La Blogothèque

Richard Swift, prolifique, libre et offert

On connait Richard Swift pour sa versatilité et son goût prononcé pour la prolifération. Le Canadien ne se contente jamais de sortir un album, il en offre souvent deux d’un coup, avec une vingtaine de chansons chacun : deux dont un double en 2005, deux en 2007, un double EP en 2008… Il ne se satisfait jamais non plus de l’exploration d’un style, mais aime à montrer l’étendue de sa culture et de son talent en revisitant plusieurs genres et plusieurs décennies : il a fait dans la chanson pure, dans l’électro austère, dans l’opérette et l’instrumental à grosse guitare saturée. Et même quand il offre un téléchargement, il ne le fait pas comme les autres.

Là où les autres se seraient contentés d’offrir un mp3 issu de leur prochain disque, Swift offre donc un EP entier (sur son label Secretly Canadian ou sur eMusic), soit cinq titres qui ne seront probablement pas sur son prochain CD. Et il nous bouscule.

Car c’est au départ c’est la confusion absolue, et une belle claque rétro. Ce background qui sonne comme celui d’une vieille pièce soul, avec son rythme basique posé sur la cymbale, son petit orgue cristallin, claquement en écho et ses violons. Seule sa guitare acoustique véhémente, presque revancharde, nous ferait douter.

Sort cette voix grimaçante, que l’on dirait exhumée, placée en arrière des choeurs et des cordes, qui fait d’abord penser à un vieux vieux Motown ou, plus proche, un Cee-Lo revenu aux sources. Ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est juste un blanc barbu.

Le morceau, ébouriffant, s’appelle ‘Would You’, et ouvre donc Ground Trouble Jaw , décrit par Swift comme contenant “2 soul jams – 1 funny doo-wop song
2 synth/pop/?”. ‘Lady Luck’ prend la suite du son Motown, avant ‘The Bully’ comme tiré d’une vieille mixtape SoulJazz.

Il faudra attendre les deux derniers morceaux pour revenir à qulque chose de plus familier, ou Swift revient chasser sur ses terres favorites, celles de Randy Newman. Il manque sans doute un brin de fantaisie à ‘A song for Milton Feher’ pour se faire une place sur le ‘Harry sings Newman’. Mais le manque d’audace sur une chanson n’enlève rien à l’ensemble. Cinq titres gratuits de cette qualité, cela n’est pas rien, et laisse espérer une belle avalanche dans les semaines à venir. Richard Swift est de retour, il reste aussi libre et prolifique qu’avant, et c’est une excellente nouvelle…