La Blogothèque

J’aime les artistes

Parce qu’ici, on atteint le sommet du n’importe quoi. A côté, le fameux lestelechargements.com (étrange, il n’ont pas renouvelé le nom de domaine) était un site bien pensé, ouvert et démocratique.

Sort donc aujoud’hui un site gouvernemental pour expliquer la loi Hadopi. Cela s’appelle « J’aime les artistes », un peu comme le « J’aime ma boîte » de la Fête de l’entreprise. Et c’est un site absolument sans artistes. Non, en fait pas absolument : dans la rubrique ‘Lexique’, il y a un paragraphe qui porte ce nom, et qui nous explique :

52 artistes ont signé le manifeste contre le piratage publié dans le Journal du dimanche du 22 juin 2008 : « Ne pillez pas nos œuvres ». De Charles Aznavour à Keren Ann, d’Alain Bashung à BB Brunes, d’Alain Souchon à M Pokora, et de Johnny Hallyday à Thomas Dutronc, Rachid Taha, Martin Solveig et Mademoiselle K, tous réclament le respect pour leurs œuvres. Plusieurs milliers d’autres artistes apportent aujourd’hui leur soutien au projet de loi.

Qui sont-ils, d’où viennent-ils, ces formidables robots ? Ils ne sont en tout cas pas admis à parler sur ce site, pas plus que les internautes. Ici, la parole est gouvernementale uniquement, sous la forme de vidéos Dailymotion (bien pratique ici, comme si on avait oublié combien de fois le site a été décrit comme la peste par les ayant-droits). Christine Albanel, Jacques Toubon, ainsi qu’un fonctionnaire et un sénateur expliquent en quoi ils ont la ‘créatitude’, n’hésitant pas à fouler au sol notre belle langue sous des néologismes abjects pour faire valoir leur loi. Je ne vois pas pourquoi on les regarderait ces vidéos.

Et nous pourrions nous étendre encore, parler de ce non-sens lexical, d’un site qui parle d’aimer et dont les rubriques se nomment ‘Sanctions’ – ‘Surveillance’ – ‘Filtrage et protection’. Parler aussi de la découverte de l’offre légale qui est un catalogue de distributeurs, de phrases merveilleuses comme « Ce sont les succès des plus confirmés qui permettent de financer les créateurs émergents de la musique ou du cinéma  » (merci Benabar, sans toi, pas de Bon Iver).

Mais là, on avait juste envie de s’énerver. Pour montrer qu’on n’est pas fatigués. Et pour réaffirmer une chose : en une heure, les mp3blogs donneront plus envie d’aimer les artistes qu’un site faisandé financé par les organismes de l’industrie en une année. Mais cela, jamais ils ne le comprendront.