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Virot – Fight

Quand Clapping Music nous a appelé et nous a demandé si on voulait être partenaire de la sortie de Yes or No, l’album de François Virot, on n’a pas beaucoup hésité. Une moitié de la Blogo avait une grande envie de soutenir le petit Lyonnais, une autre moitié avait assez de choses à dire pour susciter un débat. Alors on a fait ça à notre manière, on s’est foutus sur la gueule. François Virot a la vingtaine, un premier album, et on se bat déjà autour de son disque.

Chryde

Ce n’est pas un hasard si François Virot a accroché notre oreille l’année même où Cocoon a gagné le concours CQFD des Inrocks. Parce que justement, François est l’anti-Cocoon. Un garçon qui en face de jolies mélodies, de voix douces et d’arrangements polis qui deviendront la nouvelle orthodoxie de la folk à la française, oppose des grimaces, des couinements, une intensité de jeu, une certaine impolitesse. Prenez mes chansons, regardez, j’oserai à peine vous parler, mais celles-ci, je les hurle, elles me travaillent au corps et je n’y peux rien. Prenez-moi, prenez-les comme ça.

On avait eu confirmation de tout ça avec un Concert à Emporter qui nous montrait un Virot tout timide, qui expliquait se sentir mal face à la scène, et qui dans chaque tableau composé par Vincent Moon dans le quartier de Château Rouge, faisait sa chanson, tout petit dans sa rue, et arrivait à s’imposer tout en s’effaçant.

Il aura fallu attendre deux ans, mais voilà enfin un album. Il déroute ce disque, car si l’on a suivi le petit, on y retrouve la plupart des chansons qu’il avait déjà distribuées, offertes, jouées en concert. Mais qu’importe. Yes or No , ou plus globalement François Virot, c’est quelque chose dont on avait besoin en France. Une musique qui n’en singe pas une autre, un chanteur qui se fiche du regard des autres, qui sait sans doute que sa voix agacera, mais qui ne peut rien y faire. C’est un Moldy Peaches tout seul, un garçon qui monte en haut de la butte et se laisse glisser, se laisse tournebouler, et prend avec lui qui voudra le suivre. Une Cascade…

Et s’il fallait résumer ça, tout ce trouve ci-dessous :

Note : 16/20

Garrincha

A l’inverse de certains de mes camarades, la première impression que j’ai eu de François Virot était plutôt déplaisante. En Concert à Emporter, sur ses premiers morceaux, le bonhomme geignait trop à mon goût. Pour être intense, c’était certes intense mais c’était comme s’il n’arrivait pas à balancer ses chansons, comme s’il les enfantait dans la douleur. Une musique de constipés. Pas mon truc. C’est par la bande que j’y suis revenu, via une reprise très bien foutue du … Hard Knock Life de Jay-Z.

Et l’album est donc pour moi une bien belle surprise. C’est comme si le fait d’enregistrer proprement ces morceaux avait fait péter la gangue dans laquelle ils étaient emprisonnés. “Not The One” a perdu en intensité, sans doute, et la chanson donne un peu moins envie de hurler son manque à la lune, mais je m’en fous, elle est si belle à son étrange façon, enrichie de chœurs et de handclaps. Ces morceaux ont toujours la gueule de travers, ils portent toujours une forme de belle rage et ils jouent toujours sur la corde tendue de mes nerfs mais on y voit enfin un peu de grâce, et pas mal de courage témérité. Car ça reste un disque tendu, sur le fil, balancé d’une traite avec autant d’angoisse que de détermination. En 10 chansons qui dépassent d’un souffle la demi-heure, François Virot réinvente un genre nouveau : le kamikaze folk

Bon, on a parfois un peu l’impression d’entendre un Neutral Milk Hotel à la “King of Carrot Flowers Part 1″, sortis tout droit d’une cave où on les aurait enfermés pendant 10 ans, mais ça va parfois plus loin que cette (belle) parentèle. Notamment quand il se lance dans “Say Fiesta”, la façon qu’il a de frapper les cordes de sa guitare, celle qu’il a de laisser traîner le mot fiesta, et celle dont il convoque des souvenirs d’enfance en deux lignes énigmatiques. Il y a des chansons comme ça, impérieuses et incertaines, ferventes et excessives, qui n’ont pas l’assurance qu’il faut pour se prêter aux jeux de la séduction. Elles veulent être fixées tout de suite : tu veux ou tu veux pas ? C’est oui ou c’est non ? Moi j’veux bien.

