La Blogothèque

Cette chanson est pour vous

Alors voilà, on réagit toujours un peu à ce qu’on lit ailleurs et voilà que le Guardian a choisi comme disque du jour Songbook , le premier album de Woodpigeon (tiens, les Inrocks aussi, avec un super jeu de mot à la fin). Ce qui me rappelle que l’un de leurs premiers EP, Houndstooth (littéralement, la dent du chien de chasse), est tombé dans mon escarcelle aux derniers jours de l’été. Houndstooth est un catalogue de petites vignettes toutes simples. Il n’a pas grand chose à voir avec Songbook , un album plus produit, plus instrumenté et plus orchestré qui s’attire des comparaisons avec Arcade Fire et Sufjan Stevens dans la presse et sur lequel on peut entendre le magnifique Sandro Perri. Cette bande de huit canadiens de Calgary (vous savez, là où les olympistes ont joué en 88, à quelques centaines de kilomètres en raquette au nord du Montana), champion du monde des titres à rallonge, y pose une question fondamentale, planquée l’air de rien dans une petite ritournelle acoustique.

“Oberkampf”, c’est un ukulélé qui commence timidement sur la même note répétée quatre fois, comme on frappe doucement à la porte. Et qui s’invite à l’intérieur dès qu’on l’entrouvre, mais doucement, sans faire de bruit, en prenant bien soin de ne rien déranger. On n’entend au début que ce ukulélé, qui déroule son arpège, calme et tendre, comme une petite boîte à musique aux airs connus et réconfortants. Un tambourin qui marque le temps, qui l’indique timidement sans jamais le marteler.

“How on earth do we ever help ourselves?” C’est la question que la voix pose ensuite. Un peu comme les enfants qui demandent sans cesse pourquoi les choses sont ce qu’elles sont. Pourquoi le ciel, pourquoi la pluie, pourquoi le froid ? Pourquoi les amitiés qui s’étiolent, les amours qui finissent dans le mur, les gens qui passent ? La mélodie qui se déploie a quelque chose d’immédiatement reconnaissable dès la première écoute, comme le visage d’un vieil ami perdu de vue depuis des années (un peu à l’image, s’il faut jouer le jeu des comparaisons musicales, de celles du If You’re Feeling Sinister de Belle & Sebastian). Et c’est justement de ça qu’il nous parle, des amis qui ont disparu, de ceux qui sont restés aux bords des routes, dans la jungle des villes ou en rase campagne.

Voilà les autres qui se mettent à chanter, eux aussi. Les filles, surtout. Leurs chœurs se lèvent comme parfois se lève un tout petit vent de rien du tout qui vient balayer les rues, bouger quelques nuages et souffler doucement sur nos joues. Elles posent la question avec lui, encore : “Where will you be ? How will I know it ? How on earth do we ever help ourselves?” . Un détail, presque une simple péripétie, si vous n’y faites pas attention. Mais demandez-vous quelques instants ce qui fait chanter des gens comme ça ? Comment on peut mettre autant de douceur et de fébrilité dans quelques secondes de chant ? Ce ne sont là que d’infimes douleurs mises bout à bout mais c’est ce qui fait au final la nostalgie, cette vieille collection de toutes petites tristesses. Ou comment on peut rester dans une forme plus que classique et écrire en même temps une vraie chanson, ce truc mystérieux qui fait que trois accords et quelques mots vont prendre le vent et s’envoler.

Sur sa page myspace, le groupe n’annonce-t-il pas comme influences “peace, love, and understanding (but more likely the lack thereof of those things)” ? Il n’en reste pas moins que cette chanson et ses petites sœurs ont quelque chose de réconfortant, de serein. Peut-être parce qu’ils posent en chanson la question que vous n’osiez pas même imaginer ? Alors vous qui vous demandez, le soir en rentrant dans les froids de l’hiver ou au petit matin avant de remettre le museau dehors, toujours un peu dubitatifs, comment on va bien pouvoir faire pour avancer encore un peu et avec qui on partagera la route, cette chanson est pour vous. Écoutez-la. Prenez vos amis dans vos bras, embrassez ceux que vous aimez. Téléphonez à un ami que vous ne voyez plus, ou écrivez une carte postale à un vieil oncle qui vit loin. Écoutez cette chanson juste avant, et après aussi. Pendant, pourquoi pas, tant qu’on y est. Écoutez la seul dans la rue, juste avant de rejoindre quelqu’un, ou juste après les avoir quittés. Jetez-vous la tête en avant dans tout ce qui se présente : au pire, ça vous fera de beaux souvenirs à mettre dans une chanson.

Et ne croyez pas tout ce que Google vous remonte comme information: “The woodpigeon is the largest and commonest pigeon” , qu’on me dit… Franchement, rien n’est moins sûr.

A écouter également, les titres que le groupe met en téléchargement pour la sortie de son disque :

Home as a romanticized concept where everyone loves you always and forever
- Knock Knock
- et un paquet de titres en streaming sur myspace et le site officiel

Crédits images :
- Mexican Wave pour le bandeau
- Chris Stevens pour la photo