La Blogothèque

Veuillez rendre l’âme à qui elle appartient

On a failli faire cette news : «Hier fut sans doute une grande journée pour Carla Bruni, qui a reçu un disque de platine, alors que maintenant, même Noir Désir chante comme elle. . (Le premier qui écrit “Bande de cons, vous trouvez ça drôle ?!” gagne un cadeau). »

Et puis, on s’est dit que mine de rien, les hommes de Noir Désir nous avaient accompagnés un peu toute notre vie, sous ce nom ou ailleurs, et que se contenter d’une vanne douteuse pour parler de leur première nouvelle chanson depuis Des Visages, des Figures avait quelque chose de trop désinvolte. Pas désinvolte – dans la bouche de Cantat, ce mot est un compliment – mais plutôt snob. Alors, même à chaud, on va faire un peu plus long.

Le problème, c’est que ces quelques lignes – et je crois bien que c’est la toute toute première fois dans l’histoire de Noir Désir – vont servir à dire mon incompréhension. On passera rapidement sur “Le Temps des cerises”, une vraie bonne idée assez mal réussie. La faute à pas de temps, la faute à la va-vite, la faute à ces guitares pas assez tranchantes, la faute à la production mollasse d’Eiffel.

Mais surtout, il y a ce “Gagnants Perdants”. Un peu dans la lignée de Des Visages, des Figures , mais sans aucune des richesses et sans aucun des reliefs de cet album dans les textures, dans le son, dans l’arrangement. La faute à pas de temps, la faute à l’urgence, là encore sûrement. C’est quand même emmerdant. Allez, au diable les politesses, disons le tout net : cette ballade est sans doute le titre le plus pauvre musicalement de leur discographie. Surtout qu’il y a le texte.

Le Cantat qui se changeait en roi, qui porté par le vent te demandait de le passer par-dessus bord, celui qui n’avait l’air de rien ? Pas vraiment là. A la place, un Cantat un brin niaiseux et pas très en verve. Trop littéral dans son indignation. Le Cantat que je connais a toujours eu le don d’aller plus loin que la formule, plus loin que le slogan. Il savait marier l’époque et l’intime, il savait dire des mots qui me prenaient par la tête et les tripes, par les épaules, dans une embrassade fraternelle en quelque sorte. Il n’y a pas grand-chose de ça dans ces gribouillis. Les couplets étonnement pauvres, les rimes qui se gamellent dans des pirouettes atterrantes (“ça fera joli dans ton… for intérieur”), le verbe qui ne décolle pas : la gêne nous tient.. La faute à pas de temps, la faute à la va-vite, la faute à l’urgence encore ? Espérons-le.

Parce que l’urgence est là, et qu’elle peut aussi être le carburant le plus inflammable, le plus efficace. Parce que soyons clairs : c’est pas comme si on n’était pas vraiment en train de perdre, en train de sombrer, de se faire enfler. C’est pas comme si on n’avait pas vraiment besoin d’eux, de cette voix qui nous fait chaud aux oreilles et ensuite au cœur et jusqu’au plus profond des entrailles. Faut qu’ils nous reviennent, nos sombres héros de l’amer. Avec autre chose qu’un brouillon mal foutu et un site internet tout moche.

Nota :
1. les commentaires seront modérés et seuls ceux uniquement en rapport avec la musique seront autorisés.
2. le site officiel de Noir Désir étant presque continuellement surchargé, voici donc “Gagnants Perdants”

Dessin : JLA Kliché