Note : 14/20

DJ Barney

Longtemps j’ai cru que j’aimais vraiment la musique de François Virot, et surtout que ça pouvait durer.
En descendant dans les entrailles de feu le squat de la Générale à Paris, à mi-pente de Belleville, un jour de soleil de 2007, j’étais tombé sur ce type aux cheveux volants, seul avec sa guitare et ses grimaces. Il braillait, suait, grattait ses cordes comme un mort de faim et mettait énormément de hargne dans ses chansons. C’était assez impressionnant et pas gentil du tout. Ça changeait de la mélancolie barbue qui commence à saouler sérieux.

Virot semblait en vouloir à sa propre santé mentale et à la nôtre au passage, violenter les codes de la jolie chanson indé, celle qui fait aussi papier peint. Guitare à la main, le Lyonnais est un sale type et ça faisait vraiment du bien ce jour-là, ça crissait sérieusement et il était d’ores et déjà promis à la réussite discographique hors champ.

D’autant qu’il est revenu deux heures après le bougre, cette fois à la batterie et torse nu, derrière ses collègues tout aussi détrempés de Clara Clara, trio de math-rock pour les nuls fracassé à coup de clavier dégueulasse et de coups de guitares dans le bide. C’était encore mieux, basiquement charnel et impressionnant de chaleur grasse. Les cerveaux étaient déconnectés et seul l’instinct primaire des danseurs était au pouvoir dans la salle. Même les murs dégoulinaient.

Puis est venu le temps de transformer cette rage en disque, et c’est un peu raté, aussi bien pour François Virot que pour Clara Clara. Pour le trio, l’affaire était entendue d’avance: ce groupe est une tuerie scénique telle qu’il faut un producteur comme il y en a peu pour lui donner un sens à la sortie d’une bête chaîne hi-fi. Leur premier album, AA , assure le service minimum face à la difficulté de l’entreprise, mais il ne reste qu’une gentille introduction à côté du bombardement au napalm qu’est Clara Clara en concert.

Reste le cas du premier album de François Virot, ce Yes or No vraiment attendu et trop décevant. Il ne reste plus grand chose de l’hystérie intériorisée de ses sets live, plus de cordes ratées dans l’énervement, plus de peur dans les yeux face au public qui l’obligeait à tout cracher les yeux fermés pour ne pas risquer de s’apercevoir que oui, c’est bien lui qu’on regarde et sa musique débraillée qu’on écoute.

Yes or No offre à la place un Virot plus pro et présentable, aux angles sérieusement arrondis. Comme s’il avait eu 34 ans depuis ses concerts de l’année dernière, qu’il s’était acheté une Xsara Picasso et qu’il essayait de planquer son côté sombre dans un placard oublié du garage. Mais François Virot est un Tom Stall en puissance: un jour toute cette rage ressortira inévitablement et bouleversera cet ordre joli établi par Yes or No .
Et là ce sera classe.

Note : 10/20 (peut mieux faire)

rom

La seule fois où j’ai vu François Virot sur une scène, j’ai immédiatement détesté sa musique : aussi grimaçant que s’il avait pris un mauvais acide, il me faisait subir sa descente en martyrisant une guitare qui n’en méritait pas tant et pour couronner le tout, il n’était pas prévu au programme de ce mini-festival dont l’essentiel des participants se révéla fort décevant – et dont j’attendais beaucoup (trop ?).

J’étais donc le candidat idéal pour revêtir l’habit du méchant de service de ce Virot-fight : j’allais pouvoir cracher sur un disque dont la Blogothèque est partenaire et manifester par ailleurs l’indépendance de la maison – indépendance qui n’est plus à prouver ainsi que l’a montré l’article d’un quotidien gothique du soir paru en juillet dernier.

Le hic est que ce Yes or No n’a pas grand-chose de commun avec le set mentionné plus haut. Autant celui-là était sec comme un coup de trique, l’approximation le disputant au volontarisme ; autant celui-ci est arrangé, mouillé de reverb’ et résonne comme une proposition solide. Sa mâchoire n’est pas encore complètement décrispée mais le premier essai de François Virot me déçoit en bien comme on dit en Helvétie francophone. Plutôt Yes que No donc.

Note : 12/20

joseph gerard

On va dire que je suis fatigué.
On va dire que j’ai pas bien écouté l’album.
On va dire que j’ai eu trop d’enfants pour être encore ému par la rage d’un jeune homme grattant sa guitare comme une plaie.
On va dire que j’écoute plus assez de musique récente.
On va dire que je commence à me faire un peu vieux pour être snob.
On ira même jusqu’à dire que j’ai de la merde dans les oreilles.
On pourra à bon droit dire que je n’ai jamais vu François Virot sur scène.
On me conseillera peut-être d’aller me palucher encore sur Viva Hate (même pas vrai !).

