujourd’hui des blancs jouent le Blues, et on se demande parfois si les origines du Blues, cet immense besoin de liberté d’où il est né ne se serait pas perdu en route, maintenant qu’il se vend sous forme de disques et de tickets de concert.

Regardez le Blues de Seasick Steve, ce vieil homme blanc en marcel, écoutez son histoire sortir de sa longue barbe blanche. Débarqué des Etats-Unis dans les années 70 avec 10$ en poche, les nuits sous les ponts, les fourgonnettes de la police, les femmes, l’alcool & toujours sa guitare & le Blues qui lui sauvent la vie. Regardez cet ancien clochard qui garde la même attitude qu’il soit dans une chambre de l’hôtel Concorde à Paris, dans la rue ou sur une scène devant plus de 65000 personnes. Je l’imagine devant ses producteurs (la Warner) ou devant ce type qui lui a vendu il y a bien longtemps la pire guitare du monde et je le vois aussi simplement envoûtant que quand je l’ai vu se marrer pendant quinze bonnes minutes avec le public déchaîné du festival ATP parce qu’il a cassé une corde et qu’il sait pas trop comment la changer.

On pourrait raconter ici “l’histoire merveilleuse de Seasick Steve, pauvre homme devenu riche et célèbre grâce à sa musique” mais Seasick n’a pas besoin de ça. Le premier disque que la Warner a sorti de lui, il l’a enregistré dans sa cuisine, avec un vieux quatre pistes. Il n’y a pas d’histoire merveilleuse, il y a mieux : la ballade de ce bluesmen blanc dans le monde et dans la vie. Il est passé par le métro parisien, par Glastonbury. Qui sait ce qu’il croisera au prochain virage? En tout cas il garde le rythme et c’est un rythme sur lequel on pourrait marcher des heures durant avec lui. On l’a fait, une après-midi de mai, plongés dans la liberté de cet homme.

Et puis tiens, profitez en aussi pour écouter cette guitare incroyable de simplicité elle aussi, mais qui a le pouvoir comme son musicien de remplir l’espace sonore juste par sa volonté de sonner. Que se soit dans un ascenseur, un taxis, une chambre, un hall d’hôtel, la rue, tout se met au rythme de ce Blues.

On est heureux d’avoir partagé un morceau de la traversée du monde que font cet homme et sa guitare. On est heureux de pouvoir partager ça avec vous aussi.

Gaspar Claus