La Blogothèque
Concerts à emporter

Fleet Foxes

1 – CHERCHER L’ECHO

Rêvez de l’impossible, vous aurez mieux encore. Pour les Fleet Foxes, nous voulions un endroit grand, un endroit vide, si possible impressionnant. Nous voulions de l’écho, de l’espace, de l’inédit. Au Grand Palais, sur les coursives longeant la nef où trônaient les stèles monumentales de Richard Serra, il y avait une porte condamnée par une barre de fer. Derrière cette porte, les locaux désaffectés d’une université tout en couloirs, comme abandonnée en urgence après une violente épidémie. Quelques chaises, des portes défoncées, des chiures de pigeon sur les moquettes défraîchies, et des pigeons qui volaient loin, au dessus de nos têtes, sous des plafonds déraisonnablement haut. Grâce à Sébastien et Muriel, deux amis, Garrincha avait eu accès à cet espace fantôme du Grand Palais, auquel nous accédions par un sublime escalier rococo. Avec le groupe, nous marchâmes jusqu’à une rotonde. Nous étions épuisés.

2 – FATIGUE ET TENSION

C’était le premier jour de juin. La veille, nous avions organisé la seconde Soirée à Emporter. Les Fleet Foxes étaient arrivés de Grande Bretagne avec leur van, avaient joué ‘White Winter Hymnal’ dans la fosse, donné un beau concert, repartaient le soir même. Nous, on s’était couchés à 3 heures du matin passées après une folle soirée. L’heure était à l’indolence, dans un lieu trop grand pour nous, avec un groupe qui nous apparaissait éreinté, excité et intimidé à la fois.

Il fallut du temps pour nous mettre en place, comme si la rotonde nous effrayait tous. Dans les temps morts, Robin avait le regard fixé vers le haut, comme dans une prière. Moon courait partout, les différents membres du groupe essayaient de se caler, tout en suivant ses indications. Il y avait comme une tension, et il y eut plusieurs fausses pistes avant le bon départ de ‘Blue Ridge Mountain’. La musique prit enfin le pas.

3 – LA MUSIQUE SE LANCE

Quand les voix retentirent, j’eus le sentiment, heureux, qu’elles n’auraient jamais pu s’épanouir mieux que dans cet écho séculaire. Cela commençait bien. Mais la grosse claque vint juste après ce ‘I love you, I love you, Oh Brother of mine’ . Là, soudainement, nous étions saisis par l’impression qu’ils n’étaient pas cinq, mais quinze à jouer pour nous, chaque instrument semblait jouer le rôle de trois, et la voix de Robin n’avait plus peur de l’espace face à lui.

Après coup, nous fîmes une ou deux autres chansons, mais quelque chose ne collait pas. Comme si l’endroit nous étouffait, comme si nous ne trouvions pas la formule. Le groupe donnait l’impression de se méfier, d’être tendu. Nous sommes sortis, baignés de soleils et de touristes, avons traversé le pont Alexandre III, puis nous sommes assis dans l’herbe sur l’esplanade des Invalides. C’est là qu’ils ont chanté ‘Sun Giant’ au milieu des sportifs du dimanche. C’est là que j’ai commencé à retrouver le groupe que j’avais rencontré quelques mois plus tôt.

4 – FLASHBACK


C’était en février. Avant que leur album ne sorte, avant qu’il ne soit loué par Pitchfork puis par tous les autres (dont nous). Ils avaient les cheveux longs et le sourire aux lèvres, vivaient dans un combi hippie, nous avaient attendus Nate Chan et moi sur le parking d’un McDonald, dans un quartier de San Francisco qui surjouait la nostalgie flower power. Pecknold était excité comme un gamin après avoir trouvé un gymnase abandonné dans une rue derrière. Ils avaient joué dans l’herbe, fredonné en marchant. C’était un groupe d’avant le succès. Un groupe insouciant, sans pression, sans lourde reconnaissance.