Mais on ne m’empêchera pas de dire que ce disque est assez globalement insupportable, ce qui me mettra sur le même pied que son auteur : car si je reconnais à François Virot au moins une qualité, c’est bien celle d’être sincère. Et pour l’être tout à fait, on ira même jusqu’à dire que “Fish Boy” et “Yes Sun” sont de bonnes chansons.

(Normalement, en bon retourneur de veste, façon je-crache-sur-l’album-sur-toute-la-chronique-mais-je-la-termine-par-”bref,-un-disque-indispensable” (C) Inrocks 1988, je colle un 20/20 – mais faut pas déconner, j’ai passé l’âge)

Note : 5/20

Dali

Août 2006. Quelques mois avant que les Inrocks ne réclament sa présence sur la compil CQFD, mes pérégrinations myspaciennes me mènent à François Virot. Coup de foudre, je suis troublée par “My Head Is Blank” et la fureur qui s’en dégage. A partir de cet instant précis, ma tendresse et mon intérêt pour le Lyonnais seront indéfectibles.
Depuis, il y a eu un CDR, Tout gâché, tout perdu , vendu de la main à la main, et des espoirs pas déçus.

Le premier (et seul) défaut que j’ai d’abord trouvé à ce Yes or No , c’est que la moitié des titres figuraient déjà sur le CDR. Et puis, je me suis amusée à alterner vieilles et nouvelles versions et ce qui m’énervait d’abord a finalement été le signe que Virot et sa musique s’enrichissaient et se perfectionnaient, sans pour autant tomber dans ce qui serait pour lui le travers d’un disque “immaculé” et sans âme.

Virot ne trahit pas la rage qui l’a fait sortir du lot et officialise, avec ce premier vrai album, son goût de la reprise (périlleuse). Piste 8, il malmène avec brio le “I wish I had you” de Billie Holiday et le rend délicieusement abrupte. Virot habite la musique, sur disque comme sur scène : il tourne, les doigts en sang, malade ou avec des micros défectueux, et rien n’entame son enthousiasme.

On peut se dire qu’un jour, peut-être, on atteindra les limites du système Virot, qu’il faudra ajouter quelque chose à sa voix écorchée et ses clapsclaps mais on sait que lorsqu’il veut explorer de nouvelles contrées, un nouveau groupe voit le jour : Virot est un infatigable créatif, et son dernier projet en date a pointé son nez à la Flèche d’Or il y a quelques jours…

Note : 18,5/20

Rockoh

La métaphore est peut-être éculée mais elle est pratique : François Virot, c’est un peu le SDF qu’on croise fortuitement au coin d’une rue et qui bouscule un trajet routinier, un obstacle qu’on ne peut ignorer et qui ne laisse pas indifférent. On trouvera sa souffrance touchante et il inspirera pitié et compassion ou on préférera détourner le regard que se prendre sa détresse en pleine gueule.

Deux réactions, pas forcément antinomiques et plus que probables à l’écoute de sa musique : son folk est gênant, magnifique de brutalité ou dégoulinant de poussées lacrymales insupportables. Il met à mal quelques certitudes : la guitare sèche peut être un instrument de torture, on peut ne pas savoir en jouer et en faire le (presque) unique instrument d’un album, on peut composer des merveilles (“Say Fiesta”) avec deux ou trois accords boiteux et une voix de pleureuse, on peut se vautrer également (“Fish Boy”) avec les mêmes “recettes”… Il faut lui reconnaître aussi le courage (ou l’inconscience) d’avancer démasqué, avec un nom aussi sexy qu’une blanquette de veau, quand d’autres solitaires, tout autant écorchés, s’abritent derrière des pseudos trompeurs (Red, Smog, The Secret Society…) pour distiller leur mal-être en tentatives artistiques.

Frère d’arme d’un Asaf Tager (Katamine) méconnu, François Virot a le noisy folk acoustique bancal, et forcément, on tangue. Entre ceux qui supportent les roulis et les sujets au mal de mer, les réactions seront extrêmes : lui jeter la pièce ou shooter dans sa gamelle pour le faire taire. On lui accordera le bénéfice du doute et quelques encouragements, par esprit de contradiction, auto flagellation ou sincère appréciation, selon les dispositions et l’humeur du jour…

Note : 14/20 (parce qu’oscillant sans cesse entre 10 et 18)