La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

#6 – Killer French Jazz Funk Breaks

Il existe un monde de la musique parallèle à celui que nous connaissons, un monde mystérieux, dans lequel musique rime avec professionnel, rempli de noms d’arrangeurs, d’accompagnateurs, de compositeurs inconnus. Leurs titres de gloire sont d’avoir accompagné Hallyday sur scène, Jacques Martin à la télé, composé telle musique de pub ou de générique télé. Un monde de musiciens compétents vivant dans l’ombre des studios mais qui parfois, par hasard, se sont ménagés de belles escapades hors de leur destin d’accompagnateurs de variété. Et lorsque les vide-greniers en gardent la trace, c’est un peu la fête.

(bandeau courtesy of Frenchbreaks.org) .


Claude Thomain et son orchestre

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Une belle pochette et au verso, la mention accordéon électronique, il n’en fallait pas plus pour m’émoustiller. Un rapide regard sur la composition de l’orchestre : ce disque respirait la bonne session de Jazz. C’était mieux que ça, un disque de génériques de polars, de courses poursuites dans les ruelles, avec contrebasse échevelée, percussions essoufflées, et les notes tantôt mélancoliques, tantôt virevoltantes de l’accordéon de Claude Thomain, accordéoniste réputé. Il y a même le morceau bizarre et jouissif, expérimental 70, celui qu’on n’arrive plus à se sortir de la tête une fois que les barrière du bon goût son tombées – il faut aimer les ambiances de fêtes foraines un peu glauques – j’ai nommé Shaker man .

PS : Je ne suis pas le seul à avoir flashé sur Claude Thomain, son Un soir de banco s’est retrouvé compilé dans le volume 14 de la série DustyFingers.


HiFi Performance

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Quand j’ai demandé au vendeur, la soixantaine bien tassée, quel était le genre des morceaux de ce disque, il m’a répondu : des slows, mais il y a aussi du rock, un peu soul, vous voyez ? enfin ce qu’on passait dans les soirée quoi . Je l’ai pris quand même.

En fait de rock, HiFi Performance est un disque de disco-funk, entièrement instrumental signé Yvon Ouazana et Jean-Pierre Festi, produit par Bernard Ricci. On doit au premier une composition pour Joe Dassin, Dans les yeux d’Emilie , ou des arrangements pour Serge Lama. Le second s’est illustré auprès de Mary Roos ou Annie Cordy. Bernard Ricci a produit les bêtises de Sabine Paturel. Des curriculum vitae qui ne laissent en rien augurer de la funkytude de HiFi Performance .

Car le disque est un monstre d’efficacité. Sorti en 76, en pleine vague disco, HiFi Performance est une sorte d’exercice de style autour du genre disco-funk servi par deux professionnels de la musique très à leur affaire (Ouazana et Festi ont également participé à la série April Orchestra). Un pur disque de “library music” (musique d’illustration sonore, HiFi Performance était vraisemblablement gracieusement offert aux nouveaux acheteurs de chaîne Hi-Fi) dans lequel les breakbeats ne se comptent plus, les moments épiques inspirés du genre disco non plus, le tout enrobé dans une perfection instrumentale propre à emballer l’amateur du genre. Mission accomplie les gars, le nerveux Hong-Kong Connection tape au bon endroit, entre disco et blaxploitation. Daytona , très BO française des années 70 à la Cosma, est peut-être mon morceau préféré. Si vous aimez l’un ou l’autre, n’hésitez pas à découvrir le reste – l’assez majestueux Night is blues en particulier – ici, accompagné d’une jolie chronique.


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Godchild

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C’était il y a quelques années. En cherchant des informations sur le disque brésilien d’Isabelle Aubret, j’étais tombé sur un site de connaisseurs, de malades du groove français, le bien nommé French Attack. C’est par ces infatigables défricheurs que j’avais eu connaissance des morceaux “cachés” des compilations du label Les Tréteaux , ces disques de reprises aux pochette sexy dont j’avais toujours eu tendance à me tenir éloigné. Et voilà ce qu’ils écrivaient sur Godchild :

Yes, this is the LP every serious funk collectors are looking for. Coordinated by Jean Claude Pierric and some secret weapons (Joel Dayde, Eric Leton..), evey tracks are gifted by the god of groove. (…) the major thing with Godchild, similar to every great albums, is that you like it more and more after every listening.

J’ai trouvé Godchild tout près de chez moi. Ce jour là, la lassitude semblait avoir gagné, toujours le même vide-grenier, les mêmes vendeurs, les mêmes disques pouilleux … Comme mû par une force supérieure, j’avais quand même poussé jusqu’au premier vendeur. Là, au milieu d’Iglesias et d’autres Tréteaux, trois exemplaires de Godchild . Merci.

Les Tréteaux n’était pas un label comme les autres, plutôt une PME spécialisée, dans les disques de reprises et l’illustration sonore. Dans ce contexte, Godchild , sorti en 1975, est une sorte d’anomalie commerciale, avec ses instrumentaux sans thème, sa pochette abstraite, ses titres curieux qui ressemblent à des bouts de phrase de tous les jours et son atmosphère musicale, hors des modes. Si la justification de ce disque reste encore pour moi aujourd’hui un mystère, une chose est sûre : il s’est passé quelque chose lors de ces sessions Godchild. Les musiciens de studio rassemblés par Jean-Claude Pierric , le directeur artistique des Tréteaux, et Joël Dayde (ex chanteur de Zoo) ne firent pas que mettre en commun leurs compétences d’instrumentistes. Chacun des Roger Poulet, Alex Perdigon, Bernard Algarra, René Chave, Yves Valada, Richard Galliano, Rémi Dall’anesse, tous connus des circuits professionnels et parfois très jeunes, signe en effet un ou plusieurs des 14 titres originaux de Godchild . Le résultat est sans doute un des meilleurs disques jamais enregistré sur le versant groove de la musique.

On pourrait le décrire comme principalement orienté Jazz-Funk mais un Jazz-Funk ensoleillé, enrichi d’apports easy-listening, baigné d’une certaine qualité pop, voire contaminé, pour le meilleur, par une efficacité venue de la pub. Pas de longues Jams, mais des morceaux nerveux, riches et variés, qui vont à l’essentiel, gorgés de lignes de basses heureuses, de cuivres radieux, de claviers guillerets. Godchild n’a même pas le point faible de bien des disques dont la mise en musique parfaitement groovy peine à cacher la faiblesse des compositions. Non, tout ici tient du miracle. Béni des Dieux, on vous dit. Merci Les Tréteaux.