La Blogothèque

Waltz me (to the end of love)

A l’entendre, je peux imaginer avoir rencontré Hamilton et sa bande de marcheurs dans un rade douteux de fin de nuit, un de ceux que vous manqueriez à coup sûr. Il faut être ivre pour le trouver. Il faut savoir que s’effondrer sur un trottoir glacial les yeux embués d’éthylène ne sert qu’à trouver de nouveaux passages invisibles, à déceler des voies impénétrables. Il faut avoir confiance, d’une certaine manière. Il n’y a que l’ébriété – ou la chance des innocents – qui donne accès à ces endroits crapules. Là, tout n’est que transport. Transport et abandon. On laisse ses frusques à l’entrée, et un paquet de choses derrière soi. Il n’est qu’à voir autour de soi, comme les gens dansent, comme les corps allument des incendies. Comme les vieux whiskys qu’on sert à la volée et les chandelles donnent à chacun un air plus plein, plus vivant.

Au dessus de tous ces gens, tout au fond, sur une scène qui ressemble à une alcôve, Hamilton et les siens. Quand il chante, il tend les bras au dessus du micro, comme s’il essayait d’attraper son auditoire, de le prendre. Il oscille lentement. Il danse presque, mais il danse comme d’autres chavirent. Et surtout sa voix traîne en route. Elle prend son temps, elle semble savoir d’instinct ce qu’il faut faire d’une valse : jouer avec les trois temps, déraper sur le troisième, s’appesantir sur le second pour mieux s’élancer ensuite, rattraper le premier au vol. Puis recommencer.

On est loin du formalisme maniéré d’un Rufus Wainwright, pour qui valse rime avec grand bal. Rien de tout ça ici : nous avons mieux à faire que de jouer au dandy. Nous savons que la valse est faite pour empoigner son partenaire, pour tourner dans des cercles qui ondulent et se façonnent au petit bonheur la chance, comme les ondes concentriques que fait la pluie sur le bitume de nos villes mouillées. Nos valses ignorent la grandiloquence, elles se rient des convenances, elles ne parlent que de corps qui se rapprochent. Et elles chantent de vieilles luttes, des rêves enfouis, des regrets que l’on peut noyer ensemble dans une bonne pinte de nostalgie. Tout ce qu’on peut célébrer en serrant l’autre contre soi.

Comme il se doit. Comme le vieux Leo l’aurait voulu.

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L’intégralité de la session Daytrotter des Walkmen, entièrement consacrée à Leonard Cohen, est ici. Leur nouvel album est .