La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

#1 – Premier chagrin d’amour

Je ne tombe jamais sur ce genre de disques. Les albums 60′s de France Gall , Françoise Hardy , Dutronc , Bardot (je ne parle même pas de Gainsbourg ) ont déjà quitté les stands sous les bras des vrais lève-tôt lorsque j’arrive le matin. Vers 9-10 heures, il ne reste plus que les disques mal-foutus, bizarres, improbables ou trop inconnus pour être repérés. Alors que faisait encore là, à cette heure ci, ce disque de France Gall grande époque ? A voir son état, on ne se posait plus la question. Comment allait sonner le Laisse tomber les filles de Gainsbourg dans sa virginale version d’origine ? Après un peu de nettoyage, très bien, merci.

A l’époque, les « Long Playing » ne servent qu’à rassembler les morceaux parus précédemment en 45 tours, le format roi. Pas de concepts fumeux, juste des chansons mais pas de cohérence non plus, juste des chansons.

Ce disque sans nom de 65 compile des 45 tours parus en 64 et 65, dont le fameux Poupée de cire, poupée de son de Gainsbourg , Grand Prix de L’Eurovision pour le Luxembourg la même année mais aussi, malheureusement, Sacré Charlemagne , scie indigente pour les moins de dix ans. Gainsbourg n’est pas le seul à habiller la jeune blonde encore mineure de ses fulgurances pop. Avec Alain Goraguer, un complice de longue date et Robert Gall, le père de France, ils forment les 3G, équipe complétée par un bataillon d’auteurs-compositeurs tels que Andre Popp ou la paire Datin-Vidalin qui signe le délicieux Christiansen .

Sur Le coeur qui jazze de Goraguer (Robert Gall aux paroles), France scat gaiement et sa voix trop franche rend joliment pop cette tranche de Jazz rehaussée de bongos. Mais la surprise du disque est cette chanson écrite par un certain C.H. Vic (toujours avec Robert Gall aux lyrics ). Premier chagrin d’amour est une petite merveille sinueuse tout en violons glissés et trompettes Bacharachiennes. Le bonheur supplémentaire est qu’il existe aussi une version vidéo de la chanson, enregistrée lors d’un Sacha Show de 1964.

France Gall est un ange de 17 ans. Elle baisse déjà les paupières en phase avec les mouvements de sa tête. Et on comprend que Gainsbourg ait voulu apporter, à cette pureté non jouée, cette ingénuité dépourvue de malice, une touche finale d’esthète avec Les sucettes à l’anis .

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=0QBUM-2vUy4)

(Et tant que vous y êtes, n’hésitez pas à vous perdre sur Youtube à la découverte des autres joyaux de sa période sixties, carrière allemande comprise).