La Blogothèque

Têtes de Lecture #3

REAL FRIENDS

On commencera cette journée de lecture par une mise au point, dans laquelle il est question d’amitié. C’est un billet de quelques lignes, rédigé par Daniel Rossen des groupes Department of Eagles et Grizzly Bear, posté sur le blog de ce dernier. Il s’y agace des articles (sur le NYTimes, notamment) qui ne peuvent parler de son album solo sans le comparer à Grizzly Bear, et inventer des tensions entre lui et Edward Droste.

The last thing I want is for this DoE record to be seen as some kind of affront to him or the band. It absolutely isn’t. It’s a tangent from the band that happened while we took some time off.

Pour prouver cela, Daniel poste des photos faisant preuve de leur grande amitié. La Blogothèque, a aussi de telles preuves. Voyez plutôt :

En même temps, que le New York Times s’intéresse aux relations dans votre groupe, c’est plutôt bon signe, non ?

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LEÇONS D’ECRITURE MUSICALE

Nico Muhly a 26 ans, compose de la musique classique, est le chouchou à la fois des vieilles dames de l’Opéra et des jeunes indies un peu pointus. Il écrit des ballets, des pièces expérimentales, des musiques de films, et en plus de ça a un blog intéressant. Le genre de garçon qui agace (on l’a filmé pour se venger…).

Dans l’un de ses billets, après avoir découvert qu’en fait il aimait Andrew Bird, il parle d’un prélude de Stravinsky, parle des compositeurs classiques, avant de donner ses règles pour parler de musique :

1. Talking about music is either going to be trashy and gossipy (Mozart wrote this bassoon line for some guy who used to fart a lot, Bach hated the oboist at church and gave him whole notes only, whatever) or super analytical and divorced from biography. Notes, rhythms, shapes: this pitch, this duration, this texture. Similarly, I’m going to talk about it either totally personally (when I hear this, I feel this, which reminds me of that one time) or completely apersonally: telling the truth about what the music is up to.

2. I’m not ever going to compare anything to anything else to give an example of how it sounds. “Like Moondog meets Final Fantasy” or “Alban Berg plus Rufus Wainwright minus Jacques Brel plus Minnie Riperton” — it’s just a waste of everybody’s time.

Puis il poste des extraits du Cendrillon de Disney. Voilà, please meet Nico Muhly.

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OU TROUVER DES SOUS

On ne vous l’apprendra pas : aujourd’hui, qu’on soit un artiste ou un label, impossible de reposer sur la seule vente de ses disques pour nourrir sa famille ou ses colocs. Cela peut confiner au ridicule, comme on l’a vu récemment avec les Kool and the Gang confiant la distribution de leur dernier album à un détergent des années 80, et laissant leur major déclarer sans sourciller :

“Ce partenariat exclusif entre Bonux et Kool & the Gang renforce notre volonté de développer la distribution de musique de manière originale et novatrice sur un marché qui ne demande qu’à être révolutionné”

Une autre major, ceci dit, fait assez fort dans la recherche de profits inédits. On apprend ainsi qu’EMI s’apprête à faire fructifier les paroles des chansons de leurs artistes en les licenciant pour impression sur TShirt. Allez, une autre chouette phrase d’un patron de major ?

“Classic songs are part of the fabric of everybody’s lives and we’re delighted that people will now be able to wear their favourite songs through this deal”


YOULICENCE ET COMPIL GRATUITE

Il existe aussi d’assez belles initiatives, économiques certes, mais dans un bon esprit. Par exemple, cette start-up israélienne, YouLicence, qui met en relation des artistes et des personnes souhaitant utiliser leur musique pour un film, un jeu, une présentation. Leur site est un facilitateur, aidant ceux qui cherchent une musique à la trouver et à entrer en contact avec l’artiste pour une négociation individuelle. Et ça marche, explique le Listening Post. Ils ont les Stone Roses dans leur catalogue, et des clients inattendus :

“Suddenly, out of word of mouth, a lot of these long tail guys came in (saying), ‘I’m a film school student, I want it for my wedding DVD or for my photography website for between $10 and $200,’ and we’re seeing many of these each day,” he says. “Now, we’re putting ourselves in a space that we didn’t even think of, ahead of time.”

Tiens, on reste sur le Listening Post, on reste sur les bonnes initiatives. Insound offrira désormais chaque mois une compil gratuite à tout acheteur d’un album en mp3. Ils financent ça avec la pub, ultra-discrète : un pdf dans le package et le nom de la marque dans les tags… La première est dispo ici, avec du Of Montreal, du Jolie Holland, du Horse Feathers…

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LES MECHANTS BLOGUEURS

Si vous avez un peu de temps, ce WE, plongez-vous dans la lecture du premier mémoire consacré aux… mp3blogs, par un blogueur de Winnipeg, au Canada. Un garçon qui aime beaucoup écrire (pas un billet de moins de trois feuillets), et qui a pas mal bossé. Ça s’appelle ‘Does the NME even knows what a music blog is ?’, et ça contient quelques perles, ainsi ces paroles d’un dirigeant de Matador à propos des blogueurs :

C’est comme s’ils se sentaient une espèce de droit naturel.. comme s’ils se prenaient pour Nick Kent… Le simple fait d’avoir un blog ne justifie pas de venir en limo à un concert de Cat Power et de faire un karaoké avec elle. Je pense aussi que si la plupart d’entre eux se prennent pour des découvreurs de talents, la majorité n’ont pas une connaissance assez approfondie de la musique pour l’être vraiment, ce qui fait finalement d’eux des suiveurs de talents.

Sur le même sujet (les méchants blogueurs vont-ils tuer les critiques traditionnels ?), mais à regarder plus qu’à lire, il y a aussi ce débat vidéo en 2×10 min, avec Ryan Schreiber de Pitchfork, Maura Johnston de Idolator, qui expliquent comment les maisons de disques ont réussi à intégrer les blogs dans leur cycle promotionnel en offrant des mp3 et les obligeant ainsi à suivre plus ou moins leur calendrier. Michael Azerrad, célèbre pour avoir écrit parmi les meilleurs opus sur Nirvana, reconnait quant à lui aimer l’écriture crûe de certains blogs, ‘pour leur énergie’. (Et beaucoup d’autres choses intéressantes).


DU MAUVAIS SON, DU BON VIEUX SON

Le blog québecois Les Oreilles en Chou-Fleur nous explique que le dernier disque de Metallica est mieux produit dans sa version ‘Guitar Hero’ que sur le CD. Il cite le gars qui a fait le mastering :

“In this case the mixes were already brick walled before they arrived at my place. Suffice it to say I would never be pushed to overdrive things as far as they are here. Believe me I’m not proud to be associated with this one, and we can only hope that some good will come from this in some form of backlash against volume above all else”.

Et pour finir sur un joli texte, le vétéran Kill Me Sarah se souvient de son adolescence et de la découverte de Pink Floyd et de Piper at the Gates of Dawn :

Je n’y connaissais rien. Ce que j’entendais le plus dans ce premier disque du Floyd, que je préférais à Dark Side parce qu’il était plus bizarre et qu’il était potentiellement plus effrayant pour mes parents, c’était l’orgue Farfisa aux sonorités parfois orientalisantes de Rick Wright. Je rêvais de jouer de l’orgue comme lui. La guitare est venue ensuite. Au départ c’était l’orgue. A cause de Richard Wright.