La Blogothèque

Handbags & Gladrags

Longtemps j’ai cru que j’aimais vraiment un morceau des Stereophonics. Je veux dire : j’avais marqué un peu d’intérêt pour leur tout premier album, et attiré par un pote j’avais même poussé jusqu’au Plan de Ris-Orangis en transport en commun pour les voir. Je serais bien incapable d’en restituer une seule note aujourd’hui. Au moins, c’était avant qu’ils deviennent cette espèce d’hybride de rock de stade/de pub aux compositions dans l’ensemble assez médiocres. Seulement voilà, « Handbags & Gladrags » m’était tombé dessus entre temps. C’est sur leur album vert. Après recherche, je peux même vous en donner le titre : Just Enough Education To Perform .

Il y avait quelque chose dans cette mélodie, dans la mélancolie que dégage cette chanson, qui me prenait directement à la gorge. Je le trouvais bien jeune pour ces émotions là, le petit chanteur à la voix rauque. En voyant le clip, c’était criant. L’impression de le voir singer quelque chose de trop profond pour lui, qu’il n’avait pas la vieillesse d’âme pour s’approprier cette chanson de dèche autrement qu’en poseur. Et pourtant, quand je tombais par hasard sur la chanson, j’y restais.

Et puis, j’ai découvert un jour Chris Farlowe. Un blue-eyed soul singer , comme on disait en Angleterre à l’époque, qui jouait avec Albert Lee et qui monta même sur scène avec Otis Redding pour les besoins d’une émission télévisuelle. Signé sur le label d’Andrew Loog Oldham, le manager des Stones, il connait en 66 un premier succès avec un titre composé par Jagger, « Out of Time » (également enregistré par les Rolling Stones sur Aftermath ). Une bombe de R&B, qui atteindra si je ne m’abuse, la première place des charts.

A la fin des années 60, Chris Farlowe et ses Thunderbirds sont déjà en train de tomber dans l’oubli. C’est à ce moment que Rod Stewart exhume une de leurs chansons. Il en fait une version vraiment médiocre par rapport à l’original, une version pour stade. Il en fait un hit. Ca s’appelle « Handbags & Gladrags ». C’est cette version de Stewart que les Stereophonics imitent.

Mais cette chanson, écrite par Mike d’Abo, est tellement belle qu’elle résiste à ces interprétations faiblardes. On a beau être gêné aux entournures, par le son, la production, le manque de conviction, l’emphase déplacée, les mimiques idiotes, on sent bien qu’il y a dans les paroles, dans les harmonies, dans la composition un truc. Ce truc mystérieux, indéfinissable, qui fait une belle chanson. Et qu’en revenant à l’original, on a presque l’impression de pouvoir saisir. Ce truc qui fait clac, qui vous met une belle trempe, et pour lequel on ne trouvera jamais vraiment les mots.

Longtemps j’ai cru que j’aimais vraiment un morceau des Stereophonics. En fait, je me suis trompé : c’est celle de Chris Farlowe & The Thunderbirds que j’aime.