La Blogothèque
Concerts à emporter
#94

Gaspar Claus et Pedro Soler

Commençons par le désert, par un violoncelle dans le désert, avant de revenir à Banyuls.

Banyuls. Pedro Soler. Gaspar Claus. Ce Concert à emporter est le confluent dans lequel versent d’autres Concerts à emporter. C’est à Banyuls qu’a été tourné celui avec The National. C’est Pedro Soler qui joue de la guitare dans un amphithéâtre de Cincinatti lors du festival Music Now. C’est Gaspar Claus qui accompagnait Vincent Moon lorsque celui-ci est parti filmer Sidi Touré au Mali.

Ce sont d’autres connexions encore. Gaspar Claus est un vieil ami de Vincent Moon. Banyuls fait partie de leur histoire. Surtout, Pedro Soler est le père de Gaspar Claus. Moon m’avait depuis longtemps parlé de ce projet de faire un Concert à emporter avec Gaspar et son violoncelle. J’étais partagé entre la curiosité, la confiance d’une part, un certain scepticisme d’autre part.

Le scepticisme s’est envolé. Comme la poussière sur les cordes d’une guitare, balayée du geste fugace de vieux doigts agiles. Parce qu’il y a la musique, une autre musique, parce qu’il y a une histoire, parce qu’il y a la famille.

Regardez cette première vidéo, regardez comme, à filmer une musique différente, tout parait neuf. Ces gestes qui nous semblent inédits, ces bras qui s’étendent de part et d’autre d’un violoncelle reposant sur l’épaule, cette main qui bouge à peine et ces doigts qui virevoltent.

Ecoutez les histoires du vieux guitariste de Flamenco, Franco, Walter Benjamin, Toulouse, les frontières, les exils, les hôtels abandonnés, les bords de mer à l’abandon, les douanes caduques.

Mais surtout, c’est à la fin, à la toute fin de la dernière vidéo que tout se dit, que tout se raconte, avec un rien, bien sûr. Il y a un garçon devant, tout à son jeu. Il y a son père derrière, qui joue aussi, avec une plus grande légèreté, que lui permet sans doute son expérience. Sa guitare l’accompagne toute seule, ses mains se débrouillent comme des grandes, il peut accompagner le violoncelle tout en étant entier à une seule chose : regarder son fils qui en joue, attentif, admiratif, tendre. Si un jour, dans le futur, la vie me donne l’occasion de poser un tel regard sur mon propre fils, je me dirai qu’elle aura valu la peine d’être vécue.